École, pêche et agriculture en crise à Gaza

Djamel Bouatta, mardi 25 novembre 2008

L’effet cumu­latif de plu­sieurs années de conflit et main­tenant la grave crise écono­mique pro­voquée par le blocus israélien ont pénétré pro­fon­dément dans la société, assez pro­fon­dément pour affecter sérieu­sement les per­for­mances des enfants à l’école.

Le blocus israélien et des années de combats font payer leur tribut aux écoles de Gaza, où les taux d’échec sont en aug­men­tation rapide. En raison de l’interdiction imposée par Israël sur les livraisons de papier à Gaza, quelque 200 000 enfants sont aujourd’hui sans livres, selon l’Unrwa.

À la maison, les élèves uti­lisent la bougie, l’électricité étant coupée par le voisin israélien. Les pénuries de car­bu­rants signi­fient également moins de bus et de taxis. L’école fonc­tionne en deux rou­le­ments : l’un dans la matinée, l’autre après le déjeuner, chacun avec une équipe dif­fé­rente d’enfants, d’enseignants et d’administratifs, maxi­misant l’usage du lieu pour répondre à la demande de cette bande de terre la plus sur­peuplée dans le monde. Et il n’y a pas d’eau cou­rante dans les écoles ni de can­tines en raison des pénuries de pro­duits ali­men­taires consé­quentes de l’embargo. L’effet cumu­latif de plu­sieurs années de conflit et main­tenant la grave crise écono­mique pro­voquée par le blocus israélien ont pénétré pro­fon­dément dans la société, assez pro­fon­dément pour affecter sérieu­sement les per­for­mances des enfants à l’école.

Pour les Pales­ti­niens, qui attachent une grande impor­tance à l’éducation, ceci est la cause d’une pro­fonde pré­oc­cu­pation. En début d’automne, l’ONU, qui gère cer­taines des meilleures écoles de Gaza, a noté une forte aug­men­tation des échecs aux examens, jusqu’à 61,1% ! La guerre a non seulement envahi l’école mais le psy­chisme des élèves. Il y a régu­liè­rement des séances avec des psy dans les écoles de Gaza où est inventé un nouveau jeu : la recons­ti­tution du conflit "les Arabes et les Juifs", comme les enfants l’appellent. Même les funé­railles sont jouées !

La pêche principale activité vivrière est réduite aussi à zéro.

Dans les années 1990, l’industrie de la pêche de Gaza pro­duisait un revenu annuel d’environ 5 mil­lions de livres anglaises. Un résultat réduit de moitié pour l’année der­nière et qui est encore en dimi­nution rapide. Les pêcheurs de Gaza ne sont plus auto­risés à pêcher jusqu’à 20 miles marins de la côte, là où ils pour­raient prendre la sardine, lors de sa migration prin­ta­nière du delta du Nil jusqu’aux parages de la Turquie. Les navires de guerre israé­liens leur imposent des limites très réduites depuis 2006. Souvent, ils ne sont pas auto­risés à sortir du port. Impos­sible aussi pour les pêcheurs de continuer à exporter à l’étranger, les expor­ta­tions de Gaza ont été inter­dites depuis près de deux ans.

Idem pour l’agriculture, activité prospère jusqu’en 2000. Aujourd’hui, l’agriculture a disparu.

Pilier de Gaza, l’agriculture est tri­bu­taire des expor­ta­tions et de l’importation de semences, d’engrais, de pes­ti­cides et de maté­riaux d’emballage. Or, Israël a organisé un res­ser­rement du blocus écono­mique de la bande, qu’il appelle un "ter­ri­toire hostile". Toutes les expor­ta­tions ont été inter­rompues et les impor­ta­tions sont limitées à un nombre res­treint de biens huma­ni­taires. La Banque mon­diale estime que, consé­quence directe du blocus, les deux plus grandes pro­duc­tions d’exportation de l’agriculture de Gaza, les œillets et les fraises, ont chuté l’an dernier de plus de 6 mil­lions de dollars chacune. Aujourd’hui, du fait de la pénurie de car­burant agricole, les pompes et les puits sont nom­breux à ne plus fonc­tionner, laissant les cultures dépérir et causant l’augmentation des prix des pro­duits alimentaires.