Droit de réponse de François Zimeray

mercredi 26 mars 2008

Réponse de François Zimeray suite à la cam­pagne de mails de pro­tes­tation vers le Ministère des Affaires étrangères. (cliquez sur le lien en bleu)

Mon­sieur le Pré­sident,

Ainsi que vous m’y aviez invité lors de notre conver­sation, j’ai écrit ces quelques lignes à l’adresse de vos lec­teurs et en réponse à la cam­pagne que vous avez lancée à mon sujet. Comme je vous l’ai dit, je suis ouvert à une ren­contre et à un éventuel débat direct avec vos adhérents.Je vous remercie de publier cette réponse.

Bien à vous,

F. Zimeray

"J’ai pris connais­sance de l’appel me concernant et j’ai à coeur d’éclairer les adhé­rents et lec­teurs de France-​​Palestine Soli­darité sur la réalité de mes posi­tions. Je me suis depuis tou­jours -c’est à dire pour moi depuis vingt-​​cinq ans-​​ pro­noncé contre les colonies juives et pour un état pales­tinien viable, je considère que la mort de civils dans cer­taines opé­ra­tions mili­taires dites "ciblées" n’est pas seulement une erreur mais une faute. De même, mes posi­tions sur ce qu’il convien­drait de faire sont , en gros , celles dites "de Genève". J’ajoute que j’entretiens depuis des années des rela­tions per­son­nelles avec des membres de la société civile et poli­tique pales­ti­nienne que je considère comme des hommes de paix et de dia­logue tels Sari Nus­seibeh, ou Ahmed Qorei. L’association que j’ai eu l’honneur de pré­sider, Med­bridge, et que vous qua­lifiez injus­tement de "lobby" n’a jamais réalisé un voyage dans la région sans rendre visite aux leaders poli­tiques pales­ti­niens, à com­mencer par Mr Ahmed Tibi dès 2003. Plus récemment, j’ai eu l’honneur de conduire une délé­gation à Ramallah auprès de de MM Salam Fayed et Mahmoud Abbas com­prenant notamment Mr Bardet, pré­sident du groupe par­le­men­taire France-​​Palestine..

Mais il est également vrai que j’ai sévè­rement dénoncé la cor­ruption et le système éducatif qu pré­va­laient dans l’AP des années 2000-​​2004 comme j’ai condamné les attentats-​​suicides qui frap­paient injus­tement la popu­lation israé­lienne. Je l’ai fait en totale bonne foi après avoir découvert , en par­courant les ter­ri­toires pales­ti­niens et en y dia­lo­guant avec des habi­tants et des pro­fes­seurs , l’ampleur de ce phé­nomène qui devait, on le sait , jouer un rôle décisif dans l’élection du Hamas. J’ai tou­jours dit et écrit oui à une aide massive aux pales­ti­niens, mais non à une aide aveugle. Aujourd’hui encore je pense que ces posi­tions étaient justes et que les choses seraient plus faciles si l’Europe n’avait pas tant tardé à contrôler l’usage de ses fonds. Mais j’admets volon­tiers que ceci se discute, je ne pré­tends ni détenir la vérité ni être exempt de sub­jec­tivité. Tou­jours, j’ai recherché l’équilibre, une approche juste, et surtout, jamais je n’ai eu le sen­timent d’agir pour un camp contre l’autre.

Je veux enfin vous livrer une réflexion que m’inspire ce sujet : j’ai tou­jours été frappé de voir que plus on s’éloigne de l’épicentre du conflit, plus il est pas­sionnel. Plus on se rap­proche des réa­lités, plus on trouve des hommes qui ne par­tagent pas le même point de vue mais cherchent à se com­prendre et main­tiennent le fil du dia­logue. Ainsi je n’ai jamais res­senti , à Ramallah où Jéru­salem, les outrances aux­quelles cette contro­verse donne lieu ici.

C’est vous dire que si j’accepte par­fai­tement le débat, je refuse la cari­cature. J’ai tou­jours agi librement et je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas être à la fois pro-​​palestinien et pro-​​israelien.

Je vous remercie de bien vouloir porter cette réponse à la connais­sance de vos lec­teurs avec qui je serais ouvert à toute forme de débat.

François Zimeray"