« Discuter avec les Israéliens. Mais de quoi ? »

Serge Dumont, lundi 25 janvier 2010

Alors que l’émissaire amé­ricain George Mit­chell fait la navette entre Ramallah et Jéru­salem, les leaders pales­ti­niens ne cachent pas leur pes­si­misme sur l’évolution du pro­cessus de paix

« N’écoutez pas ce que disent les Israé­liens. Regardez plutôt ce qu’ils font et vous com­prendrez que la reprise du pro­cessus de paix est plus éloignée que jamais. » A l’instar du ministre pales­tinien des Négo­cia­tions, Saeb Erekat, les res­pon­sables de l’Autorité pales­ti­nienne (AP) ne croient plus vraiment au dia­logue de paix avec Israël. Du moins, pas tant que Benyamin Neta­nyahou sera le premier ministre de l’Etat hébreu et que sa majorité sera com­posée de partis d’extrême droite favo­rables à la pour­suite de la colonisation.

Visite de George Mitchell

Car, sur le terrain, la construction se poursuit dans les implan­ta­tions de Cis­jor­danie malgré le gel de dix mois pro­clamé le 29 novembre dernier par l’Etat hébreu. A Jérusalem-​​Est (la partie arabe de la ville annexée par Israël après la guerre de juin 1967), les projets de colonies juives se mul­ti­plient alors que la muni­ci­palité interdit les projets immo­bi­liers des­tinés à la popu­lation palestinienne.

« Benyamin Neta­nyahou dit qu’il nous tend la main, mais pour dis­cuter de quoi ? » interroge Salam Fayyad, le chef du gou­ver­nement pales­tinien. Certes, pour l’heure, le pré­sident de l’AP Mahmoud Abbas refuse d’envisager un retour à l’action vio­lente. Mais au sein de la direction du Fatah, son parti, des ­ « anciens » des deux Intifada com­mencent à hausser le ton. « Parce qu’Israël ne com­prend que le langage de la force », selon eux.

Recevant l’émissaire amé­ricain pour la paix George Mit­chell, le raïs pales­tinien a en tout cas confirmé dimanche son refus de s’asseoir à la même table que les diri­geants israé­liens « tant que la colo­ni­sation se pour­suivra ». En revanche, il n’a pas rejeté l’idée d’un sommet organisé en Jor­danie ou en Egypte entre lui et le pré­sident israélien Shimon Peres, l’un des ini­tia­teurs du pro­cessus de paix d’Oslo (sep­tembre 1993). Pour l’heure, cette nou­velle pro­po­sition amé­ri­caine censée réini­tia­liser les contacts entre Israël et l’AP n’en est encore qu’à sa phase explo­ra­toire, mais il se dit à Ramallah que des contacts informels ont lieu à ce propos avec Tel-​​Aviv.

Mais tout cela reste très vague. Au Dépar­tement pales­tinien de la pla­ni­fi­cation et des réformes admi­nis­tra­tives, Ali Jarbawi – un proche de Mahmoud Abbas – doute ouver­tement de l’évolution positive du pro­cessus. « La paix, nous en avons parlé pendant presque dix après la signature des Accords d’Oslo. Pour déboucher sur quoi ? Sur un blocage total, nous déclare-​​t-​​il. Désormais, nous ne pouvons plus nous per­mettre de perdre du temps dans de telles péro­raisons sans fin. Si Benyamin Neta­nyahou veut vraiment remettre les négo­cia­tions de paix sur leurs rails, il doit énoncer les dos­siers sur les­quels por­teront les dis­cus­sions et fixer une date limite de conclusion des débats. »

Deux Etats ?

Le pes­si­misme quant à l’évolution de la situation a mani­fes­tement gagné du terrain parmi les élites de l’AP. Recteur de l’université Al-​​Quds de Jérusalem-​​Est et intel­lectuel mon­dia­lement connu, Sari Nus­seibeh a tou­jours soutenu la pour­suite du dia­logue avec Israël. Ce qui lui a souvent valu des cri­tiques acerbes émanant de son propre camp. Pourtant, lorsque nous l’avons ren­contré samedi, ce modéré sem­blait quelque peu déso­rienté : « Je vou­drais tant que le pro­cessus de paix vive, mais il est au point mort. Comme beaucoup à Ramallah, j’en arrive à me dire que la solution dite de « deux Etats pour deux peuples vivant en paix côte à côte » n’est peut-​​être pas la bonne. Et qu’il fau­drait envi­sager autre chose. Peut-​​être une fédé­ration de com­mu­nautés dif­fé­rentes comme en Bel­gique. Ou une confé­dé­ration comme en Suisse, pourquoi pas ? En tout cas, il nous faut trouver des alter­na­tives au blocage actuel. Notre ima­gi­nation doit fonc­tionner à plein régime si nous voulons, à terme, éviter un nouveau bain de sang. »