Discours du Caire sur le dossier palestinien : Obama très classique

Gilles Paris, vendredi 5 juin 2009

Le pré­sident des Etats-​​Unis a consacré comme prévu une partie impor­tante de son dis­cours du Caire, jeudi 4 juin, au dossier israélo-​​palestinien.

Barack Obama s’est gardé d’avancer une quel­conque idée nou­velle à ce sujet. Il a construit son argu­men­taire, de facture très clas­sique si on se réfère aux “éléments de lan­guage” de la diplo­matie amé­ri­caine, de la manière suivante :

Il a ainsi mis en miroir les “aspi­ra­tions légi­times” de deux peuples après une his­toire dra­ma­tique (“la situation des Pales­ti­niens est into­lé­rable”, les “humi­lia­tions quo­ti­diennes qui viennent de l’occupation”), les invitant à dépasser leur camps res­pectifs (“si on ne voit ce conflit que d’un côté ou de l’autre, on sera inca­pable de voir la vérité : seuls la création de deux Etats, où les Israé­liens et les Pales­ti­niens vivront en paix et en sécurité, per­mettra de répondre aux aspi­ra­tions des uns et des autres”.)

Pour y par­venir “les obli­ga­tions que les parties ont acceptées dans le cadre de la “feuille de route” sont claires” :

“Les Pales­ti­niens doivent renoncer à la vio­lence, la résis­tance par la vio­lence et la mort est erronée et ne peut l’emporter (…) la vio­lence est une impasse (…) l’abandon de toute autorité morale.” L’Autorité pales­ti­nienne doit “déve­lopper ses capacité pour gou­verner”, le Hamas “a le soutien de cer­tains Pales­ti­niens mais il a également des res­pon­sa­bi­lités. Pour jouer un rôle dans le recou­vrement des aspi­ra­tions des Pales­ti­niens et pour ras­sembler les Pales­ti­niens, le Hamas doit mettre un terme à la vio­lence, recon­naître les accords conclus et recon­naître le droit d’Israël à exister”.

De leur côté, les Israé­liens doivent com­prendre que “le droit de la Palestine à exister ne peut être nié”. “Les Etats-​​Unis n’acceptent pas la légi­timité de la conti­nuation de la colo­ni­sation israé­lienne (…) il est temps qu’elle s’arrête.” “Israël doit également être à la hauteur de ses obli­ga­tions pour garantir que les Pales­ti­niens puissent vivre, tra­vailler et se déve­lopper. La crise huma­ni­taire continue à Gaza dévaste les familles sans servir la sécurité d’Israël, comme le per­sistant manque d’opportunités en Cisjordanie.”

“Enfin, les Etats arabes doivent recon­naître que l’Initiative de paix arabe était un point de départ important mais qu’elle ne marque pas la fin de leur res­pon­sa­bi­lités. Le conflit arabe-​​israélien ne doit pas être manipulé pour détourner les nations arabes d’autres pro­blèmes. Au contraire, il doit les pousser à agir pour aider les Pales­ti­niens à déve­lopper leurs institutions.”

Il est pour l’instant très douteux que la Ligue arabe, compte tenu de ses divi­sions internes, puisse aller au-​​delà du document adopté en 2002 et réaf­firmé en 2007. Le pré­sident des Etats-​​Unis semble avoir fait chou-​​blanc en Arabie saoudite auprès du roi Abdallah.

Et Barack Obama, au fait, que pense-​​t-​​il faire ? “L’Amérique coor­donnera sa poli­tique avec ceux qui recherchent la paix, et dira en publique ce qu’elle dit en privé aux Israé­liens, aux Pales­ti­niens et aux Arabes. Nous ne pouvons pas imposer la paix. En privé, beaucoup de musulmans recon­naîssent qu’Israël ne dis­pa­raîtra pas. De même, de nom­breux Israé­liens recon­naîssent la nécessité d’un Etat pales­tinien. Il est temps pour nous d’agir en faveur de ce que chacun sait être vrai.”