Discours de Netanyahu : dépression ou règlement

Emad Gad, vendredi 26 juin 2009

Les dis­cours pro­noncés par les diri­geants et les hommes poli­tiques se divisent de façon générale en 2 types.

Le premier, qua­lifié d’historique ou d’influent, est un dis­cours qui propose une nou­velle vision, expose une pensée dif­fé­rente ou trouve une issue à une cer­taine impasse. De plus, ce genre de dis­cours peut inclure des solu­tions inno­va­trices, comme le dis­cours pro­noncé par le défunt pré­sident Sadate au Par­lement, le 9 novembre 1977. Il y a annoncé qu’il était prêt à aller jusqu’au bout du monde pour réa­liser la paix, voire aller jusqu’à Israël. Il y a également le célèbre dis­cours que Sadate a pro­noncé à la Knesset, le 20 novembre 1977, dans lequel il a exposé sa vision concernant le règlement poli­tique dans la région. Le dis­cours pro­noncé par Sharon en décembre 2003, dans lequel il a annoncé le plan de sépa­ration avec le secteur de Gaza, peut également être classé sous cette même caté­gorie. Le plus récent est celui pro­noncé par le pré­sident amé­ricain, Barack Obama, au Caire, le 4 juin courant, et dans lequel il a appelé à entamer une nou­velle phase entre l’Occident et le monde musulman.

Quant au second type, il s’agit des mil­lions de dis­cours pro­noncés tous les jours par des diri­geants poli­tiques, des pré­si­dents et des chefs de gou­ver­nement, sans qu’ils n’apportent quoi que ce soit de nouveau. Ces dis­cours, carac­té­risés par l’éloquence, ne font qu’expliquer des posi­tions ou jus­tifier des poli­tiques. Per­sonne ne s’arrête devant ce type de dis­cours, puisque les hommes poli­tiques n’ont souvent rien d’autre que les paroles à pré­senter à leurs peuples.

Les dis­cours his­to­riques sont surtout carac­té­risés par le fait d’attirer l’attention et ouvrent la porte à une polé­mique entre par­tisans et oppo­sants, entre les convaincus et les suspicieux.

Quant au dis­cours pro­noncé par le premier ministre israélien, Neta­nyahu, dimanche dernier, il est un peu dif­férent. Dans son contenu, c’est un dis­cours tout à fait banal, n’étant qu’une copie des dis­cours habi­tuels de la droite israé­lienne, comme ceux pro­noncés des dizaines de fois par Begin ou Sharon. Or, Neta­nyahu a tenu à lui faire la pro­pa­gande propre aux dis­cours his­to­riques. Et ce, après l’influence hors pair causée par le dis­cours de Barack Obama, qui ne peut être décrit que d’historique. Le dis­cours de Neta­nyahu a été favo­ra­blement accueilli par un large secteur de l’opinion publique en Israël. Malgré le mécon­ten­tement res­senti par Neta­nyahu et son équipe envers le contenu du dis­cours d’Obama, concernant la création de deux Etats avec deux capi­tales à Jéru­salem pour chacun d’eux, ils se sont mis d’accord sur le fait d’accueillir favo­ra­blement le dis­cours. En effet, il n’est ni correct ni dans l’intérêt d’Israël de com­menter néga­ti­vement le discours.

Avec la pour­suite des efforts amé­ri­cains visant la reprise des négo­cia­tions de paix, Neta­nyahu avait annoncé qu’il allait pro­noncer un dis­cours visant à exposer sa vision du pro­cessus de paix. C’est ainsi que tout au long de 10 jours, les médias israé­liens n’ont fait qu’aborder les nou­velles du dis­cours, comme : « Neta­nyahu a achevé le brouillon du dis­cours », « Neta­nyahu a eu recours à plus de 30 conseillers pour écrire son dis­cours », etc. Puis Neta­nyahu a pris la décision de pro­noncer son dis­cours à partir du centre Begin-​​Sadate au sein de l’Université de Bar-​​Illan à Tel-​​Aviv. Cette décision a alors suscité beaucoup de réac­tions et d’interrogations autour des motifs du choix de cet endroit en par­ti­culier. Est-​​ce parce qu’Obama a pro­noncé son dis­cours à partir de l’Université du Caire ? Ou bien parce que c’est dans ce centre qu’à été signé le premier accord de paix arabo-​​israélien ? Ou bien parce que l’assassin de Rabin était étudiant dans cette faculté religieuse ?

Bref, après 10 jours de travail acharné, le dis­cours ne peut être qua­lifié de moins que normal. For­mel­lement, le dis­cours a été pro­noncé dans une salle très banale incom­pa­rable avec la grande salle des récep­tions de l’Université du Caire. Et l’audience n’a pas du tout atteint le niveau de celle pré­sente lors du dis­cours d’Obama. Quant au contenu du dis­cours, il concernait essen­tiel­lement la grande terre d’Israël, y compris la Cis­jor­danie (ou Judée et Samarie, comme dit la Torah), pas de retour des réfugiés, pas de redi­vision de la ville de Jéru­salem et pas d’arrêt de construction des colonies. Et ce en plus d’une longue liste de condi­tions imposées aux Pales­ti­niens qui doivent recon­naître Israël comme Etat juif ou Etat du peuple juif, et celui qui veut la paix parmi les Pales­ti­niens doit avant tout anéantir défi­ni­ti­vement le mou­vement Hamas. Selon le dis­cours, Israël octroiera aux Pales­ti­niens un Etat sans les consti­tuants de la sou­ve­raineté, ce sera un Etat formé d’une pro­vince, d’un peuple et d’un gou­ver­nement, et la pro­vince est une partie de la terre d’Israël à laquelle il renoncera. Quant au peuple, il sera présent sur cette terre, mais la sou­ve­raineté, elle, sera pra­tiquée par Israël afin de contrôler les fron­tières ter­restres, mari­times et aériennes. L’Etat pales­tinien n’a le droit ni de former des forces armées ni de conclure des accords et des traités avec les pays voisins. Qu’est-ce qu’il y a de nouveau dans ce dis­cours ? Parler d’un Etat pales­tinien ? Ce n’est pas la pre­mière fois puisque Sharon en avait déjà parlé. De plus que les condi­tions et les res­tric­tions de la sou­ve­raineté ne sont pas nou­velles, puisqu’elles avaient déjà été citées par Begin lors des négo­cia­tions de Camp David, puis Shamir en avait amplement parlé et Sharon les avait explicitées.

Il est évident qu’il y a du nouveau. Pre­miè­rement, Neta­nyahu ressent qu’il est bloqué par les Etats-​​Unis et l’UE, son dis­cours est donc un dis­cours poli­tique pro­noncé sous pression. Deuxiè­mement, le dis­cours d’Obama et les efforts et négo­cia­tions effectués par son émis­saire dans la région ont beaucoup inquiété le gou­ver­nement de Neta­nyahu. En effet, au cours de la der­nière tournée de Mit­chell dans la région, il a été question des moindres détails et tous les points cités dans le dis­cours d’Obama ont été dis­cutés. Y compris l’arrêt de construction des colonies tout au long de l’année cou­rante et la levée du blocus imposé à la bande de Gaza. En outre, le fait nouveau dans le dis­cours de Neta­nyahu sera révélé au cours des jours à venir en ce qui concerne la for­mation de la coa­lition gou­ver­ne­mentale. C’est de là que se jus­tifie l’accueil favo­rable du dis­cours de la part de la Maison Blanche. Il semble clair que Neta­nyahu a besoin d’un tel soutien pour passer à la phase d’exécution de la vision du pré­sident amé­ricain. Cette vision qui entend aboutir à un Etat pales­tinien dont la capitale est Jérusalem-​​Est. Quant aux res­tric­tions concernant le droit de retour et l’armement du nouvel Etat ainsi que ses fron­tières, elles peuvent être négociées.

Si Begin a été atteint de dépression après la signature de l’accord de paix avec l’Egypte et le retrait du Sinaï, Neta­nyahu a lui aussi déjà été atteint de dépression avant même de conclure quoi que ce soit, parce qu’il est par­fai­tement conscient du prix qu’il doit payer pour effectuer un règlement poli­tique considéré par l’Administration amé­ri­caine comme un intérêt national.