Dexia finance des colonies juives

Baudouin Loos, lundi 17 novembre 2008

La banque franco-​​belge Dexia finance, via sa filiale israé­lienne, le déve­lop­pement des colonies israé­liennes en ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, et cela depuis des années.

Ce constat, qui aurait en effet pu être fait depuis long­temps, est mis en lumière par plu­sieurs groupes de soli­darité avec la Palestine, qui lancent la semaine pro­chaine une action de protestation.

Depuis près de dix ans, Dexia s’intéresse au marché israélien. En plu­sieurs étapes, la banque franco-​​belge a acheté une firme ban­caire israé­lienne, Otzar Hashilton Hamekomi (« Trésor du pouvoir local »), spé­cia­lisée comme ce nom l’indique dans le finan­cement des com­munes et des col­lec­ti­vités locales, à l’instar du bon vieux Crédit com­munal belge, ancêtre de Dexia.

Depuis 2001, cette banque israé­lienne est contrôlée par Dexia qui détient 65,31 % du capital. La filiale Dexia Public Finance Israel est réper­toriée sur le site de Dexia comme troi­sième en impor­tance sur le marché israélien du finan­cement des col­lec­ti­vités locales (avec un per­sonnel de qua­rante per­sonnes). La banque a pignon sur rue et est bien connue des Israéliens.

Avec d’autres mou­ve­ments, Intal, qui tra­vaille sur divers dos­siers de soli­darité dans des pays du tiers-​​monde Amé­rique du Sud, Congo, Phi­lip­pines, Cuba dont les ter­ri­toires pales­ti­niens, a décidé de lancer une cam­pagne pour dénoncer l’implication de Dexia dans le finan­cement des colonies juives en Cis­jor­danie et à Jérusalem-​​Est.

« Nous voulons rap­peler que la colo­ni­sation est contraire au droit inter­na­tional, nous dit Mario Franssen, d’Intal. La Qua­trième Convention de Genève interdit l’installation de popu­la­tions du pays occupant dans le ter­ri­toire occupé. Avec d’autres groupes, nous sommes engagés par ailleurs dans une cam­pagne de boycott des pro­duits israé­liens, pour dénoncer l’occupation, et cer­tains nous reprochent, de manière absurde, d’agir ainsi pour rayer Israël de la carte ou par anti­sé­mi­tisme ! Mais ici nous ciblons une situation bien par­ti­cu­lière : le finan­cement, par une banque franco-​​belge, du déve­lop­pement des colonies israé­liennes dans les ter­ri­toires occupés, toutes illégales. »

« Ce finan­cement n’est guère contes­table », dit encore Mario Franssen, dont le mou­vement s’est procuré la retrans­cription d’une séance en com­mission des Finances de la Knesset (par­lement israélien) qui date du 19 juin 2007. Les propos tenus par David Kapah, le directeur de Dexia Israel, ne laissent pas la place à l’ambiguïté : « Pour nous, la loca­li­sation géo­gra­phique n’est pas per­ti­nente. Si on parle de quelque chose au-​​delà de la Ligne verte (dans les ter­ri­toires occupés, NDLR), nous, nous avons octroyé une aide finan­cière ces deux der­nières années et demie à Alfei Menasheh, Elkana, Beit-​​El, Ariel, Beit Aryeh, (le Conseil régional de) la Vallée du Jourdain, Givat Zeev, (le conseil régional de) Har Hevron, Kedumim, Beit Aryeh (…). Cela veut donc dire que, oui, c’est nous qui les sou­tenons finan­ciè­rement et c’est encore vers nous que l’on vient pour recevoir du crédit. »

Et à la question d’une députée, Esterina Tartman, rap­porteur de la Com­mission des Finances, elle-​​même rési­dente d’une colonie (Givon Ha-​​Hadasha) et désirant « savoir si la dimension de la loca­li­sation géo­gra­phique de la Judée et de la Samarie (la Cis­jor­danie occupée) com­plique le pro­cessus de décision au sein de la Banque Dexia Israel », la réponse de David Kapah, laco­nique, se révèle claire : « Négatif. Abso­lument pas… »

Dexia, à Bruxelles, a été inter­pellé depuis 2001 par les mou­ve­ments belges de soli­darité, sans grand succès, les réponses restant incom­plètes ou impré­cises, et la res­pon­sa­bilité globale de l’achat de la banque israé­lienne étant ren­voyée à Dexia France. A partir de la semaine pro­chaine, des actions de pro­tes­tation seront donc lancées.