Des paysans cisjordaniens sans ressources après le vol de leurs oliviers

Irin, mardi 29 avril 2008

Jamil Khader, 87 ans, a eu un choc lorsqu’il a découvert que la quasi-​​totalité des 1 400 oli­viers plantés par ses proches parents en février avaient soudain disparu, qu’ils avaient été déra­cinés et dérobés.

« Il est tombé très malade lorsque je le lui ai dit. Il a été hos­pi­talisé et a dû rester au lit pendant une semaine », a raconté à IRIN son fils Khalil, ori­gi­naire de Jit, une petite ville du nord de la Cisjordanie.

La famille pense que les arbres ont été déra­cinés en mars, mais ils n’ont découvert le vol qu’en arrivant sur les terres, le 16 avril. En effet, l’oliveraie étant située à proximité de la colonie israé­lienne de Kedumim, la famille de M. Khader ne s’y rend pas régulièrement.

« Nous n’allons tra­vailler à l’oliveraie que lorsque l’armée [israé­lienne] s’y trouve. J’ai peur d’y aller seul, parce que les colons m’ont déjà menacé avec leurs fusils », a confié Khalil.

Pour la famille et les tra­vailleurs huma­ni­taires, ce sont les colons de Kedumim qui sont res­pon­sables de la dis­pa­rition des oliviers.

« Il y a eu de nom­breux cas de vio­lences contre les Pales­ti­niens dans cette région de la Cis­jor­danie », a expliqué Emily Schaefer, avocate membre de l’association israé­lienne Yesh Din de défense des droits humains, qui se spé­cialise dans ce type d’affaires.

« Cela fait trois ans que nous opérons et en trois ans, pas un seul [Israélien] n’a été condamné pour avoir déraciné ou détruit les oli­viers des Pales­ti­niens », a-​​t-​​elle indiqué.

D’après ses recherches, Mme Schaefer a également dit douter que qui­conque ait jamais été traduit en justice par les auto­rités israé­liennes pour ce type de délits.

Jamil Khader est né en 1922, à Nazareth, sur ce qui est aujourd’hui le ter­ri­toire d’Israël. Au prin­temps 1948, alors que la pre­mière guerre israélo-​​arabe faisait rage, sa famille et lui-​​même sont devenus réfugiés. « Nous avons quitté Nazareth en n’emportant rien », s’est-il souvenu.

Officier de la police bri­tan­nique pendant la Deuxième Guerre mon­diale, M. Khader a rejoint les rangs des armées arabes en 1948, avant d’intégrer la police jor­da­nienne, à l’époque où les Jor­da­niens diri­geaient la Cisjordanie.

Son dernier emploi lui a permis d’économiser assez d’argent pour pouvoir acquérir un terrain près de Naplouse, devenu depuis lors le bien le plus pré­cieux de sa famille.

Une famille dont les membres sont devenus, comme d’autres, de plus en plus dépen­dants de l’agriculture pour vivre, les res­tric­tions sévères imposées par Israël sur la cir­cu­lation des popu­la­tions les ayant privés de leurs anciens emplois de manœuvres en Israël.

Une population dépendante de l’agriculture

« Je dépends com­plè­tement de l’agriculture ; je n’ai aucun autre emploi », a indiqué Khalil, qui est lui aussi inscrit sur les registres de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés pales­ti­niens. « Les oli­viers et les autres pro­duits de la terre me per­mettent de sub­venir aux besoins de ma famille, de mes frères et de leurs enfants ».

Constatant le déclin de l’économie locale, les orga­ni­sa­tions huma­ni­taires étaient inter­venues pour tenter de porter secours aux popu­la­tions : sur l’ensemble des arbres dis­parus, 1 000 avaient été donnés à la famille par le Comité inter­na­tional de la Croix-​​Rouge (CICR).

Selon l’organisation, Jit et les vil­lages voisins sont par­ti­cu­liè­rement vul­né­rables, compte tenu de leur accès limité aux terres et de leur situation géo­gra­phique ; ils sont en effet proches des colonies israéliennes.

« Il est très triste de voir que les arbres de ces paysans ont une fois de plus été déra­cinés. Mal­heu­reu­sement, cela prouve bien combien la vie quo­ti­dienne est dif­ficile pour ces popu­la­tions », a com­menté Helge Kvam, porte-​​parole du CICR à Jérusalem.

Il s’agit en effet de la qua­trième fois en une décennie que les acti­vités agri­coles du village ont été entravées. Dans les années 1990, des incen­diaires avaient brûlé de nom­breux hec­tares d’oliviers. En 2005, la plupart des arbres res­tants avaient été détruits au cours d’une autre vague de violence.

En 2007, les Rabbins israé­liens pour les droits humains avaient acheté et planté environ 500 oli­viers, espérant ainsi sti­muler l’économie locale. Mais au cours des quatre mois qui avaient suivi, la quasi-​​totalité de ces arbres avaient été détruits ou déra­cinés et emportés.

Main­tenant que les oli­viers donnés par le CICR leur ont été dérobés, les vil­la­geois ne savent que faire ni s’il leur sera pos­sible de continuer à dépendre de l’agriculture comme moyen de sub­sis­tance, celle-​​ci étant déjà leur solution de secours.

En réaction à l’incident, l’armée israé­lienne a déclaré que celui-​​ci était du ressort de l’Administration civile, qui a elle-​​même invité IRIN à contacter la police israélienne.

Selon les propos suc­cincts du porte-​​parole de la police, les Pales­ti­niens ayant porté plainte, une enquête sera ouverte pour faire la lumière sur l’affaire ; le porte-​​parole a également invité IRIN à contacter l’armée.