Décla­ration de clôture de la troi­sième confé­rence de Bil’in sur la résis­tance popu­laire non vio­lente qui s’est tenue les 4, 5 et 6 juin 2008

samedi 14 juin 2008

Les Pales­ti­niens n’ont d’autre option que de continuer à exprimer leur rejet de toutes les pra­tiques de l’occupation, en y opposant la résis­tance non vio­lente active.

La troi­sième confé­rence de Bil’in sur la résis­tance popu­laire non vio­lente s’est tenue dans le village de Bil’in près de Ramallah, en pré­sence de nom­breux res­pon­sables et de nom­breux citoyens, y compris le Premier ministre Salam Fayyad, repré­sentant du Pré­sident Abbas, des membres du Conseil exé­cutif de l’OLP, des membres du Conseil national pales­tinien et des repré­sen­tants de nom­breux partis poli­tiques et groupes de la société civile.

Y par­ti­ci­paient aussi des délé­ga­tions inter­na­tio­nales de mili­tants paci­fistes venus de France, d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne, d’Angleterre, du Canada, de Grèce, de Suisse, des Etats-​​Unis et des Pays bas, en plus de mili­tants de la paix israéliens.

Cette confé­rence coïncide avec le soixan­tième anni­ver­saire de la Nakba et le qua­ran­tième anni­ver­saire de l’occupation des Ter­ri­toires pales­ti­niens (la Naksa). Elle se tient alors que les vio­la­tions israé­liennes contre notre peuple s’intensifient. Israël continue à construire le mur d’Apartheid malgré l’opposition inter­na­tionale et il poursuit la colo­ni­sation et la confis­cation de la terre pales­ti­nienne, par­ti­cu­liè­rement à Jéru­salem occupée, afin de la judaïser et de la couper de son arrière pays pales­tinien, en vio­lation fla­grante du droit inter­na­tional. Israël agit ainsi afin de créer de nou­veaux faits sur le terrain et d’empêcher la réso­lution poli­tique du conflit.

Dans le même temps, Israël poursuit sa poli­tique de ghet­toï­sation des ter­ri­toires pales­ti­niens par le biais de bar­rages rou­tiers, qui se montent actuel­lement à plus de 590, et de cen­taines de bou­clages, de démo­li­tions de maisons et d’ordres mili­taires de confis­cation de terre, sans parler du blocus injuste imposé aux ter­ri­toires pales­ti­niens, par­ti­cu­liè­rement à la bande de Gaza, et des mas­sacres qui accom­pagnent ces pra­tiques inhu­maines. Tout cela se produit alors que l’on parle de solution poli­tique imminente.

Devant cette réalité dou­lou­reuse, les Pales­ti­niens n’ont d’autre option que de continuer à exprimer leur rejet de toutes les pra­tiques de l’occupation, en y opposant la résis­tance non vio­lente active.

A l’ouverture de la confé­rence, nous avons com­mencé par un message d’accueil du comité orga­ni­sateur qui pointait que, bien que le soutien des dona­teurs inter­na­tionaux au peuple pales­tinien soit important, on doit lui opposer que l’investissement en Israël a aug­menté, passant de 500 mil­lions de dollars en 2002 à 37 mil­liards en 2007. Ceci en dépit du refus d’Israël de se conformer à l’avis de la Cour inter­na­tionale de Justice de juillet 2004.

Le Premier ministre Salam Fayyad, repré­sentant le Pré­sident Abbas, a sou­ligné combien il est important de sou­tenir la lutte popu­laire en Palestine et de la faire connaître afin de faire face aux mesures israé­liennes continues contre le peuple pales­tinien. Fayyad a appelé Israël à accepter un règlement poli­tique juste basé sur la légi­timité et le droit inter­na­tionaux, dans un cadre de paix qui garan­tisse la sta­bilité et la sécurité pour les deux peuples dans deux Etats voisins sur les fron­tières de 1967. Le Premier ministre a également déclaré que la colo­ni­sation et la création de faits sur le terrain n’apporteront pas la sécurité à Israël. Il a salué la résis­tance des comités popu­laires dans l’ensemble des ter­ri­toires palestiniens.

Rafiq al-​​Husseini, Chef de cabinet du Pré­sident Abbas, a sou­ligné l’ impor­tance de la lutte popu­laire et l’émergence de nou­velles façons de résister à l’occupation, affirmant que le chemin de la libé­ration de Jéru­salem, de la des­truction du mur, du déman­tè­lement des colonies, de la libé­ration des pri­son­niers pales­ti­niens des geôles israé­liennes et de l’obtention des droits du peuple pales­tinien, passera par Bil’in.

Louisa Mor­gantini, vice-​​présidente du Par­lement européen, a déclaré que le par­lement devait s’attacher à mettre fin à l’occupation et à lever le blocus, comme à relancer les accords signés entre les deux parties. Elle a sou­ligné qu’il est important de se conformer aux réso­lu­tions inter­na­tio­nales, notamment celles qui s’appliquent à Jéru­salem comme capitale pour les deux peuples. Elle a également parlé de la situation tra­gique de Gaza et exigé la fin du siège.

Mairead Maguire, mili­tante irlan­daise, prix Nobel, a accusé Israël de dénier aux Pales­ti­niens leurs droits élémen­taires et affirmé que la poli­tique israé­lienne menait à la per­pé­tuation d’un Etat basé sur le racisme et à la création de faits sur le terrain.

L’ancien pré­sident des Etats-​​Unis, Jimmy Carter, a adressé une lettre aux par­ti­ci­pants, où il déclarait :"vous prouvez qu’on ne peut détruire le rêve pales­tinien dans le silence." Carter a affirmé que la pour­suite de la poli­tique israé­lienne de confis­cation de terre est l’un des obs­tacles prin­cipaux sur le chemin de la paix.

Nasser Al Qudwa, pré­sident de l’Institut Yasser Arafat, a déclaré q’il ne peut y avoir de paix sous un gou­ver­nement d’occupation qui construit des colonies.

La confé­rence a reçu un message vidéo de soutien de l’ancien directeur général de l’UNESCO, Federico Mayor Zaragoza. Les Israé­liens et les mili­tants de la soli­darité inter­na­tionale ont aussi apporté des contri­bu­tions. Tous les partis nationaux pales­ti­niens qui par­ti­ci­paient à la confé­rence ont insisté sur l’importance de la résis­tance popu­laire et sur son effi­cacité stra­té­gique, comme pendant la pre­mière Intifada.

Les dis­cours ont montré l’expérience récente de Bil’in en exemple de résis­tance popu­laire non vio­lente de façons diverses, y compris son aspect popu­laire et légal. La confé­rence n’était pas limitée à Bil’in, mais étendue à d’autres lieux en Palestine.

La Conférence est tombée d’accord sur les points suivants :

Au niveau palestinien :

1. L’unité nationale pales­ti­nienne est essen­tielle pour établir un Etat palestinien.

2. Appeler les ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes, de la pré­si­dence et du gou­ver­nement, à s’engager à tra­vailler sérieu­sement afin de mettre en oeuvre l’avis de la CIJ contre le mur d’apartheid et la réso­lution de l’Assemblée générale des Nations unies qui a suivi.

3. Appeler tous les orga­nismes pales­ti­niens à sou­tenir la résis­tance popu­laire non vio­lente et à affirmer des posi­tions poli­tiques fermes contre la construction du mur, les colonies et la judaï­sation de Jérusalem.

4. Appeler tous les groupes nationaux à mettre la résis­tance popu­laire non vio­lente en tête de leurs pro­grammes res­pectifs, en com­mençant par le boycott pour arriver à leur pleine par­ti­ci­pation à l’action directe.

5. Continuer à sou­tenir la lutte popu­laire des Pales­ti­niens comme l’un des prin­cipaux outils stra­té­giques, basé sur une expé­rience réussie de résis­tance au mur et sur l’héritage de la lutte pales­ti­nienne, y compris la pre­mière Intifada.

Au niveau israélien :

1. Ren­forcer les rela­tions avec les mou­ve­ments paci­fistes israé­liens qui prennent part à notre combat contre le système d’occupation.

2. Rejeter toute forme de nor­ma­li­sation avec l’occupation, ses ins­ti­tu­tions et son personnel.

Au niveau international :

1. Ren­forcer les rela­tions avec les mili­tants de la soli­darité inter­na­tionale et mobi­liser davantage de mili­tants pour la paix et la justice afin de sou­tenir la cause palestinienne.

2. Appeler les orga­ni­sa­tions, syn­dicats, asso­cia­tions et groupes de la société civile et les mili­tants inter­na­tionaux de la paix à faire ce qui suit :
- a. Pro­mouvoir le dis­cours pales­tinien afin de contrer la pro­pa­gande israélienne

- b. Pro­mouvoir le boycott, le dés­in­ves­tis­sement et les sanc­tions ; demander à tous les mou­ve­ments, orga­nismes et asso­cia­tions de soli­darité inter­na­tionale de faire cam­pagne pour un boycott qui com­porte le retrait des inves­tis­se­ments d’Israël de même que l’application de sanc­tions écono­miques, en par­ti­culier l’Accord d’Association com­mercial entre l’UE et Israël

- c. Faire pression sur les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales offi­cielles, par­ti­cu­liè­rement les gou­ver­ne­ments euro­péens, l’Union euro­péenne, le Japon et les Etats-​​unis, afin qu’ils repoussent les demandes d’Israël qui sou­haite de meilleures rela­tions avec eux, tant qu’Israël ne se conformera pas à ses obli­ga­tions inter­na­tio­nales légales, dont la Qua­trième Convention de Genève, et ne cessera pas ses vio­la­tions contre le peuple palestinien.

Bil’in, 6 juin 2008