De nouveaux secours pour Gaza

Leila, lundi 3 novembre 2008

Le 29 octobre, un bateau trans­portant des médecins et des four­ni­tures médi­cales de pre­mière nécessité a forcé pour la deuxième fois le blocus de Gaza. C’est un espoir pour tous ceux qui sou­haitent que les droits de l’homme soient res­pectés en Palestine.
Résumé des épisodes précédents

Un article publié dans Le Monde du 21 août m’avait appris l’existence du mou­vement Free Gaza et de son projet de forcer le blocus de Gaza par voie maritime en partant de Chypre. J’en ai informé les lec­teurs d’AgoraVox le 23 août dans un article : "Des secours pour Gaza". Puis, deux jours plus tard, j’ai annoncé l’arrivée des deux bateaux huma­ni­taires, le Free Gaza et le Liberty, dans le port de Gaza : "Un heureux épilogue". Toutes mes infor­ma­tions pro­ve­naient du site du Free Gaza Movement. Le 3 sep­tembre, Ago­raVox a publié mon article sur les condi­tions de vie misé­rables des habi­tants de la Bande de Gaza, telles que la pré­sen­taient des obser­va­teurs béné­voles : "Une brèche dans le blocus". Le len­demain, j’ai donné une infor­mation éton­nante : "Sortie interdite". La jour­na­liste bri­tan­nique Lauren Booth, membre de l’expédition et belle-​​sœur de Tony Blair, était bloquée à Gaza par les auto­rités israé­liennes. Son beau-​​frère ne faisait rien pour la libérer (elle a été libérée depuis). Pendant ce temps, des obser­va­teurs de plu­sieurs natio­na­lités, membres de l’expédition, fil­maient chaque jour les exac­tions de la marine de guerre israé­lienne contre les pêcheurs dans les eaux ter­ri­to­riales de Gaza. Plu­sieurs de ces enre­gis­tre­ments, sur les­quels on voit avec quelle haine imbécile les mili­taires israé­liens s’opposent au travail des pêcheurs, ont été dif­fusées par YouTube. A partir de ces témoi­gnages, j’ai fait un article publié le 3 octobre : "David et Goliath".

Greta Berlin, porte-​​parole du mou­vement, avait annoncé qu’un autre bateau, plus robuste que les pré­cé­dents pour affronter le mauvais temps annoncé par la météo, devait quitter le port de Larnaca le 25 sep­tembre pour rejoindre le port de Gaza. Une confé­rence de presse devait avoir lieu avant le départ. Mais, le 26 sep­tembre, elle annonçait que le projet était retardé en raison de « pres­sions exté­rieures » (sans autre pré­cision). Trois semaines plus tard, Greta Berlin annonçait enfin que ce bateau par­tirait le mardi 28 octobre. Ces infor­ma­tions sont également dis­po­nibles en français sur le site de l’association Inter­na­tional Soli­darity Movement.

Conséquences des premiers secours

La pre­mière consé­quence des pre­miers secours, arrivés le 25 août, est un immense espoir pour la popu­lation de Gaza : en Europe, au Canada, aux Etats-​​Unis, des gens sont de leur côté ; le siège sera bientôt brisé.

La deuxième consé­quence est la révé­lation au monde entier du com­por­tement honteux de l’armée d’occupation israé­lienne, sur terre et sur mer. La pré­sence d’observateurs auprès des pêcheurs et des culti­va­teurs de Gaza, armés de simples caméras, irrite les mili­taires israé­liens, mais elle les incite à la prudence.

L’armée israé­lienne a déclaré « zone tampon » une bande de terre de 500 mètres située le long de la fron­tière. A l’intérieur de cette zone, les terres agri­coles ont été détruites. En avril et en mai 2008, les soldats ont rasé au bull­dozer des exploi­ta­tions agri­coles et démoli des maisons. De riches terres agri­coles qui per­met­taient de faire vivre la popu­lation ont disparu. Les soldats ont mas­sacré des trou­peaux de moutons. Ces des­truc­tions ont rendu les familles habitant dans la zone tota­lement dépen­dantes de l’aide alimentaire.

Des béné­voles de Free Gaza passent du temps avec ces familles. Ils arrivent pendant la journée pour établir une pré­sence inter­na­tionale et y passent aussi la nuit. Ils sont témoins des vio­la­tions des droits de l’homme par l’armée d’occupation. D’autres agri­cul­teurs vont les trouver pour les informer des pertes qui leur ont été infligées par les mili­taires israéliens.

Un témoi­gnage parmi d’autres. Le 24 octobre à 9 heures, dans le secteur d’Al-Faraheen Abasan Al-​​Kabeera, des soldats israé­liens ont tiré sur une femme et deux hommes qui tra­vaillaient dans leur pro­priété à l’extérieur de la « zone tampon ». Puis à 10 heures, alors qu’un agri­culteur tra­vaillait dans son champ, une jeep est arrivée près de la clôture. Un soldat en est sorti et a tiré sept coups de feu. L’agriculteur a quitté son champ pour retourner chez lui. Il a attendu vingt minutes, puis est sorti pour retourner tra­vailler. Le soldat de la jeep a tiré à nouveau de nom­breux coups de feu. L’agriculteur a cessé son travail pour la journée et est rentré chez lui. Plus tard, une autre jeep s’est approchée de la bar­rière, au nord-​​est de l’emplacement pré­cédent, et les soldats ont tiré une cin­quan­taine de coups de feu.

Un message de Vittorio Arrigoni

Le 26 octobre, ce jour­na­liste italien qui a été blessé le mois dernier lors de l’attaque d’un bateau de pêche par un navire israélien, écrit :

Depuis la seconde intifada, un demi-​​million d’oliviers ont été arrachés en Palestine, soit par l’armée israé­lienne, soit par les colons. On en comptait 9 mil­lions aux accords d’Oslo, on n’en compte plus qu’un million. Les olives repré­sentent 20 % de la pro­duction agricole de Gaza. Leur récolte fait tra­vailler des mil­liers de personnes.

A Gaza, où 150 000 oli­viers ont été arrachés, c’est l’armée elle-​​même qui s’en charge, comme si elle suivait un plan cri­minel visant à aggraver la pau­vreté des Pales­ti­niens. Arrivé ce point, je me demande si je ne suis pas dans le ghetto de Varsovie.

Nous sommes allés à Beit Hanoun, près de la fron­tière israé­lienne, pour rendre visite à des culti­va­teurs. Tout le terrain a été rasé au bull­dozer par l’armée. Il y avait là des mil­liers d’oliviers parmi les­quels beaucoup avaient plus de 50 ans. Qui donc nous disait, il y a deux mois, que Gaza n’était plus sous occu­pation israélienne ?

Nous les avons accom­pagnés pendant la récolte, car les soldats israé­liens tirent souvent sur eux des coups de feu, et parfois viennent les arrêter.

Vittorio Arrigoni cite le poète Mahmoud Darwish :

Vous avez volé les vignes de mes ancêtres,

Et la terre que je travaillais,

Moi et tous mes enfants,

Et vous ne nous avez rien laissé,

Nous et tous nos petits-​​enfants,

Rien que ces rochers.

Votre gouvernement nous les prendra-​​t-​​il,

Comme on le dit ?

Alors ! Ecrivez en haut de la première page :

Je ne hais pas le peuple,

Je ne m’introduis dans la propriété de personne.

Et pourtant, s’il m’arrivait d’avoir faim,

Je mangerais la chair de mon usurpateur.

Prenez garde, prenez garde de ma faim

Et de ma colère !

But du nouveau voyage

Mme Mairead Maguire, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1976 en raison de son œuvre pour la paix en Irlande du Nord, a déclaré : « Nous allons dans la Bande de Gaza pour montrer à la popu­lation que nous les aimons et que nous nous inté­ressons à eux. C’est le moins que nous puis­sions faire, alors que nos gou­ver­ne­ments restent silen­cieux et inactifs devant les souf­frances des femmes et des enfants de la Bande de Gaza et de la Palestine. »

Ce nouveau voyage assurera la relève des obser­va­teurs béné­voles qui se trouvent à Gaza depuis deux mois. Il apportera aux habi­tants des lettres des membres de leur famille qui se sont réfugiés à l’étranger. Il apportera 6 mètres cubes de médi­ca­ments. Le chef de la mission a déclaré : « Ce n’est que le premier envoi des four­ni­tures médi­cales que nous espérons livrer. Notre choix des médi­ca­ments est une réponse à une demande spé­ci­fique des auto­rités de santé dans la Bande de Gaza. De nom­breux pro­duits de base, comme que le sirop pour la toux pour les enfants, sont inexis­tants sur le ter­ri­toire. Nous sommes heureux de les rendre dis­po­nibles. Notre mission amènera également un certain nombre de médecins spé­cia­listes qui vien­dront porter secours aux habi­tants alors que la crise huma­ni­taire s’aggrave à l’approche de l’hiver. »

Greta Berlin, l’un des orga­ni­sa­teurs, a réaf­firmé les objectifs du Free Gaza Movement : « Nous avons l’intention de briser le blocus d’Israël aussi souvent que nous le pourrons. Ce deuxième voyage est l’un de ceux que nous avons l’intention d’organiser au cours de l’année pro­chaine. Des avocats, des membres de Par­lement et autres pro­fes­sionnels se trouvent déjà sur nos listes de pas­sagers pour les pro­chains voyages. »

Le comité d’organisation de Free Gaza a envoyé aux auto­rités israé­liennes le message suivant :

Official Noti­fi­cation of Intent to Enter October 25, 2008 To : The Israeli Ministry of Defense, Fax : 97236976717 To : The Israeli Ministry of Foreign Affairs, Fax 97225303367 From : The Free Gaza Movement

"Cette missive vous est adressée, en tant que puis­sance occu­pante de la Bande de Gaza, pour vous notifier offi­ciel­lement que nous appa­reillerons le 28 octobre 2008 (si le temps le permet) du port de Larnaca pour le port de Gaza City. Notre navire cir­culera sous le pavillon de Gibraltar, ce qui le met sous la juri­diction du Royaume-​​Uni.

Nous quit­terons les eaux chy­priotes pour entrer dans les eaux inter­na­tio­nales, puis nous irons direc­tement dans les eaux ter­ri­to­riales de la Bande de Gaza sans entrer dans les eaux ter­ri­to­riales israé­liennes ni même en approcher.

Nous trans­portons 6 mètres cubes de four­ni­tures médi­cales de pre­mière nécessité. Elles ont toutes été contrôlées par le service des douanes de l’Aéroport inter­na­tional de Larnaca avant d’être mises dans des boîtes scellées. Il y aura au total 26 pas­sagers, dont les membres d’équipage et plu­sieurs médecins. Le navire et la car­gaison rece­vront aussi un permis de sécurité des auto­rités du port avant le départ de Chypre.

Etant donné que nous confirmons que ni la car­gaison ni les pas­sagers ni le navire ne repré­sentent un danger pour la sécurité d’Israël ou celle de ses forces armées, nous ne pensons pas que les auto­rités israé­liennes inter­vien­dront au cours de notre voyage.

Nous adressons ici à Aharon Abra­movitz, pour le ministère des Affaires étran­gères, et à Ehud Barak, pour le ministère de la Défense, une invi­tation à venir à bord pour être témoins des effets dra­co­niens de la poli­tique d’Israël sur la popu­lation civile de la Bande de Gaza".

Conclusion

En dépit des menaces du gou­ver­nement israélien, le nouveau bateau du Free Gaza Movement, le SS Dignity, a quitté le port de Larnaca à l’heure prévue. Il est arrivé au port de Gaza le mer­credi 29 octobre à 8 heures du matin, avec 27 per­sonnes à bord repré­sentant 13 pays, parmi les­quels l’Irlandaise Mairead Maguire, prix Nobel de la paix 1976. C’est donc pour la seconde fois que le siège inhumain imposé à Gaza par l’Etat d’Israël depuis juin 2007 a été brisé par ce mou­vement, dans une com­plète indif­fé­rence des capi­tales occidentales.