De la liberté à la prison ; de l’entourage à l’isolement

Ziad Medhouk, jeudi 29 octobre 2009

C’est dif­ficile pour moi citoyen pales­tinien de Gaza de décrire la situation actuelle de cette région de monde très isolée , Gaza sous blocus, Gaza la prison à ciel ouvert , Gaza la der­nière agression israélienne.

Moi qui ai vécu huit mois de liberté en France et en Europe , huit mois de ren­contres et des confé­rences, huit mois de dépla­cement et de contacts lors de mon séjour en France entre mars et octobre 2009 afin de sou­tenir ma thèse à l’université paris8 de Saint-​​Denis .

Pendant ces huit mois j’étais reçu comme un roi partout par des asso­cia­tions et des orga­ni­sa­tions de soli­darité avec notre cause, pendant cette période j’étais entouré par des amis très sympas qui m’ont sou­tenus, qui m’ont aidé pendant mon éloi­gnement de ma famille, de ma ville et de mon pays.

J’ai eu l’occasion de ren­contrer des cen­taines des per­sonnes , j’ai fait des dizaines de conférences.

Pour parler de Gaza sous blocus , pour évoquer la souf­france d’un million et demi des habi­tants isolés et enfermés dans leurs villes et vil­lages dans la bande de Gaza ; mais surtout pour passer le message , le message de la volonté de cette popu­lation confiante, une popu­lation résis­tante qui continue à vivre à coté des ruines de leurs maisons mais qui garde l’espoir d’un len­demain meilleur : un len­demain de paix et d’espoir .

On peut dire que après mon retour à Gaza cette semaine je suis en train d’affronter une réalité , une réalité pas nou­velle pour moi certes mais une réalité cho­quante pour quelqu’un qui a beaucoup voyagé en France et en Europe et qui a fait des mil­liers de kilo­mètres pendant son séjour en France et qui n’arrive pas à se déplacer entre les villes et les vil­lages ici vu la situation actuelle et le blocus imposé depuis plus de 3 ans .

On peut dire que la vie d’un Gazaouis est très dure pas seulement à cause de blocus et l’isolement mais il ne faut pas oublier la division et ses consé­quences graves sur le travail des ins­ti­tu­tions et des asso­cia­tions publiques et non gou­ver­ne­men­tales dans la bande de Gaza ; c’est vrai que le deux sec­teurs qui résistent bien en l’occurrence : l’éducation et la santé conti­nuent à fonc­tionner avec beaucoup de courage et déter­mi­nation mais les dif­fi­cultés sont tou­jours là.

Mon retour à Gaza n’était pas facile et pourtant j’ai été soutenu par le consulat général de France à Jéru­salem qui fait des efforts remar­quables pour aider les Pales­ti­niens de Gaza à sortir et y revenir mais ce sont tou­jours les Israé­liens avec leur poli­tique arbi­traire qui délivrent l’autorisation aux Gazaouis .

Le consulat de France m’a beaucoup aidé le mois de mars dernier quand j’ai quitté Gaza pour joindre Paris via Amman en Jor­danie en passant par le pont Alenby accom­pagné par l’attaché lin­guis­tique au consulat de France à Jéru­salem , cette per­sonne très soli­daire qui m’a accom­pagné dans mon voyage de retour à Gaza ce mois d’octobre, un voyage plein de dif­fi­cultés imposées par les soldats israé­liens sur le passage d’Alenby et qui attendait depuis 7 heure de matin pour m’accompagner en voiture diplo­ma­tique jusqu’au passage d’Erez pour rentrer chez moi à Gaza .

Le consulat de France qui continue de sou­tenir le dépar­tement de français à l’université Al-​​Aqsa de Gaza et maintien l’ouverture du seul centre culturel étranger de Gaza ; le centre culturel français , déploie beaucoup d’efforts pour faci­liter la par­ti­ci­pation des fran­co­phones de Gaza à des stages , des sémi­naires et des pro­grammes des bourses uni­ver­si­taires orga­nisés en France mais ce sont les auto­rités israé­liennes qui ne faci­litent pas cette mission .

C’est vrai je suis très heureux d’arriver fina­lement chez moi dans ma ville natale Gaza , de retrouver ma famille de retrouver mes étudiants et de retrouver mon dépar­tement de français mais j’aurai besoin de beaucoup de temps pour affronter cette réalité toute à fait dif­fé­rente de la réalité en Europe et en France, après des mois et des mois de liberté je suis revenu à ma prison , après cette belle période d’entourage je suis de nouveau isolé et enfermé dans une ville qui continue à résister et à subir le blocus , l’enfermement et les dif­fi­cultés de la vie quotidienne .

Gaza est tou­jours sous blocus rien n’a changé à Gaza dix mois après la fin de l’agression israé­lienne contre sa popu­lation civile ; les fron­tières sont tou­jours fermées et les pas­sages qui relient la bande de Gaza à l’extérieur s’ouvrent une fois ou deux fois par semaine pour per­mettre à quelques camions d’acheminer une petite quantité de médi­ca­ments et de pro­duits ali­men­taires, beaucoup de pro­duits sont interdits d’entrer à Gaza par ordre mili­taire israélien et y compris les maté­riaux de construction mais le plus grave chez cette popu­lation c’est l’absence de pers­pective pour l’avenir avec la pour­suite de blocus d’une part et le maintien de la division d’autre part .