De bien piètres ambassadeurs

al Hayat, samedi 16 janvier 2010

Les nou­veaux repré­sen­tants de l’Union euro­péenne, Catherine Ashton en tête, manquent d’expérience inter­na­tionale et de cha­risme, déplore l’éditoraliste d’Al-Hayat.

Le Par­lement européen a audi­tionné [le 11 janvier] Catherine Ashton, la nou­velle haute repré­sen­tante pour les Affaires étran­gères de l’Union euro­péenne, ou "ministre des Affaires étran­gères". Selon le quo­tidien français Libé­ration, ses réponses étaient tel­lement ennuyeuses que les rangs des députés se sont vidés au cours de ces trois heures de langue de bois, où elle a promis des choses aussi ori­gi­nales qu’une "diplo­matie au service de la paix".

Son cas est emblé­ma­tique des per­son­na­lités falotes qui occupent cer­tains postes en Europe et qui, de ce fait, ne servent à rien. Ashton est peut-​​être une femme poli­tique de grande qualité, mais elle n’a aucune expé­rience en poli­tique inter­na­tionale. Sa nomi­nation par l’Union à un poste de cette impor­tance est une faute.

Il n’en a pas tou­jours été ainsi. Prenons l’exemple de Miguel Angel Mora­tinos, le premier envoyé spécial de l’Union au Moyen-​​Orient. Il avait contribué à régler de nom­breux conflits, surtout en 1996, au moment de l’opération israé­lienne Raisins de la colère [à la suite de tirs de roquettes du Hez­bollah, Israël avait bom­bardé le Sud-​​Liban]. Il avait alors obtenu un cessez-​​le-​​feu entre le Hez­bollah, Israël, le Liban et la Syrie.

La France, sous la pré­si­dence de Jacques Chirac, ainsi que le Premier ministre libanais Rafic Hariri et les Etats-​​Unis avaient joué un rôle essentiel. Mais Mora­tinos aussi. Son nom était connu dans les pays arabes et dans le monde entier. Aujourd’hui, en revanche, son suc­cesseur, le diplomate belge Marc Otte, est un illustre inconnu. Il a voyagé de pays en pays, ren­contré des res­pon­sables… mais qui a entendu parler de lui ? Quels succès peut-​​il faire valoir ? Qu’a-t-il fait au moment de la guerre de Gaza ? On a l’impression que c’est le pré­sident français qui s’active et non pas l’envoyé spécial européen.

Un autre poste qui ne sert à rien est celui du pré­sident du Quartet [pour le suivi des négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes, composé de l’UE, des Etats-​​Unis, de la Russie et de l’ONU]. Son titu­laire est l’ancien Premier ministre bri­tan­nique Tony Blair. Celui-​​ci est mon­dia­lement connu, surtout pour son sui­visme par rapport à l’administration Bush et pour avoir entraîné l’armée bri­tan­nique dans le bourbier irakien, mais per­sonne ne dira qu’il a réussi à faire avancer les choses dans le conflit israélo-​​palestinien.

Pourquoi créer un poste de haut repré­sentant pour les Affaires étran­gères et dépenser de l’argent si cela ne sert à rien ? Pourquoi y nommer quelqu’un qui n’a aucune expé­rience diplomatique ?

Cela res­semble à ce qui se passe dans les pays en déve­lop­pement, où l’on dis­tribue les postes sans se soucier de savoir si les titu­laires feront leur travail. Plutôt que de financer des admi­nis­tra­tions en pure perte, l’Europe ferait mieux de sou­tenir l’enseignement au Moyen-​​Orient par des pro­grammes de coopé­ration uni­ver­si­taire. Il ne nous reste plus qu’à espérer que le choix du futur secré­taire général de l’Union pour la Médi­ter­ranée obéisse à des consi­dé­ra­tions plus sérieuses.