Damas a transmis à Israël les contours du territoire à évacuer

L’Orient le Jour, jeudi 18 décembre 2008

Le plateau du Golan a été conquis par l’armée israé­lienne lors de la guerre de 1967 puis annexé en 1981 – une ini­tiative una­ni­mement rejetée par le Conseil de sécurité des Nations unies…

La Syrie a transmis à Israël via le médiateur turc un document déli­mitant pré­ci­sément les fron­tières du Golan occupé, dont elle réclame l’évacuation en échange de la paix avec l’État juif, a-​​t-​​on appris hier de source proche de ces pour­parlers indi­rects. La Syrie attend désormais la réponse israé­lienne par le biais de la Turquie, où ces pour­parlers indi­rects ont été engagés cette année après huit ans d’interruption avant d’être à nouveau sus­pendus il y a trois mois par la démission du Premier ministre israélien Ehud Olmert.

Le pré­sident Bachar el-​​Assad a confié récemment à des visi­teurs occi­dentaux que la Syrie voulait qu’Israël se pro­nonce clai­rement sur les contours du pro­blème ter­ri­torial entre les deux pays avant d’accepter que les pour­parlers passent à une vitesse supérieure.

Même démis­sion­naire, Ehud Olmert s’est dit prêt à accéder au stade des pour­parlers directs et la Turquie le sou­haite aussi, mais le chef de l’État syrien veut aupa­ravant « connaître ce qui constitue le ter­ri­toire syrien occupé dans l’esprit d’Israël », souligne-​​t-​​on de source proche des pourparlers.

On précise, de même source, que le document syrien fixe six lieux géo­gra­phiques de réfé­rence sur les rives du lac de Tibé­riade qui, s’ils étaient acceptés par Israël, faci­li­te­raient la conclusion d’un accord dès l’an pro­chain, une fois passées les légis­la­tives israé­liennes de février. « Mais Israël pourrait ne pas être en mesure de fournir une réponse dans un avenir proche au vu de l’ébullition poli­tique qu’il connaît », ajoute-​​t-​​on.

Le plateau du Golan a été conquis par l’armée israé­lienne lors de la guerre de 1967 puis annexé en 1981 – une ini­tiative una­ni­mement rejetée par le Conseil de sécurité des Nations unies. Dans les années 1990, les négo­cia­tions sous l’égide de l’ONU pour sa res­ti­tution ont buté sur l’ampleur du retrait israélien du Golan. Le défunt pré­sident Hafez el-​​Assad, père du chef de l’État syrien actuel, avait refusé de conclure un accord ne res­ti­tuant pas à son pays l’accès dont il dis­posait avant juin 1967 au lac de Tibé­riade, stra­té­gique réservoir d’eau régional. Bachar el-​​Assad s’en est tenu à la position de son père alors que l’État juif, qui a pris le contrôle de toute la rive nord-​​est du lac lors de la guerre, a proposé à la Syrie de ne se retirer que sur une ligne excluant un accès direct à la nappe d’eau en raison de sa rétrac­tation depuis des décennies.

Le document syrien transmis à Israël via la Turquie « nous posi­tionne sur l’eau », a déclaré un res­pon­sable syrien. « La défi­nition syrienne de la ligne du 4 juin (1967) implique la res­ti­tution de la rive nord-​​est du lac à la Syrie », avait déjà fait savoir le mois dernier le vice-​​président syrien Farouk el Chareh, estimant non per­ti­nents les argu­ments israé­liens sur la rétraction de l’étendue d’eau.

Même si les deux parties réglaient ce litige ter­ri­torial, on estime dans les milieux diplo­ma­tiques qu’un traité de paix ne sera pas facile à conclure car Israël a ajouté trois condi­tions depuis 2000 : que la Syrie renonce à son alliance stra­té­gique avec Téhéran et qu’elle réduise son soutien au Hez­bollah libanais et au Hamas pales­tinien. M. Assad a confié à des visi­teurs que la Syrie avait reçu via la Turquie un document portant sur ses rela­tions avec ses États voisins après l’accord de paix envisagé. « Le pré­sident a dit y avoir répondu, mais il n’a pas dit comment », a rap­porté l’un d’eux.

De source auto­risée syrienne, on sou­ligne qu’Israël n’a pas à poser de condi­tions à la Syrie concernant sa poli­tique étrangère, mais on reconnaît que la carte poli­tique de la région serait nota­blement modifiée si les deux pays par­ve­naient à conclure un traité de paix.