D’où vient l’électricité de Gaza

Irin, jeudi 11 décembre 2008

La seule cen­trale élec­trique de Gaza produit environ 30 pour cent de l’électricité de la bande ; 10 lignes élec­triques en pro­ve­nance d’Israël en four­nissent environ 62 pour cent ; et deux lignes en pro­ve­nance d’Egypte en pro­duisent environ huit pour cent.

La cen­trale fournit environ 65 MW, et fonc­tionne à mi-​​régime depuis que ses trans­for­ma­teurs ont été bom­bardés par Israël en juin 2006, selon Hamada al-​​Bayari, res­pon­sable de terrain au Bureau des Nations Unies pour la coor­di­nation des affaires huma­ni­taires (OCHA), à Gaza. L’usine fournit environ 40 MW à la ville de Gaza, 10 MW au nord de Gaza et 15 MW au centre de Gaza.

L’unique source de com­bus­tible indus­triel ali­mentant la cen­trale élec­trique est financée par la Com­mission euro­péenne, dans le cadre d’un pro­gramme huma­ni­taire européen du nom de PEGASE, qui englobe dif­fé­rents projets de déve­lop­pement en par­te­nariat avec l’Autorité pales­ti­nienne (AP) en Cis­jor­danie, outre­passant ainsi le Hamas.

Théo­ri­quement, Israël autorise le transfert (contrôlé, sur le terrain, par la société finan­cière Price Wate­rhouse Coopers) de 2,5 mil­lions de litres de com­bus­tible indus­triel vers plus de 200 points de dis­tri­bution, à Gaza, chaque semaine, dans le cadre de PEGASE.

« Il faut un minimum de 400 000 litres de com­bus­tible indus­triel par jour pour per­mettre à la cen­trale élec­trique de pro­duire 65 MW », selon M. al-​​Bayari d’OCHA, et depuis le 12 novembre, seules deux car­gaisons de com­bus­tible indus­triel ont été ache­minées jusqu’à la cen­trale (440 000 litres le 24 novembre et 437 000 litres le 26 novembre).

Dix lignes élec­triques ins­tallées entre Israël et Gaza et ali­mentées par la Société d’électricité israé­lienne, four­nissent environ 120 MW. Deux lignes en pro­ve­nance d’Egypte four­nissent environ 17 MW, mais uni­quement à la région de Rafah, dans le sud.

« Israël n’autorise l’acheminement de car­burant à Gaza ni par voie maritime, ni par voie aérienne, ni via la fron­tière égyp­tienne », selon la Banque mon­diale. « Seul un point d’entrée et de sortie, le point de passage fron­talier de Karni/​Al-​​Mountar, permet aux Gazaouis d’exporter et d’importer l’ensemble des biens néces­saires pour sou­tenir une économie de près de 1,5 million de personnes ».

« Soixante-​​dix pour cent de l’électricité de Gaza circule même lorsque la cen­trale élec­trique cesse de fonc­tionner », a indiqué Shlomo Dror, porte-​​parole du ministère israélien de la Défense. Tou­jours selon M. Dror, l’électricité fournie par les 10 lignes israé­liennes peut être redis­tribuée dans des zones nor­ma­lement ali­mentées par la cen­trale élec­trique de Gaza.

Le réseau élec­trique de la ville de Gaza est divisé en deux : la moitié de l’électricité pro­vient de la cen­trale élec­trique, l’autre moitié est fournie par quatre des 10 lignes israéliennes.

« Les lignes [de la ville de Gaza] peuvent être par­tagées, mais le transfert de l’électricité est fait en local et manuel­lement », a expliqué M. al-​​Bayari. « Des équipes, envoyées par la Société de dis­tri­bution d’électricité de Gaza, vont dans les rues et règlent manuel­lement les transformateurs ».

Des conséquences démesurées

« Lorsque la cen­trale élec­trique cesse de fonc­tionner, cela se répercute de manière dis­pro­por­tionnée sur la ville de Gaza, étant donné que la ville reçoit alors moins de 50 pour cent de son appro­vi­sion­nement normal en élec­tricité », selon Hussein Al-​​Nabih, directeur de l’Autorité pales­ti­nienne de l’énergie et des res­sources natu­relles (PENRA), un orga­nisme placé sous la direction de l’AP à Gaza.

Environ 45 MW sont fournis chaque jour par les quatre lignes élec­triques de la ville de Gaza. Or, selon les esti­ma­tions, la demande jour­na­lière devrait grimper en flèche pour atteindre 100 à 110 MW au cours des pro­chaines semaines, en raison du froid et de la pénurie de com­bus­tible, selon M. Al-​​Nibah.

L’électricité n’étant fournie que pendant des laps de temps limités, lorsque le courant fonc­tionne, les habi­tants uti­lisent tous leurs appa­reils élec­triques en même temps : « Lorsque la demande est trop impor­tante pour une ligne, elle se déconnecte ».

Les ingé­nieurs de la PENRA doivent alors contacter la Société d’électricité israé­lienne pour la remettre en service, ce qui prend du temps.

Des réparations tardives

« La semaine der­nière, il y avait un pro­blème sur une des lignes qui pas­saient par Khan Younis du côté israélien, et il a fallu 10 jours à la société israé­lienne pour recevoir un permis de répa­ration », selon M. Al-​​Nibah.

Si ce pro­blème se produit du côté de Gaza, la ville ne dispose pas de matériel d’entretien en réserve, et les trans­for­ma­teurs qui dis­tri­buent l’électricité sont en outre plus sus­cep­tibles de tomber en panne en cas de survoltage.

Les habi­tants de Gaza achètent leur com­bus­tible à usage per­sonnel auprès de Dor Alon, une société israé­lienne privée, confor­mément à un accord conclu avec l’AP en Cis­jor­danie. Le car­burant est livré aux dis­tri­bu­teurs locaux de Gaza, via des cana­li­sa­tions sou­ter­raines, à Nahal Oz, à la fron­tière entre Gaza et Israël. (Le car­burant acheminé par l’UE dans le cadre de PEGASE ne fonc­tionne pas selon ce système. Il ne peut être utilisé que pour ali­menter la cen­trale élec­trique, et non pour un usage personnel)

« Cinq semaines se sont écoulées depuis la der­nière livraison de diesel ou de benzine [essence] à Gaza », a indiqué Mahmoud Kho­zendar, pré­sident de l’Association des pro­prié­taires de sta­tions de pétrole et de stations-​​service.

Les tunnels

Environ 100 000 litres de diesel sont ache­minés à Gaza, en moyenne, depuis l’Egypte chaque jour, par le biais du réseau de tunnels utilisé pour contourner le blocus israélien, selon M. Kho­zendar, mais la « société reste para­lysée et la qualité [du diesel] n’est pas bonne, ce qui signifie qu’il ne permet pas de faire fonc­tionner des moteurs de petite taille ».

L’approvisionnement via ces tunnels est extrê­mement erra­tique, et ne suffit pas, loin s’en faut, à répondre aux besoins des par­ti­cu­liers, selon M. Khozendar.

« Aujourd’hui [le 26 novembre], 70 tonnes de gaz de pétrole liquéfié [gaz domes­tique] ont été livrées, mais les habi­tants cherchent encore partout pour se pro­curer du gaz […] Les fermes avi­coles, les bou­lan­geries et l’industrie halieu­tique péri­clitent. En attendant, les prix doublent pour une popu­lation déjà pauvre ».