Conseil de Paris : une bien étrange évolution

Message adressé à l’ensemble des conseillers de Paris par Taoufiq Tahani, président de l’AFPS

Taoufiq Tahani, Président de l’AFPS, mardi 16 février 2016

En juin 2013, le Conseil de Paris, adoptait une délibération [1] dans laquelle il manifestait son soutien à l’initiative, alors portée par 13 Etats de l’UE, pour obtenir « une réglementation européenne imposant un étiquetage différencié entre « produits des colonies » et « produits israéliens » ». S’appuyant notamment sur les démarches de l’AFPS, de la FIDH, de la LDH et du CCFD, il demandait au Maire de Paris, Bertrand Delanoë, « d’intervenir auprès du Gouvernement français afin que cette mesure soit rapidement soumise au Conseil Affaires Etrangères de l’Union européenne ».

De l’eau a depuis coulé sous les ponts et Anne Hidalgo, alors Première maire adjointe et qui ne faisait pas partie des cinq élus qui s’étaient opposés au vœu, avait assez vite confié au CRIF qu’elle ne se sentait pas liée par une telle prise de position [2]. Aujourd’hui, voilà que le Conseil de Paris s’orienterait vers l’adoption d’un vœu condamnant l’appel au boycott d’Israël au nom même de la promotion de la paix et s’opposant à « toutes les tentatives d’isoler Israël du concert des nations ». Pas un mot sur la colonisation galopante alors qu’en 2013, la ville considérait que « l’Union européenne et la France ne doivent plus assister sans réagir à l’expansion des colonies, obstacle majeur à la construction de l’État de Palestine et à l’avènement d’une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens » . Les choses se sont-elles soudainement arrangées depuis ?

On se demande bien quelle lecture les élus porteurs de ce vœu font de l’évolution de la situation depuis l’été 2013.

On se demande ce qu’ils ont vu et compris de l’attaque contre Gaza à l’été 2014. De ce carnage, tel que l’a alors qualifié Laurent Fabius. Ils ne soupçonnent sans doute pas l’existence de l’enquête d’Amnesty sur le « Black Friday » [3].

On peut supposer qu’ils n’ont pas eu accès non plus au rapport de la CNUCED établissant que, si rien ne change, la bande de Gaza se révélera invivable d’ici cinq ans [4].

Pas plus qu’au rapport de Human Right Watch de janvier 2016 [5] appelant les entreprises à mettre fin à leurs activités dans les colonies car elles favorisent les violations des droits de l’homme. Non plus qu’à celui d’Amnesty international appelant à des enquêtes impartiales sur ce qui a toutes les caractéristiques d’exécutions extra-judiciaires [6].

S’il y a une tendance lourde à ce qu’Israël se retrouve de plus en plus isolé sur la scène internationale, les raisons en tiennent tout simplement à l’occupation et à la politique de colonisation qu’il met en œuvre, avec l’objectif avoué de ruiner la solution à deux Etats. Les consternantes manœuvres au Conseil de Paris ne peuvent masquer cette réalité.

Les courriers qu’Anne Hidalgo vient de recevoir de ses homologues des trois villes palestiniennes partenaires de Paris (Ramallah, Bethléem, Jéricho), seront-elles de nature à l’amener à reconsidérer ce projet ?

Les Maires de ces trois villes demandent clairement à la ville de Paris de reconsidérer son initiative car un tel vœu « donnerait un signal à contre-sens des efforts de paix et du droit international, il risquerait d’encourager l’occupation et la répression du peuple palestinien . » [7]

Le maintenir en tout cas serait une gifle pour tous les militants du droit engagés à un titre ou un autre dans la campagne internationale BDS et, plus grave, un message de mépris envoyé à la société civile palestinienne tout entière.