Confessions d’un soldat israélien

Lili Marin, vendredi 21 novembre 2008

Au sein de Tsahal, il a tué deux Pales­ti­niens qui se sont avérés non armés, une fois leur cadavre retourné. Il le raconte ouver­tement, mais der­rière un trou­blant masque numé­rique, dans le film Z32 pré­senté en pre­mière nord-​​américaine aux Ren­contres inter­na­tio­nales du docu­men­taire de Montréal.

Tant les révé­la­tions que les façons dont elles sont livrées ont de quoi décon­certer le spectateur.

Le réa­li­sateur, l’Israélien Avi Mograbi, ne s’en cache pas, au contraire. Dès les pre­mières minutes de son docu­men­taire, il s’interroge sur la manière appro­priée de faire témoigner le soldat sans l’identifier. Il finit par opter pour des retouches numé­riques, qui dis­si­mulent les traits du visage tout en pré­servant l’expression du regard et les rictus.

À entendre ce jeune homme parler de ce qu’il a fait, sans trop d’états d’âme, on com­prend aisément qu’il craigne les repré­sailles. En même temps, son récit permet de s’imaginer à sa place, dans le contexte dif­ficile de ce conflit.

On te raconte que dans une maison il y aura un ter­ro­riste et tu meurs d’envie que ça arrive, car c’est pour ça que t’as fait 20 mois d’entraînement. Tout homme de plus de 5 ans est un danger. C’est ce que tu ressens.

Z32

L’étrangeté du procédé ciné­ma­to­gra­phique fait écho à la logique de la guerre, que la copine du soldat n’arrive pas à concevoir, malgré tous ses efforts.

Vous étiez pénétrés de votre mission et heureux de réa­liser votre rêve mouillé : tuer des Arabes.

— la copine de Z32

Avi Mograbi essaie lui aussi de com­prendre ce soldat, mais ne tente jamais de l’excuser, ni de s’excuser lui-​​même d’aborder un sujet aussi contro­versé. Connu pour ses posi­tions cri­tiques face à la droite israé­lienne, il a aupa­ravant réalisé Comment j’ai appris à sur­monter ma peur et à aimer Ariel Sharon. Avec Z32, il signe un docu­men­taire auda­cieux, qui porte à réfléchir.