Condamner les « deux côtés » : pire que les assassins !

Michel Warschawski, vendredi 2 janvier 2009

Barak, Olmert, Livni et Ash­kenazi auront un jour à répondre de crimes de guerre devant une cour de justice, comme d’autres cri­minels de guerre. En consé­quence, notre devoir est d’informer sur leurs actes et décla­ra­tions de façon à nous assurer qu’ils payeront pour les mas­sacres qu’ils ont ordonnés et commis.

Il y a cependant une seconde caté­gorie de cri­minels qui pour­raient échapper aux tri­bunaux. Ils ne se salissent pas les mains avec le sang des civils, mais four­nissent les jus­ti­fi­ca­tions intel­lec­tuelles et pseudo morales des assassins. Ils consti­tuent l’unité de pro­pa­gande du gou­ver­nement et de l’armée des tueurs.

Les écri­vains israé­liens Amos OZ, et A. B. Yehoshau sont les exemples type de tels misé­rables intel­lec­tuels, et ce n’est pas la pre­mière fois ! A chaque guerre ils se portent volon­taires pour l’effort de guerre israélien, sans même avoir été offi­ciel­lement désignés. Leur pre­mière fonction est d’apporter les jus­ti­fi­ca­tions à l’offensive israé­lienne, puis, dans un second temps ils pleurent leur vir­ginité perdue et accusent l’autre camp de nous avoir obligés à être brutaux.

La jus­ti­fi­cation fournie par OZ dans Cor­riera de la Serra, et Yehoshua dans La Stampa est évidemment la nécessité de réagir aux rockets sur Sderot, comme si tout com­mençait avec ces rockets. « J’ai du expliquer aux Ita­liens, écrit Yehoshua dans Haaretz 30 décembre 2008 , pourquoi l’action israé­lienne était nécessaire.… »

Yehoshua et Oz ont tous les deux oublié 18 mois de brutal siège israélien imposé à un mil­lions et demi dêtres humains, les privant des néces­sités les plus élémen­taires. Ils ont oublié le boycott israélien et inter­na­tional du gou­ver­nement pales­tinien démo­cra­ti­quement élu. Ils ont oublié la sépa­ration forcée de Gaza et de la Cis­jor­danie, sépa­ration faite pour isoler et punir la popu­lation de Gaza de son choix démo­cra­tique incorrect.

Après avoir choisi de ré-​​ écrire la chro­no­logie des événe­ments, Oz et Yehoshua uti­lisent l’argument de la symétrie : La vio­lence est uti­lisée des deux côtés et il y a des vic­times inno­centes à Gaza comme en Israël. En effet, chaque civil tué est une victime inno­cente. La chro­no­logie et le nombre ne sont cependant pas sans rapport : 3 civils israé­liens ont été tués dans le sud d’Israël, mais seulement après que l’aviation israé­lienne a commis son mas­sacre pla­nifié dans le centre de la ville de Gaza, en tuant plus de 300 .

Cette position des intel­lec­tuels les plus en vue d’Israël sert de jus­ti­fi­cation morale au soutien que le parti de la gauche sio­niste Meretz apporte à l’agression cri­mi­nelle du ministre de la défense Barak. Meretz aussi exprimera en temps voulu son oppo­sition aux meurtres, c’est à dire lorsque la com­mu­nauté inter­na­tionale exprimera sa pré­oc­cu­pation pour les fautes d’Israël. Pour l’instant cette com­mu­nauté inter­na­tionale demeure silen­cieuse et semble même heu­reuse de la contri­bution israé­lienne à sa sainte croisade contre la menace globale islamique.

Afin de montrer sa pré­oc­cu­pation, l’Europe envoie une assis­tance huma­ni­taire (sym­bo­lique) à la popu­lation de Gaza. En entendant le ministre français des Affaires Etran­gères, Bernard Kouchner sou­tenir l’action israé­lienne, en même temps qu’il annonce la décision d’envoyer des pro­duits huma­ni­taires à Gaza, je n’ai pu m’empêcher de me sou­venir des infor­ma­tions sur les délé­ga­tions de de la Croix Rouge Inter­na­tionale qui venaient visiter les camps d’extermination nazi avec des cho­colats et des biscuits.

Je sais que ce n’est pas la même chose, mais per­sonne ne peut contrôler ses asso­cia­tions mentales.

Bernard Kouchner a cependant une cir­cons­tance atté­nuante : les régimes arabes, en par­ti­culier celui d’Hosni Mubarak, sou­tiennent aussi l’agression israé­lienne. Et ils vont aussi envoyer du cho­colat et des bis­cuits aux enfants de Gaza, sauf bien sûr à ceux qui gisent morts à l’hôpital de Shifa .