Complot à l’ambassade israélienne : le gouvernement britannique pressé d’ouvrir une enquête

Les partis de l’opposition appellent au retrait du diplomate israélien Shai Masot et à l’ouverture d’une enquête sur le complot visant à nuire à Alan Duncan

Middle East Eye, mardi 10 janvier 2017

Le ministre britannique des Affaires étrangères considère l'affaire de Shai Masot comme "classée" (capture d'écran)

Theresa May, Première ministre britannique, fait face ce dimanche à une pression de plus en plus grande pour ouvrir une enquête sur un diplomate israélien complotant pour « faire partir » un ministre britannique opposé à l’occupation israélienne des Territoires palestiniens.

Le parti britannique d’opposition, le Parti travailliste, et le Parti national écossais, ont appelé Theresa May à ouvrir une enquête pour « ingérence déplacée » et à l’expulsion du diplomate filmé à son insu.

Shai Masot, qui se qualifie de « conseiller politique », a été piégé par une journaliste infiltrée en train de discuter avec un fonctionnaire pour savoir comment discréditer le ministre adjoint des Affaires étrangères, Alan Duncan.

Samedi, l’ambassade israélienne a annoncé que Masot serait démis de son poste de « subalterne » et le ministère des Affaires étrangères a déclaré qu’elle considérait l’affaire classée.

Mais dimanche, Emily Thornberry, ministre des Affaires étrangères du cabinet fantôme (cabinet de l’opposition, alternatif au gouvernement), a appelé à une enquête sur le complot de Masot, qu’elle a qualifié d’« affaire de sécurité nationale ».

« Ces révélations d’un représentant de l’ambassade d’Israël discutant de comment faire partir ou discréditer un ministre du gouvernement et d’autres députés en raison de leur position sur le Moyen-Orient est extrêmement dérangeant », a-t-elle déclaré.

« L’ingérence déplacée dans notre politique démocratique de la part d’autres États est inacceptable, quel que soit l’État. La réaction du ministère des Affaires étrangères, pour qui l’affaire est classée, n’est pas suffisante. C’est une question de sécurité nationale », a-t-elle ajouté.

« Le représentant de l’ambassade impliqué doit être retiré, et le gouvernement doit immédiatement ouvrir une enquête sur l’étendue de cette ingérence déplacée et exiger du gouvernement israélien qu’il y mette un terme. »

Emily Thornberry a fait cette déclaration après que le ministère des Affaires étrangères israélien a annoncé que l’ambassadeur israélien à Londres, Mark Regev, s’était excusé.

« L’ambassadeur israélien s’est excusé et il est clair que cette conversation ne reflète pas les positions de l’ambassade ou du gouvernement d’Israël » a-t-il déclaré. « Le Royaume-Uni et Israël ont une relation très forte et nous considérons l’affaire terminée. »

L’ambassade israélienne a précisé que Regev avait parlé à Duncan pour s’excuser et mettre les choses au clair : les propos de Masot sont « absolument inacceptables ».

Maria Strizzolo discute de "faire partir" Alan Duncan (capture d'écran)

Maria Strizzolo, la fonctionnaire britannique également piégée dans la discussion avec Masot pour « faire partir » Duncan a démissionné dimanche.

Dans les vidéos, Masot, dont le profil en ligne – qui présentait Machiavel comme un ‘’dieu’’ – a été désactivé samedi, demandait à Strizzolo : « Puis-je vous confier quelques députés à faire partir ? ».

Strizzolo, qui a récemment été mutée à un poste au département Éducation, a répondu : « Vous savez, si on regarde d’assez près, je suis persuadée qu’il y a bien quelque chose qu’ils essaient de cacher. »

Masot a répondu : « Oui, j’ai quelques députés. »

Ce à quoi Strizzolo rétorqua : « Parlons-en. »

Masot a ensuite déclaré au journaliste : « Non, elle sait quels députés je veux faire partir. »

Strizzolo a répondu qu’il serait bon de lui rappeler qui et Masot a dit : « le député et ministre adjoint aux Affaires étrangères. »

Ce n’était pas une surprise pour Strizzolo, qui a demandé : « Vous voulez toujours le faire ? »

Masot a répliqué : « Non, il cause beaucoup de problèmes. »

Samedi, dans une déclaration, Strizzolo a expliqué : « Les insinuations que The Guardian cherche à faire sur quelques bribes de conversation tirées de leur contexte, obtenues par subterfuge au cours d’une dîner sont absurdes. La conversation était légère, nous parlions sur le ton de la plaisanterie et du bavardage. Qu’une proposition émanant de moi, en tant que fonctionnaire travaillant dans l’éducation, puisse avoir l’influence que vous lui prêtez est risible. »

« Shai Masot est un ami et nos relations ne sont pas professionnelles. Il n’est pas quelqu’un avec qui j’ai déjà travaillé ou conclu quelque accord politique que ce soit au-delà de nos bavardages politiques, comme le font des millions de gens, quand ils sont en société. »

Traduit de l’anglais (original)