Charte nationale palestinienne de 1968 (extraits)

mardi 1er mars 2005

Le troi­sième Conseil national pales­tinien amende la Charte de 1964 et adopte un nouveau texte qui marque un dur­cis­sement sous l’influence des mou­ve­ments de gué­rilla. Seuls les juifs qui vivaient en Palestine jusqu’en 1917 pourront demeurer après la « libé­ration totale ». D’autre part, « la lutte armée est la seule voie pour la libé­ration de la Palestine ».

1 - La Palestine, patrie du peuple arabe pales­tinien, constitue une partie insé­pa­rable de la grande patrie arabe, et le peuple pales­tinien fait partie de la nation arabe.

2 - La Palestine, dans les fron­tières du mandat bri­tan­nique, constitue une unité ter­ri­to­riale indivisible.

3 - Seul le peuple pales­tinien a des droits légi­times sur sa patrie. Après l’avoir libérée, il exercera son droit à l’autodétermination, selon ses voeux et sa seule volonté.

4 - L’identité pales­ti­nienne est une carac­té­ris­tique authen­tique, intrin­sèque et per­pé­tuelle. Elle se transmet des parents aux enfants. Ni l’occupation sio­niste, ni la dis­persion du peuple arabe pales­tinien résultant des souf­frances qu’il a endurées, ne peuvent effacer cette identité palestinienne.

5 - Les Pales­ti­niens sont les citoyens arabes qui rési­daient habi­tuel­lement en Palestine jusqu’en 1947, qu’ils aient été forcés de partir ou qu’ils y soient demeurés. Toute per­sonne née de parents pales­ti­niens après cette date, que ce soit en Palestine ou hors de Palestine, est palestinienne.

6 - Les juifs qui rési­daient habi­tuel­lement en Palestine jusqu’au com­men­cement de l’invasion sio­niste sont palestiniens.

7 - L’identité pales­ti­nienne et les liens maté­riels, spi­ri­tuels et his­to­riques avec la Palestine sont des réa­lités immuables. C’est un devoir national que de faire de chaque Pales­tinien un révo­lu­tion­naire arabe, de lui donner une connais­sance spi­ri­tuelle et matériel-​​ le appro­fondie de sa patrie, et de le pré­parer à la lutte armée et au sacrifice de ses biens et de sa vie pour la récu­pé­ration de sa patrie. Tous les moyens dis­po­nibles d’éducation et d’information doivent être employés à cette fin, jusqu’à la libé­ration totale.

8 - Le peuple pales­tinien tra­verse actuel­lement la phase de la lutte nationale pour la libé­ration de sa patrie. Pour cette raison, les diver­gences entre les forces natio­nales pales­ti­niennes doivent passer au second plan pour donner la priorité à la contra­diction fon­da­mentale qui existe entre, d’une part, le sio­nisme et l’impérialisme et, d’autre part, le peuple arabe pales­tinien. Sur cette base, les masses pales­ti­niennes, aussi bien les orga­ni­sa­tions que les indi­vidus, qu’elles se trouvent dans leur patrie ou dans les endroits où elles vivent en réfugiés, forment un front national unique oeu­vrant pour la récu­pé­ration et la libé­ration de la Palestine au moyen de la lutte armée.

9 - La lutte armée est la seule voie pour la libé­ration de la Palestine. Il s’agit d’une ligne stra­té­gique et non pas d’une ligne tac­tique. Le peuple arabe pales­tinien affirme sa déter­mi­nation totale à mener la lutte armée et à lancer la révo­lution popu­laire pour la libé­ration et le retour dans sa patrie. Il affirme également son droit à mener une vie normale en Palestine et à y exercer le droit à l’autodétermination ainsi que sa souveraineté.

10 - L’action des com­mandos constitue le noyau de la guerre popu­laire pales­ti­nienne de libé­ration. Cela exige que l’action des com­mandos soit inten­sifiée, déve­loppée et pro­tégée et que tout le potentiel dis­po­nible pales­tinien, humain et tech­nique, soit mobilisé et organisé afin qu’il joue son rôle dans la révo­lution pales­ti­nienne armée. Cela requiert également l’unité entre les dif­fé­rents groupes qui existent au sein du peuple pales­tinien, de même que l’unité entre le peuple pales­tinien et les masses arabes, afin d’assurer un ren­for­cement continuel, puis la vic­toire, de la révolution.

11 - Les Pales­ti­niens auront trois mots d’ordre : unité nationale, mobi­li­sation nationale et libération.

12 - Le peuple arabe pales­tinien croit à l’unité arabe. Pour jouer son rôle dans la réa­li­sation de cette unité, il doit, dans l’étape actuelle de son combat national, sau­ve­garder son identité pales­ti­nienne avec tout ce que cela implique, oeuvrer pour avoir une plus grande conscience de cette identité et s’opposer à tout ce qui pourrait l’affaiblir ou la faire disparaître.

13 - L’unité arabe et la libé­ration de la Palestine sont deux objectifs com­plé­men­taires. Chacun d’eux conduit à la réa­li­sation de l’autre. L’unité arabe mènera à la libé­ration de la Palestine, et la libé­ration de la Palestine conduira à l’unité arabe. OEuvrer en faveur de l’une revient à agir pour la réa­li­sation des deux.

14 - Le destin de la nation arabe, et à vrai dire l’existence même des Arabes, dépend du destin de la cause pales­ti­nienne. Cette inter­dé­pen­dance est à l’origine des efforts arabes pour la libé­ration de la Palestine. Le peuple pales­tinien est à l’avant-garde du mou­vement visant à atteindre cet objectif national sacré.

15 - La libé­ration de la Palestine est une obli­gation nationale pour les Arabes. Leur devoir est de repousser l’invasion sio­niste et impé­ria­liste dans la grande patrie arabe et de liquider la pré­sence sio­niste en Palestine. À cet égard, l’entière res­pon­sa­bilité incombe aux peuples et aux gou­ver­ne­ments arabes, et en premier lieu au peuple palestinien.

Pour cette raison, la nation arabe doit mobi­liser tout son potentiel mili­taire, humain, moral et matériel pour jouer un rôle effectif, aux côtés du peuple pales­tinien, dans la libé­ration de la Palestine. En outre, elle doit, notamment dans la phase actuelle de la révo­lution pales­ti­nienne armée, fournir au peuple pales­tinien toute l’aide maté­rielle et humaine pos­sible, et mettre à sa dis­po­sition les moyens et les faci­lités qui lui per­met­tront de continuer à jouer son rôle de premier plan dans sa révo­lution armée jusqu’à ce que sa patrie soit libérée.

16 - Sur le plan spi­rituel, la libé­ration de la Palestine créera en Terre sainte une atmo­sphère de paix et de tran­quillité, assurant la sau­ve­garde de toutes les ins­ti­tu­tions reli­gieuses, et la garantie de la liberté de culte et du droit de visite à tous, sans dis­cri­mi­nation et sans dis­tinction de race, de couleur, de langue ou de religion. C’est pourquoi, le peuple pales­tinien attend le soutien de toutes les forces spi­ri­tuelles dans le monde. […]

19 - Le partage de la Palestine, en 1947, et la création d’Israël n’ont aucune validité quel que soit le temps écoulé depuis cette date, car ils sont contraires à la volonté du peuplé pales­tinien et à son droit naturel sur sa patrie. Ils sont en contra­diction avec les prin­cipes de la charte des Nations unies, notamment en ce qui concerne le droit à l’autodétermination.

20 - La décla­ration Balfour, le mandat, et tout ce qui en résulte, sont déclarés nuls et non avenus. L’affirmation selon laquelle des liens his­to­riques ou spi­ri­tuels unissent les juifs à la Palestine n’est pas conforme aux faits his­to­riques et ne répond pas aux condi­tions requises pour constituer un État. Le judaïsme est une religion révélée. Il n’est pas une natio­nalité par­ti­cu­lière. Les juifs ne forment pas un peuple ayant son identité propre mais ils sont citoyens de leurs pays respectifs.

21 - Le peuple arabe pales­tinien, s’exprimant par sa révo­lution armée, rejette toute solution de rem­pla­cement à la libé­ration totale de la Palestine. Il rejette également toutes les pro­po­si­tions visant à la liqui­dation ou à l’internationalisation du pro­blème palestinien.

22 - Le sio­nisme est un mou­vement poli­tique, orga­ni­quement lié à l’impérialisme mondial et opposé à tous les mou­ve­ments de libé­ration ou de progrès dans le monde. Le sio­nisme est, par nature, fana­tique et raciste. Ses objectifs sont agressifs, expan­sion­nistes et colo­niaux. Ses méthodes sont celles des fas­cistes et des nazis. Israël est l’instrument du mou­vement sio­niste. C’est une base géo­gra­phique et humaine de l’impérialisme mondial qui, de ce tremplin, peut porter des coups à la patrie arabe pour com­battre les aspi­ra­tions de celle-​​ci à la libé­ration, à l’unité et au progrès. Israël est une menace per­ma­nente pour la paix au Proche-​​Orient et dans le monde entier. […]

26 - L’Organisation de libé­ration de la Palestine, en sa qualité de repré­sentant des forces de la révo­lution pales­ti­nienne, est res­pon­sable de la lutte du peuple arabe pales­tinien pour recouvrer, libérer et retourner dans sa patrie, et pour exercer le droit à l’autodétermination dans celle-​​ci. Cette res­pon­sa­bilité s’étend aux domaines mili­taire, poli­tique et financier, et à tout ce que la cause pales­ti­nienne pourrait exiger sur les plans arabe et international.

27 - L’Organisation de libé­ration de la Palestine coopérera avec tous les pays arabes, selon les pos­si­bi­lités de chacun. Elle adoptera une attitude neutre à l’égard de ces pays, selon les néces­sités de la bataille de libé­ration, et sur la base de ce facteur. L’organisation n’interviendra dans les affaires inté­rieures d’aucun État arabe.

28 - Le peuple arabe pales­tinien affirme que sa révo­lution nationale est authen­tique et indé­pen­dante. Il rejette toute forme d’intervention, de tutelle ou de dépendance.