Cette « double autorité » qui écartèle les Palestiniens

Amira Hass, lundi 13 octobre 2008

« On finit par se demander pourquoi on a mis des enfants au monde »

A l’issue d’un scrutin serré, Mme Tzipi Livni a été élue à la tête du parti Kadima. Elle doit suc­céder à M. Ehoud Olmert au poste de premier ministre, mais il n’est pas sûr qu’elle par­vienne à éviter la tenue d’élections anti­cipées. Les négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes sont dans l’impasse, et la pro­messe du sommet d’Annapolis de créer un Etat pales­tinien d’ici à la fin de l’année ne sera pas tenue, d’autant que la division de l’autorité pales­ti­nienne entre Gaza et Ramallah favorise l’intransigeance israélienne.

Début juillet, les habi­tants de Cis­jor­danie et de Gaza ont appris la bonne nou­velle avec sou­la­gement : les résultats du bac­ca­lauréat des élèves des deux entités pales­ti­niennes occupées seraient publiés simul­ta­nément. Le bruit courait que le ministère de l’éducation de Gaza s’apprêtait à anti­ciper d’un jour leur publi­cation. Cette rumeur reflète l’inquiétude devant la logique qui découle depuis juin 2007 de la dupli­cation du « pouvoir » : un gou­ver­nement dirigé par le Fatah à Ramallah et un autre à Gaza par le Hamas. « Vous voyez, se sont hâti­vement ras­surés les gens exté­rieurs aux cercles déci­sion­naires, la dualité n’a pas atteint les minis­tères chargés des ser­vices fon­da­mentaux [éducation, santé et sécurité sociale]. » La folie de la dupli­cation a ses limites.

« Chacun sait que la rupture ne sert que l’occupation israé­lienne, que ces deux “gou­ver­ne­ments” n’ont que des res­pon­sa­bi­lités res­treintes et que l’occupant israélien tient en réalité le pouvoir », entend-​​on de toute part. Fin août, alors qu’allait s’ouvrir sous patronage égyptien un nouveau cycle de dis­cussion en vue de la récon­ci­liation entre le Fatah et le Hamas, les syn­dicats affiliés au Fatah à Ramallah ont appelé à la grève les employés du secteur public de la bande de Gaza.

Avant, à la mi-​​juillet, la société pales­ti­nienne était rede­venue pour quelques jours un grand village où chacun sait qui a brillé et qui a échoué aux examens. En Cis­jor­danie, comme tou­jours, les célé­bra­tions du bac­ca­lauréat ont été mar­quées par des rafales tirées en l’air. A la désap­pro­bation de tous, les organes de sécurité de l’Autorité n’ont pas réussi à mettre fin à cette dan­ge­reuse habitude. A Gaza, au contraire, on n’a pas entendu un seul coup de feu. Le gou­ver­nement Hamas et sa police inter­disent les tirs lors des événe­ments civils.

Ramallah trop gaie… et cynique

Comme s’il était tou­jours le premier ministre du gou­ver­nement légal mis en place après la vic­toire du Hamas aux élec­tions légis­la­tives de janvier 2006, M. Ismaïl Haniyeh a accordé une bourse spé­ciale à la meilleure élève de Gaza et promis (…)