Ces Eglises qui boycottent les colonies

Sarah Irving, jeudi 2 septembre 2010

Les Églises ont depuis long­temps été un point central du combat de la cam­pagne BDS (Boycott, Dés­in­ves­tis­sement et Sanc­tions). Avec le déve­lop­pement du mou­vement BDS, plu­sieurs Églises à travers le monde se sont impli­quées pro­gres­si­vement dans le mou­vement de boycott, et les der­niers mois ont été marqués par quelques gros succès pour BDS.

L’Église métho­diste anglicane avaient déjà voté il y a quelques années plu­sieurs réso­lu­tions concernant Israël. En 2006, explique le Dr Stephen Leah, un vote pour le dés­in­ves­tis­sement des com­pa­gnies qui pro­fi­taient de l’occupation avait été accepté par une large majorité des métho­distes. D’autres réso­lu­tions ont été également prises, condamnant la poli­tique d’Israël envers Gaza et incitant les fidèles de l’Église à défendre une paix juste.

En juin, Lean et sa col­lègue Nicola Jones, pasteur de l’Église métho­diste, ont été à l’origine d’un débat virulent dans les médias bri­tan­niques après avoir fait passer une réso­lution sur le boycott d’Israël aux membres de l’Église. "Depuis 2009 nous avions lancé un travail de recherche qui ser­virait à donner des bases aux réso­lu­tions de l’Église métho­diste concernant la Palestine" explique Leah.

Suite à ce rapport, une motion sur le boycott des pro­duits en pro­ve­nance des colonies a été ratifié par les métho­distes. Christine Elliott, la secré­taire des Affaires étran­gères de l’Église, déclarait à la presse que "cette décision n’a pas été facile à prendre ; elle a vu le jour après plu­sieurs mois de recherche, après avoir été minu­tieu­sement réfléchie et fina­lement soumise au vote. Le but du boycott est de mettre un terme à l’existence de l’injustice. Cette cam­pagne dénonce la colo­ni­sation, qui reste un obs­tacle à la paix dans cette région. Nous sommes tou­jours ouverts au dia­logue avec les autres com­mu­nautés reli­gieuses et avec les pra­ti­quants de dif­fé­rentes confes­sions. Nous restons pro­fon­dément attachés aux rela­tions que nous entre­tenons avec nos frères et sœurs d’autres reli­gions et nous nous enga­geons dans l’écoute et la com­pré­hension, c’est pour cela que nous agissons comme des por­teurs d’espoir tous ensemble."

"De mon point de vue, nous devrions boy­cotter tous les pro­duits venant d’Israël"confie Leah. "Mais nous avons eu un gros débat là dessus, comme vous pouvez l’imaginer, et plu­sieurs per­sonnes se pro­non­çaient pour le boycott des pro­duits des colonies uni­quement. Donc à l’heure actuelle, la ligne poli­tique de notre Église consiste à boy­cotter uni­quement ces biens. Cependant, d’autres métho­distes veulent s’engager plus loin dans la voix du boycott." Bien que l’Église métho­diste soit la seule en Grande-​​Bretagne à sou­tenir le boycott des pro­duits des colonies, Leah croit que l’opinion publique, au sein d’autres com­mu­nautés reli­gieuses, par­ti­cu­liè­rement dans L’Église réfor­miste unifiée, se ral­lierait au boycott si elle avait accès à plus d’informations à propos de la colo­ni­sation en Cisjordanie.

La réso­lution votée par les métho­distes ne s’arrête pas au simple boycott des pro­duits issus des colonies. Elle encourage également les membres de l’Église à s’instruire et s’informer sur la situation en Palestine, et à s’engager dans des ini­tia­tives de volon­tariat en Palestine, pour observer les vio­la­tions répétées des Droits de l’Homme. Les docu­ments offi­ciels de l’Église qua­li­fient main­tenant les colonies "d’illégales", et les diri­geants de l’Église ont demandé des pré­ci­sions sur l’origine des pro­duits vendus dans les prin­ci­pales chaines de super­marchés. Selon un porte parole de l’Église, leur rapport devrait être publié pro­chai­nement et l’on peut déjà trouver sur leur site internet des infor­ma­tions concernant les entre­prises et labels qui exportent ou importent des pro­duits issus des colonies en Cisjordanie.

Les réactions au boycott.

Sans sur­prise, cette décision de l’Église métho­diste a déclenché une vague de pro­tes­ta­tions au Royaume-​​Uni. Le Conseil des Chré­tiens et des Juifs, basé à Londres, a déclaré que cette réso­lution sur le boycott allait "blesser le peuple pales­tinien". Le Conseil des députés juifs et anglais a publié un com­mu­niqué, déclarant que le vote de cette motion sym­bo­lisait "une journée vraiment triste, dans les rela­tions entre juifs et métho­distes mais aussi pour tout ceux qui vou­draient voir de réels enga­ge­ments dans la réso­lution du conflit israélo-​​palestinien. La Confé­rence des métho­distes a publié un rapport truffé d’erreurs his­to­riques et de concep­tions erronées sur la religion juive et la poli­tique israé­lienne." Le com­mu­niqué a accusé l’Église d’être "gros­sière, insen­sible et mal informée". Le Conseil a déclaré mettre un terme à toutes rela­tions avec les métho­distes tant qu’il n’y aura pas de chan­ge­ments dans leur position.

En Israël, on qua­lifie cet enga­gement de "menace au mul­ti­cul­tu­ra­lisme qui se déve­loppe partout en Europe." Le Jeru­salem Post a déclaré que les métho­distes étaient "une petite com­mu­nauté en déclin" [l’Église métho­dique à 330.000 membres au Royaume-​​Uni]. Robin She­pherd écrit dans un article du Jeru­salem Post, intitulé "la banalité des démons métho­distes" : "si l’Église métho­diste lance une cam­pagne de boycott contre Israël, laissons Israël répondre de manière appro­priée ; empê­chons leurs repré­sen­tants de rentrer en Israël, ren­voyons leurs mis­sion­naires, blo­quons leurs finan­ce­ments, fermons leurs bureaux et taxons leurs églises. Si ils veulent la guerre, ils l’auront. Les agres­seurs doivent payer le prix de leurs actions."

"Je pense que beaucoup de per­sonnes s’attendaient à cela" a déclaré Leah, "la plus part des fidèles que je ren­contre restent d’accord avec la position de l’Église. Ils disent que nous avons fait ce qui était juste." Leah cite des lettres du révérend Rob Hufton, membre de l’Église métho­diste, qui dénonce l’attitude d’Israël envers les mou­ve­ments pro-​​palestiniens ; attitude qui selon lui, est la vraie menace à l’interculturalité. Il cri­tique la poli­tique israé­lienne qui a trans­formé la Cis­jor­danie en "gruyère suisse". Il conclut en affirmant que "la situation est pire que ce que le rapport des métho­distes dénoncent. En tant qu’ Église, nous n’avons pas à nous excuser pour cela, et nous n’avons pas à subir ce genre de menaces."

Leah admet que les nom­breux griefs que les métho­distes ont pu avoir avec des journaux sio­nistes comme le Jeru­salem Post ou le Jewish Chro­nicles les font tou­jours quelque peu culpa­bi­liser. Cependant, il est très enthou­siaste quant au soutien apporté par diverses asso­cia­tions juives anti-​​sionistes, ainsi que sur les pos­si­bi­lités de dia­logue désormais pos­sible avec la com­mu­nauté musulmane bri­tan­nique. "Je pense que le plus important pour les métho­distes est de ne pas perdre courage face aux attaques de nos détrac­teurs et de continuer le combat contre l’injustice."

Der­rière les attaques quasi hys­té­rique de la com­mu­nauté sio­niste, se cache en réalité la peur de voir à quel point la cam­pagne BDS se déve­loppe ses der­nières années. La décision de l’Église métho­diste pourrait entrainer d’autres com­mu­nautés reli­gieuses à s’opposer publi­quement à la poli­tique israé­lienne. Malgré les com­men­taires du Jeru­salem Post sur la mar­gi­nalité de ce mou­vement, une semaine après la décla­ration des métho­distes, l’Église d’Angleterre, la plus grande Église pro­tes­tante du Royaume-​​Uni, condamnait publi­quement l’entreprise fran­çaise Véolia pour sa par­ti­ci­pation au projet de tramway dans Jéru­salem. "Une fois construit, le tramway ren­forcera la domi­nation d’Israël sur les ter­ri­toires occupés de Jérusalem-​​est et rap­pro­chera les colonies de l’État d’Israël."

Des Églises aus­tra­liennes et amé­ri­caines s’engagent également en faveur du peuple palestinien.

En Aus­tralie, le Conseil National des Églises a également voté une motion fin juillet, de soutien au boycott des pro­duits issus des colonies en Cis­jor­danie. Le Conseil a déclaré que le boycott des biens en pro­ve­nance des colonies aiderait à "l’émancipation du peuple [pales­tinien] face aux injus­tices dont il est victime" et par­ti­ci­perait à l’élaboration d’une paix "juste et défi­nitive". Ce Conseil repré­sente la majorité des Églises catho­liques et angli­canes d’Australie.

Face à cela, des groupes de sio­nistes aus­tra­liens, ont réagi avec colère en dénonçant ce boycott des "juifs de Cis­jor­danie". Robert Goot, pré­sident du Conseil Exé­cutif des Juifs Aus­tra­liens a vio­lemment condamné cette décision qui pour lui "fait revivre chez les juifs aus­tra­liens des moments très dou­loureux, liés aux évène­ments du siècle pré­cédent en Europe, quand les Eglises auto­ri­sèrent la répression contre le peuple juif."

Sans aller aussi loin que les Églises bri­tan­niques et aus­tra­liennes, l’Église pres­by­té­rienne aux États-​​Unis, qui repré­sentent plus de deux mil­lions de croyants, a voté plu­sieurs réso­lu­tions en juillet en faveur du peuple pales­tinien. Durant l’Assemblée Générale, 82% des membres ont voté pour une réso­lution appelant à "la fin de l’occupation des ter­ri­toires pales­ti­niens" (affirmant également le droit pour Israël d’être reconnu et d’exister en tant que pays sou­verain). Les réso­lu­tions votées se pro­noncent également en faveur du "gel immédiat des colonies israé­liennes en Cis­jor­danie et à Jérusalem-​​est". L’Assemblée Générale a aussi cri­tiqué l’entreprise Cater­pillar pour les profits qu’elle réalise en Israël, allant à l’encontre de tous prin­cipes moraux et chré­tiens. Les inves­tis­se­ments de Cater­pillar sont accusés de se faire au détriment d’une paix juste et durable et l’entreprise est appelée à s’engager dans le respect des Droits de l’Homme. Cependant, l’Église pres­by­té­rienne ne s’est pas engagé pour le boycott.