Candidats aux élections en Israël : La sécurité, priorité électorale numéro un

Maariv, mercredi 4 février 2009

A une semaine du scrutin et sur fond de montée de l’extrême droite israé­lienne [1], Maariv a interrogé les leaders des trois prin­cipaux partis : Benyamin Néta­nyahou (Likoud, droite nationaliste) [2], Tzipi Livni (Kadima, centre droit) et Ehoud Barak (Parti travailliste).

L’objectif des négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens est-​​il la création d’un Etat palestinien ?

Néta­nyahou : L’objectif des négo­cia­tions, c’est d’assurer la sécurité d’Israël. La seule façon d’y par­venir est de ren­forcer notre puis­sance mili­taire, d’assurer le déve­lop­pement écono­mique des Pales­ti­niens et de renou­veler la col­la­bo­ration avec la Jor­danie et l’Egypte.

Livni : Seule la création de deux Etats-​​nations peut garantir la pérennité d’Israël en tant qu’Etat juif et démo­cra­tique. Israël doit être reconnu comme le foyer national du peuple juif et l’Etat pales­tinien sera le foyer national des Pales­ti­niens, y compris leurs réfugiés, qui ne pourront en aucun cas rentrer en Israël.

Barak : Il faut entamer des négo­cia­tions franches avec nos voisins arabes et tenter d’imposer notre vision de la paix à toute la région. L’enjeu est de négocier avec l’ensemble du monde arabe des accords mili­taires et diplo­ma­tiques et prévoir un volet économique.

Est-​​il pos­sible de conclure un accord avec les Pales­ti­niens sans diviser Jérusalem ?

Néta­nyahou : Tout accord avec les Pales­ti­niens ne devra porter que sur une recons­truction de leur économie, le cas échéant en concluant des accords poli­tiques par­tiels. Si les Israé­liens restent intrai­tables sur la réuni­fi­cation de Jéru­salem, les Pales­ti­niens seront bien forcés de se plier à la réalité.

Livni : Israël ne cédera jamais sur Jéru­salem ni sur la sou­ve­raineté israé­lienne sur les Lieux saints, les­quels sym­bo­lisent le lien his­to­rique et national du peuple juif avec ce pays.

Barak : Jéru­salem est un dossier qu’il faudra négocier. C’est la capitale d’Israël et l’un des sujets les plus sen­sibles à débattre avec les Pales­ti­niens. Mais il est trop tôt pour s’étendre sur les détails d’un éventuel accord avec eux.

Le renversement du Hamas est-​​il un objectif stratégique ?

Néta­nyahou : Le ren­ver­sement du régime du Hamas est un objectif stra­té­gique essentiel. Il doit être pour­suivi par des moyens diplo­ma­tiques, écono­miques et mili­taires. Israël ne peut se per­mettre de vivre avec un foyer ter­ro­riste iranien à côté d’Ashkelon.

Livni : Le ren­ver­sement du régime du Hamas est un objectif stra­té­gique. Jusqu’il y a peu, Israël était parvenu à isoler le Hamas avec le concours de la com­mu­nauté inter­na­tionale. L’opération Plomb durci était un cas de force majeure et il va falloir bâtir une coa­lition mili­taire inter­na­tionale contre le Hamas.

Barak : Seule la force mili­taire peut nous per­mettre de mettre un terme aux tirs de roquettes et de mis­siles en pro­ve­nance de la bande de Gaza. Ce n’est qu’en main­tenant au maximum notre pression mili­taire et en pour­suivant nos incur­sions que nous pourrons contre­carrer les infil­tra­tions de ter­ro­ristes via la fron­tière égyptienne.

Si l’administration Obama exige qu’Israël se plie au principe des deux Etats, quelle sera la réaction du gouvernement ?

Néta­nyahou : Nous n’avons pas l’intention de dominer éter­nel­lement les Pales­ti­niens, mais ils ne pourront hériter que de com­pé­tences limitées pour gérer leurs propres affaires. Ils ne pourront en aucun cas être en mesure de menacer Israël en maî­trisant leur espace aérien ou leurs fron­tières. De toute façon, leur sou­ve­raineté est un sujet qui ne pourra être abordé qu’au moment des négo­cia­tions finales, pas maintenant.

Livni : Un accord de paix impli­quant la création de deux Etats pour les deux peuples est d’une impor­tance pri­mor­diale pour Israël. C’est la seule façon de neu­tra­liser le ter­ro­risme et de bâtir une coa­lition mili­taire inter­na­tionale contre le Hamas et le Hezbollah.

Barak : C’est un objectif essentiel. Si nous voulons garantir le caractère juif de l’Etat d’Israël, il faut par­venir à un accord basé sur le principe "Deux peuples, deux Etats". C’est sous ma pré­si­dence du Conseil (19992001) qu’Israël est allé le plus loin dans ses offres de paix aux Pales­ti­niens. Il est cependant encore trop tôt pour que les Pales­ti­niens pré­sident plei­nement à leurs des­tinées. Lorsque leurs res­pon­sables seront enfin prêts, nous pourrons nous retirer.

Evacuerez-​​vous les avant-​​postes illégaux en Cisjordanie ?

Nétanyahou : Il faut négocier avec les colons.

Livni : C’est la loi, et Kadima entend res­taurer la loi et l’ordre dans les Territoires.

Barak : Il faut négocier avec les colons et éviter tout affrontement.

Accepterez-​​vous un retrait du Golan en échange d’un accord de paix avec la Syrie ?

Nétanyahou : Non. Nous nous opposerons à tout retrait du Golan.

Livni : Un accord de paix ne sera pos­sible que si la Syrie entame sa révo­lution stra­té­gique. Damas doit cesser de sou­tenir l’"axe du mal", d’armer le Hez­bollah et d’héberger le Hamas.

Barak : Un accord de paix doit répondre à toutes nos pré­oc­cu­pa­tions en matière de sécurité, prévoir une démi­li­ta­ri­sation totale du Golan et se fonder sur une nor­ma­li­sation com­plète de nos rela­tions. Dans ce cas, nous devrons faire des conces­sions douloureuses.

Comment envisagez-​​vous la pos­si­bilité de négo­cia­tions entre Obama et l’Iran ? En cas de point de non-​​retour en matière nucléaire, attaqueriez-​​vous l’Iran ?

Néta­nyahou : Il faut empêcher la nucléa­ri­sation de l’Iran par tous les moyens pos­sibles. C’est mon credo depuis 1996.

Livni : Un Iran nucléarisé constitue une menace stra­té­gique pour Israël, pour le Moyen-​​Orient et pour le monde entier. Il faut donc une coa­lition inter­na­tionale pour contrer l’Iran et garder toutes les options sur la table, y compris militaires.

Barak : Nous sommes arrivés à un point où il ne nous reste plus comme option que d’instaurer un régime dras­tique de sanc­tions inter­na­tio­nales contre l’Iran. Pour cela, nous devons impliquer la Russie, la Chine et l’Inde. Mais nous ne dis­posons plus de beaucoup de temps. Le cas échéant, toutes les solu­tions seront envisagées.

[1] voir le Nou­velObs du 3 février :

Israël : l’extrême droite perce dans les sondages

Selon un sondage, le parti israélien d’extrême droite Israël Bei­tenou obtiendrait 18 députés sur 120 lors des élec­tions légis­la­tives qui se dérou­leront dans huit jours. Il en possède 12 actuellement.

Le parti israélien d’extrême droite Israël Bei­tenou, dirigé par le député d’opposition Avigdor Lie­berman, est crédité d’un score record par un sondage rendu public lundi 2 février, à huit jours des élec­tions légis­la­tives dans le pays.

Troisième force du pays

Israël Bei­tenou obtiendrait 18 députés sur 120 contre onze dans le par­lement sortant et devien­drait ainsi le troi­sième parti du pays, devançant les tra­vaillistes, selon ce sondage de la télé­vision publique. Dans un pré­cédent sondage rendu public la semaine der­nière par la télé­vision publique, le parti d’Avigdor Lie­berman était crédité de 16 mandats.

Le Likoud toujours en tête

Le Likoud, grand parti de l’opposition de droite mené par Ben­jamin Neta­nyahu qui a déjà été Premier ministre entre 1996 et 1999, se main­tient à 28 mandats contre 12 dans le par­lement sortant. Le parti de centre droit au pouvoir Kadima, dirigé par la ministre des Affaires étran­gères Tzipi Livni, obtien­drait 23 sièges contre 29 actuel­lement. Les tra­vaillistes, conduits par le ministre de la Défense Ehud Barak, devraient se contenter de 17 députés contre 19 actuel­lement. Cependant, le pour­centage des indécis atteint encore 20% des électeurs.

- Le sondage a été réalisé par l’institut Midgam auprès de 500 per­sonnes repré­sen­ta­tives de la popu­lation israé­lienne avec une marge d’erreur de 4,5%. http://​tempsreel​.nou​velobs​.com/​s​p​e​c​i​a​l​e​s​/​l​e​_​c​o​n​f​l​i​t​_​a​_​g​a​z​a​/​20090203​.​O​B​S​2820​/​i​s​r​a​e​l​_​_​l​e​x​t​r​e​m​e​_​d​r​o​i​t​e​_​p​e​r​c​e​_​d​a​n​s​_​l​e​s​_​s​o​n​d​a​g​e​s​.html

[2] voir aussi dans Courrier inter­na­tional le 26 janvier : Néta­nyahou fait la course en tête

"Une majorité d’Israéliens sou­haitent que Benyamin Néta­nyahou soit le pro­chain Premier ministre. Le chef du Likoud arrive en tête des der­niers son­dages, avec 29 % d’opinions favo­rables à sa can­di­dature pour les pro­chaines élec­tions du 10 février", rap­porte Ha’Aretz. Tzipi Livni, la ministre des Affaires étran­gères et leader du parti Kadima, obtient 16 %, tandis qu’Ehoud Barak, ministre de la Défense et chef des tra­vaillistes, obtient 9 %.

"Néta­nyahou est également le favori des Israé­liens pour occuper le poste de ministre des Finances et les Affaires étran­gères", poursuit le quotidien israélien.

Par ailleurs, Benyamin Néta­nyahou a déclaré à Tony Blair, émis­saire spécial du Quartet (Etats-​​​​Unis, Russie, Nations unies, Union euro­péenne) pour le Moyen-​​​​Orient, qu’un "gou­ver­nement dirigé par le Likoud ne construirait plus de nou­velles colonies de peu­plement dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens. Mais, à l’instar de tous les gou­ver­ne­ments israé­liens, il répondra aux besoins liés à la crois­sance natu­relle des colonies exis­tantes. Néta­nyahou a également affirmé qu’il se pré­parait à avancer rapi­dement dans les négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens en se concen­trant sur le développement économique."

"Ces décla­ra­tions ont appa­remment été faites pour calmer la com­mu­nauté inter­na­tionale, alors que George Mit­chell, le nouvel émis­saire amé­ricain pour le Moyen-​​​​Orient est attendu le 28 janvier dans la région", estime Ha’Aretz.