Bush scelle le fiasco du processus de paix

Samar Al-​​Gamal, mercredi 21 mai 2008

FEM [1]. Le pré­sident amé­ricain a com­plè­tement déçu les Arabes, les Pales­ti­niens en par­ti­culier, lors de son passage à Charm Al-​​Cheikh, sus­citant l’ire des dirigeants.

C’est du déjà-​​vu à ce Davos du Proche-​​Orient ou encore ailleurs.

Le pré­sident amé­ricain débarque avec toute la pro­pa­gande média­tique pos­sible quant aux espoirs de paix, ren­contre des diri­geants arabes, plie bagages et rentre à Washington avec juste un grand sourire. George Bush n’a pas fait défaut cette fois-​​ci en marge du Forum écono­mique à Charm Al-​​Cheikh. Une fois de plus, il a scellé son fiasco et, selon beaucoup d’observateurs, il a scellé la fin d’une paix pales­ti­nienne avec Israël.

Bush venait en fait de son allié favori dans la région, où il a pro­noncé un dis­cours évangélique-​​biblique, qui aurait pu être celui de Théodore Herzl. Ce qui s’est passé ce jour de mai 1948 (la Nakba), « fut bien plus que la création d’un nouveau pays. Ce fut l’accomplissement d’une pro­messe ancienne faite à Abraham, à Moïse et à David : une patrie pour le peuple que Dieu a choisi, Eretz-​​Israël » …

Un long dis­cours qui laisse les Arabes per­plexes, frustrés et « en colère », d’après les mots du pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbass. Bush n’a-t-il pas rassuré les Israé­liens, « Laissez-​​moi vous dire que l’Amérique sera tou­jours de votre côté ».

L’homme d’Israël, une fois en Egypte, a tenté, sans convaincre, de ras­surer ses inter­lo­cu­teurs arabes, encore par des mots qui n’ont rien à voir avec ce langage sacré tenu concernant Israël bien sûr. « Nous devons nous tenir aux côtés du peuple pales­tinien, qui souffre depuis des décennies et qui a gagné le droit d’avoir sa propre patrie », a déclaré Bush lors de la séance d’ouverture du forum avant de se dire « fer­mement convaincu » qu’un accord de paix palestino-​​israélien peut être conclu d’ici janvier 2009, c’est-à-dire avant la fin de son second mandat.

Est-​​ce réa­liste ? Oui, si Bush le vou­drait vraiment. Mais les Arabes se sont retrouvés, une fois de plus, face à une réalité qui, certes, leur déplaît. Le pré­sident amé­ricain n’a aucune volonté de faire la moindre pression sur Israël pour qu’il fasse des conces­sions en faveur de la paix.

Les seuls « lourds sacri­fices » qu’il évoque seraient d’alléger un peu les res­tric­tions imposées aux Pales­ti­niens sur les check points. Les Pales­ti­niens, eux, et les Arabes aussi, qui doivent faire plus selon la vision bushienne. Le pré­sident amé­ricain l’aurait dit à son homo­logue égyptien lors de leur entretien à Charm Al-​​Cheikh. Il l’aurait davantage exa­cerbé en parlant d’un Israël démo­cra­tique face à des Arabes qui répriment les libertés et bien d’autres ques­tions épineuse. Du coup, Hosni Mou­barak déclarait le len­demain dans son dis­cours devant le forum : « Ceux qui s’imaginent que quelqu’un appuiera un accord ne réa­lisant pas les reven­di­ca­tions pales­ti­niennes ont tort », avant de quitter la salle, boy­cottant l’intervention de George Bush.

Mahmoud Abbass, qui portait sur son visage les traces d’un homme sou­dai­nement trahi, affirmait un peu plus tôt : « Nous ne voulons pas que les Amé­ri­cains négo­cient à notre place (…). Tout ce que nous voulons, c’est qu’ils montrent un minimum de neutralité ».

Réaction bien dif­fé­rente de celle avancée par les diri­geants de la région en 2000, lorsque le nouveau pré­sident amé­ricain faisait ses pre­miers pas à la Maison Blanche. Les Arabes étaient convaincus qu’un « répu­blicain » pourrait mieux négocier un accord de paix qu’un « démocrate ».

Le bilan de ces der­nières 8 années est pourtant un véri­table cau­chemar pour la région… Guerre en Afgha­nistan, guerre en Iraq, guerre au Liban, guerre à l’horizon avec l’Iran et feu vert pour Israël.

Quelques heures ainsi après son départ pour Washington, le ministre israélien de la Défense sortait d’une entrevue avec le pré­sident égyptien pour déclarer qu’Israël pourrait lancer une opé­ration mili­taire dans la bande de Gaza. La région est au bout du gouffre, et Bush à bout de souffle. Mais pour atténuer l’effet fiasco, son conseiller à la sécurité a laissé entendre que le pré­sident amé­ricain pourrait se rendre une troi­sième fois dans la région, pour dit-​​on relancer la paix .

[1] Forum écono­mique mondial du Moyen Orient