Bulletin de l’AFPS 59/​62 - n°40

AFPS 59/​62, lundi 13 octobre 2008

Som­maire :
- Page 1 - Edi­torial : Les ini­tia­tives de soutien au peuple pales­tinien se mul­ti­plient
- Page 2 : Salah Hamouri : len­ga­gement pour sa libé­ration se déve­loppe
- Maxime Rodinson, les mar­xistes et la question pales­ti­nienne
- Page 3 : Dans la revue des temps modernes : le bas­cu­lement conceptuel de Maxime Rodinson (article de bernard Ravenel)
- Page 4 : LE JUMELAGE LILLE NAPLOUSE - Création du réseau Euro-​​Naplouse
- Page 5 : Agenda
- Page 6 : Rétros­pective (photos)

Vous trou­verez en pièce jointe le bul­letin de l’Association France Palestine Soli­darité Nord - Pas de Calais.
- Il est envoyé excep­tion­nel­lement en version papier par la Poste à tous les adhé­rents à jour de leur coti­sation 2008.
- Il est aussi adressé par e-​​mail à tous ceux qui ont adhéré, y compris à ceux qui n’ont pas renouvelé leur adhésion.
- Le bul­letin est aussi acces­sible à l’adresse http://www.nord-palestine.org/n40.pdf

Editorial : Les initiatives de soutien au peuple palestinien se multiplient

Depuis la rentrée de sep­tembre l’AFPS Nord-​​Pas de Calais, ses mili­tants, déploient une activité intense de soutien à la résis­tance du peuple pales­tinien, activité appelée à se mul­ti­plier, dans la région en cet automne 2008.

Concernant Salah Hamouri, et les pri­son­niers, la cam­pagne pour sa libé­ration immé­diate, se poursuit. Le voyage de Denise Hamouri le 15 sep­tembre à Lille, Douai et Seclin bien relayé au niveau des médias, marqué par des prises de position de per­son­na­lités plu­rielles, a dynamisé la mobi­li­sation pour la libé­ration de notre com­pa­triote. Le silence des auto­rités gou­ver­ne­men­tales se poursuit. Bernard Kouchner en visite en Israël et en Cis­jor­danie occupée début octobre reste silen­cieux. Il est donc néces­saire de pour­suivre notre mobi­li­sation, en remar­quant que nous ne sommes pas seuls dans ce combat.

L’AFPS Nord-​​Pas de Calais est pré­sente sur d’autres axes. A com­mencer par le rendez-​​vous proche concernant Maxime Rodinson le 18 octobre. Avec des par­te­naires mul­tiples nous réflé­chirons sur notre démarche de soutien au peuple pales­tinien en faisant en sorte qu’elle soit fondée non sur « quelques argu­ments idéo­lo­giques » mais mieux « sur une conna issance appro­fondie de l’histoire ».

Concernant le jumelage Lille-​​Naplouse après les pers­pec­tives ouvertes en juillet la concré­ti­sation est en cours. Des forces mul­tiples, des per­son­na­lités, venues du monde asso­ciatif ou syn­dical s’engagent pour ce qui est un élément essentiel pour l’échange et le soutien avec le peuple pales­tinien. Nous avons une soli­darité forte avec Naplouse, sa popu­lation, ses élus, son maire récemment libéré. Soyons prêts à mani­fester plei­nement cette soli­darité et prendre des ini­tia­tives significatives.

La résis­tance pales­ti­nienne à l’entreprise colo­niale se poursuit. Un mou­vement de masse, paci­fique, avec l’appui des volon­taires inter­na­tionaux se déve­loppe en Cis­jor­danie, en par­ti­culier à Bil’in. Les anar­chistes contre le mur, groupe très actif en Israël, mul­ti­plient les actions contre le mur d’apartheid. Ils appuient le sou­lè­vement popu­laire pales­tinien. C’est en liaison avec ce mou­vement, qu’au mois de novembre, dans le cadre d’une cam­pagne d’action nationale, des ini­tia­tives seront prises, indis­pen­sables avec des colons encore plus agressifs.

Il est d’ailleurs à relever que d’autres inter­ven­tions fortes sont en pré­pa­ration, que ce soit sur la métropole lil­loise fin octobre et en décembre, ainsi que dans le Douaisis. Il y a plu­sieurs sol­li­ci­ta­tions pour les mili­tants de l’AFPS dans le Pas de Calais. Il y a dans la région un besoin de mobi­li­sation pour le soutien au peuple pales­tinien. Bien y répondre implique néces­sai­rement que nous soyons plus nom­breux à militer. C’est donc un appel à l’adhésion, et à la ré adhésion à l’AFPS 59/​62 que je lance, afin d’être plei­nement effi­caces. Jean-​​François LARO­SIERE, Pré­sident de l’AFPS Nord - Pas de Calais

Salah Hamouri : l’engagement pour sa libération se développe

Après les ren­contres de Denise Hamouri avec les forces citoyennes de la région Nord-​​Pas de Calais, le lundi 15 sep­tembre, mar­quées par un enga­gement remarqué de per­son­na­lités régio­nales dans le comité de soutien pour la libé­ration immé­diate de Salah Hamouri, les prises de position et ini­tia­tives se mul­ti­plient en faveur de sa libération.

Plu­sieurs élus régionaux s’expriment de façon forte et cou­ra­geuse. Ainsi le maire de Douai, Jacques Vernier, écrit au Pré­sident de la répu­blique en faveur de cette libé­ration. Jean-​​Jacques Can­delier, député de la 16ème cir­cons­cription du Nord, fait un courrier à Nicolas Sarkozy afin qu’il reçoive Denise Hamouri afin qu’elle puisse plaider pour son fils. Ils s’ajoutent à des prises de position publiques déjà connues, ou les complètent.

Des ini­tia­tives mul­tiples en faveur de la libé­ration immé­diate, se sont déjà tenues ou se pré­parent : à Seclin lors du forum des asso­cia­tions, à Lille pour la tenue d’un café citoyen, jusqu’à ce qui se prépare à Hel­lemmes, à l’occasion du 60ème anni­ver­saire de la Décla­ration Uni­ver­selle des Droits de l’Homme.

Elles sont prises par des orga­ni­sa­tions amies, comme par l’AFPS elle-​​même. Pour cette der­nière, chacune des ini­tia­tives de cet automne com­prendra néces­sai­rement la mise en valeur du combat pour la libé­ration de Salah.

Jean-​​Claude Lefort rap­pelle oppor­tu­nément dans son courrier que l’envoi de livres à Salah est un des moyens, cela fut rappelé le 15 à Lille en pré­sence de Denise Hamouri, de la mobi­li­sation pour la libé­ration immé­diate de Salah. On ne peut que rester confondu devant des auto­rités occu­pantes qui ont peur des livres, tout en étant exi­geant avec celles de notre pays. Elles ont à exiger d’Israël que les droits des pri­son­niers soient res­pectés. Raison de plus pour que l’élargissement immédiat de notre com­pa­triote inter­vienne rapidement.

AFPS Nord-​​Pas de Calais Lille le 25 septembre 2008

Maxime Rodinson, les mar­xistes et la question pales­ti­nienne Dans le numéro spécial des Temps Modernes consacré au conflit israélo-​​arabe publié en 1967, Maxime Rodinson écrivait un article titré : "Israël, fait colonial".

Alors que pour l’opinion de gauche, l’Etat d’Israël appa­raissait comme la réa­li­sation d’une double utopie, l’utopie nationale avec la résur­rection d’une antique nation, l’utopie sociale du socia­lisme du kib­boutz, un socio­logue mar­xiste venait rap­peler que l’Etat d’Israël par­ti­cipait du fait colonial, que les Pales­ti­niens en étaient les vic­times, et que 1948, loin d’être la réa­li­sation d’une belle utopie, était le résultat d’une conquête qui s’inscrivait dans le mou­vement colonial européen.

Maxime Rodinson, dans sa cri­tique du sio­nisme, allait ainsi plus loin que les cri­tiques liées à la guerre froide qui visaient moins le sio­nisme que le fait que l’Etat d’Israël avait choisi le camp occi­dental ; la cri­tique de Rodinson mettait l’accent sur l’injustice de 1948 et sur l’impasse dans laquelle le sio­nisme enfermait les Juifs, ce qu’il pré­cisera plus tard dans son ouvrage : Peuple juif ou pro­blème juif ? (1981) Il faut ajouter que Maxime Rodinson s’appuyait sur une connais­sance appro­fondie de l’histoire, en par­ti­culier l’histoire des pays arabes et de l’Islam, et que ses prises de position ne se rédui­saient pas à quelques argu­ments idéo­lo­giques comme on le ren­contre trop souvent sur le sujet. De Marx, il avait retenu la rigueur scien­ti­fique, et c’est celle-​​ci qui fait la force de son argu­men­tation, une leçon tou­jours actuelle.

Peut-​​on rap­peler que le numéro spécial publié par les Temps Modernes mon­trait la dif­fé­rence entre les argu­ments rationnels fondés sur les faits comme ceux de l’historien égyptien Lot­fallah Soliman et les argu­ments mes­sia­niques déve­loppés par cer­tains articles qui se pré­sen­taient comme les repré­sen­tants de la pensée juive.

Le 18 octobre nous verrons, avec nos invités, en quoi la réflexion, comme les réfé­rences de Maxime Rodinson sont tou­jours d’actualité, et quelles pers­pec­tives peuvent s’ouvrir aujourd’hui pour le peuple pales­tinien. En ayant en tête ce à quoi est confrontée Soraya l’ « héroïne » du « sel de la mer », et qu’indiquait Maxime Rodinson en 1998 : « le premier geste que l’on peut demander à un gou­ver­nement israélien, c’est qu’il recon­naisse le tort fait aux Pales­ti­niens. Tant qu’ils ne le disent pas, on ne peut rien espérer. » Soixante ans après la Nakba ce geste est encore en attente.

Dans la revue des temps modernes : le bas­cu­lement conceptuel de Maxime Rodinson

publié le ven­dredi 28 sep­tembre 2007 – cf. PLP de juin 2004, n°42 http://www.france-palestine.org/art...

Bernard Ravenel Le célèbre article de Maxime Rodinson intitulé « Israël, fait colonial ? » paru dans le numéro spécial de la revue Les Temps Modernes de 1967 consacré au « conflit israélo-​​arabe » a constitué un tournant dans la repré­sen­tation du conflit israélo -pales­tinien et en par­ti­culier du fait israélien.

Les revues politico-​​idéologiques sont une carac­té­ris­tique de la vie cultu­relle fran­çaise. Après la libé­ration en 1945, elles fleu­rissent, répondant à l’attente d’un public cultivé et politisé, avide de penser le monde d’après-guerre pour mieux pouvoir le changer. En même temps le public de ces revues, et donc leur tirage et leur impact, restent plutôt limités. A une exception près : le numéro spécial consacré par Les Temps modernes au conflit israélo-​​arabe en mai 1967, juste à la veille de la guerre des Six-​​Jours. L’événement de la guerre en juin a donné immé­dia­tement à ce numéro une actualité excep­tion­nelle. Ce dossier, de 992 pages, élaboré par l’équipe de Jean-​​Paul Sartre, était composé de deux ensembles stric­tement séparés « les points de vue arabes » et « les points de vue israé­liens » - sans la moindre com­mu­ni­cation entre les deux ensembles.

Un article-​​événement

Pré­cédant le bloc arabe sans y être intégré, se trouve un article, en quelque sorte intro­ductif, qui devient ce qu’on pourrait appeler un « article-​​événement », un peu comme le célèbre « J’accuse » de Zola dans l’affaire Dreyfus paru dans le quo­tidien L’Aurore. Cet article - 80 pages-​​ intitulé « Israël, fait colonial ? » est signé Maxime Rodinson. Bientôt traduit en arabe et en anglais, il a constitué à lui seul un corpus his­to­rique et théo­rique qui a fondé l’engagement poli­tique de toute une géné­ration en faveur des droits des Pales­ti­niens. L’impact est si fort qu’au début des années 70, la pensée de Maxime Rodinson, en par­ti­culier sur le sio­nisme, a dominé la scène intel­lec­tuelle. Maxime Rodinson fut choisi par l’Encyclopaedia Uni­ver­salis pour rédiger l’article consacré au sionisme.

Qua­torze ans après, à l’occasion d’une repu­bli­cation de l’article des Temps Modernes dans un recueil de textes dans « la petite col­lection Maspero », Maxime Rodinson rédige une brève intro­duction. Après avoir modes­tement rappelé que cet article avait eu « quelque influence », il revient sur le sens profond de sa contri­bution. Il rap­pelle d’abord qu’il a voulu répondre à une question bien précise posée par la rédaction : Israël peut-​​il être considéré comme un phé­nomène de type colonial ou non ? « Dans les der­nières lignes seulement de mon article », précise l’auteur, « j’esquisse un début de réponse à la question consé­quente : quel avenir doit-​​on recom­mander pour une for­mation colo­niale de ce type ? » Il est dif­ficile de syn­thé­tiser la sub­stance de l’article. Peut-​​être peut-​​on en rap­peler la conclusion : « Je crois avoir démontré dans les lignes qui pré­cèdent que la for­mation de l’Etat d’Israël sur la terre pales­ti­nienne est l’aboutissement d’un pro­cessus qui s’insère par­fai­tement dans le grand mou­vement d’expansion européo-​​ amé­ricain des XIXe et XXe siècles pour peupler ou dominer écono­mi­quement et poli­ti­quement les autres terres. Il s’agit d’ailleurs d’un diag­nostic évident et je n’ai employé tant de mots pour l’énoncer que par la faute des efforts déses­pérés qu’on a mul­ti­pliés pour le dis­si­muler. Il s’agit là de faits. Pour ce qui est des termes, il me semble que celui de pro­cessus colonial convient fort bien, étant donné le paral­lé­lisme évident avec les phé­no­mènes qu’on s’accorde à nommer ainsi. »

La réfé­rence aux efforts déses­pérés pour dis­si­muler ce diag­nostic est claire : c’est toute la nar­ration sio­niste de la fon­dation de l’Etat d’Israël, dis­tillée dans tous les canaux pos­sibles de la pro­duction cultu­relle et jour­na­lis­tique en France en par­ti­culier, qui est visée. Quant à l’esquisse de réponse sur l’avenir, Maxime Rodinson se limite à affirmer qu’il n’y a pas de solution révo­lu­tion­naire -au sens de révo­lution sociale-​​ au pro­blème israélo-​​arabe. Il laisse percer une inquiétude : que la seule issue à la situation créée par le sio­nisme soit la guerre.

La réaction fut exa­cerbée. Comme il le dit lui-​​même, « [je] fus confirmé dans mon rôle sata­nique de traître à une com­mu­nauté à laquelle on me faisait un devoir d’appartenir et de mani­fester ma soli­darité, jusque dans les options les plus détes­tables des plus aveuglés de ses dirigeants. ».

1969-​​1998 : l’approfondissement de la réflexion

Dans les années sui­vantes, Maxime Rodinson appro­fondira la pro­blé­ma­tique lancée en 1967, en par­ti­culier sur la nature de « l’entité juive israé­lienne » et en consé­quence sur la nature de la solution de conflit. En 1969, il s’interroge sur la pensée théo­rique arabe, dif­fé­ren­ciant l’apport pales­tinien de l’apport arabe en général. Dans un article publié dans la revue Eco­nomie et Huma­nisme et consacré aux « Visions arabes du conflit israélo-​​arabe », il conclut ainsi son essai : « Le mou­vement pales­tinien acquiert une connais­sance de plus en plus appro­fondie et affinée de son ennemi. Il s’efforce aussi de le désa­gréger de l’intérieur. Armé de cette connais­sance, et dans la recherche de for­mules capables de séduire au moins une partie des Israé­liens, il est pos­sible que cer­tains de ses éléments en viennent à réviser plus ou moins leur vision de l’entité juive comme com­mu­nauté reli­gieuse de type moye­no­riental ou les éléments de leurs pro­grammes et de leurs concep­tions entachés par cette vision. Peut-​​être la considéreront-​​ils un jour comme une ethnie et en tireront-​​ils les consé­quences logiques. Cer­tains indices - fort ténus il faut l’avouer - vont dans ce sens. On s’acheminerait ainsi peut être - mais beaucoup dépend du contexte poli­tique général en fonction des rap­ports de forces, vers des pers­pec­tives plus réa­listes et aussi plus agréables à l’observateur sou­cieux de justice et de paix. En tout cas, toute solution qui n’irait pas dans le sens d’une coexis­tence égali­taire des ethnies en pré­sence heur­terait vio­lemment la conscience col­lective arabe (car l’inégalité, dans les cir­cons­tances pré­sentes, ne pourrait être qu’au détriment des Arabes) et aurait peu de chance d’être durable. »

Ainsi, le concept mis en avant pour carac­té­riser l’entité juive israé­lienne est celui d’« ethnie ». Dans un article pré­cédent, écrit en 1959, consacré au natio­na­lisme arabe, Maxime Rodinson avait alors employé et déve­loppé le concept d’« ethnie arabe ». Désormais, il pressent que le mou­vement pales­tinien, se déga­geant de la pensée arabe domi­nante, est sur le point de consi­dérer l’entité juive israé­lienne, non plus seulement comme une com­mu­nauté reli­gieuse mais plutôt comme une « ethnie ». Il y décèle des indices dans ce sens : publi­cation par l’Institut d’Etudes Pales­ti­niennes à Bey­routh des contri­bu­tions israé­liennes du numéro des Temps modernes sans même publier les contri­bu­tions arabes consi­dérées comme n’apportant rien de nouveau ; ana­lyses et posi­tions poli­tiques du nouveau mou­vement pales­tinien qui vient de se créer, le Front démo­cra­tique et popu­laire de libé­ration de la Palestine (FDPLP). Ce mou­vement, dirigé par Nayef Hawatmeh, sou­cieux de donner à ses mili­tants une for­mation appro­fondie, a initié une analyse du fait israélien qui va aboutir à poser la question fon­da­mentale : celle concernant l’existence ou non d’une natio­nalité israélienne.

En 1979, dans un essai publié dans un recueil italien et écrit à la mémoire de Waël Zu’ayter, repré­sentant de l’OLP en Italie et assassiné par le Mossad en 1972 (le premier de la « liste Golda », juste avant Mahmoud el-​​Hamchari en France), Maxime Rodinson précise sa conception du fait israélien : « Le sio­nisme a été un choix his­to­rique, inscrit depuis long­temps dans les faits, et il n’est plus question de remettre en cause le résultat auquel il est arrivé, la nation israé­lienne, même si ses fruits amers peuvent per­mettre de douter pour le moins de la sagesse du dit choix. Mais le refus obstiné de com­prendre et de recon­naître que ses consé­quences ont apporté à d’autres - les Pales­ti­niens au tout premier chef - un désastre immotivé (comme le reconnaît main­tenant le monde entier) est une erreur fatale. »

En 1998, un peu plus de trente ans plus tard, la revue Confluences Médi­ter­ranée eut l’idée d’interviewer Maxime Rodinson sur son article. Avec le recul du temps, sa position est claire : « Mon article n’a pas tel­lement vieilli, surtout si l’on en reste aux bases de l’analyse. En ce qui me concerne, je suis resté fidèle à ce que je disais alors et je crois que ce qui s’est passé depuis n’a pas démenti ce que je disais en 1967, mal­heu­reu­sement. » Concernant le bilan de la poli­tique menée par les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments israé­liens depuis 1967, le jugement est sévère : « Il y a des éléments de conti­nuité et des éléments de dif­fé­rence. La conti­nuité, c’est que, malgré tout, aucun gou­ver­nement n’a renoncé au principe de la légi­timité absolue de l’installation d’Israël sur ces terres-​​là. Cer­tains Israé­liens isolés l’ont dit, mais aucun gou­ver­nement ou aucun mou­vement poli­tique. Ils ont tou­jours considéré qu’ils étaient là par droit divin ou droit historique.

C’est pour cette raison que j’ai tou­jours dit que le premier geste que l’on peut demander à un gou­ver­nement israélien, c’est qu’il recon­naisse le tort fait aux Pales­ti­niens. Tant qu’ils ne le disent pas, on ne peut rien espérer. Quant aux Arabes, ils ont, eux, souvent admis le droit à l’existence d’Israël. »

Fina­lement, à partir de l’article des Temps Modernes, Maxime Rodinson, tout à la fois his­torien, socio­logue et phi­lo­sophe poli­tique, aura été le grand penseur en France de la question pales­ti­nienne en même temps que de la question juive israé­lienne. Il aura fixé pour long­temps le cadre qui permet de penser les condi­tions théo­riques d’une solution poli­tique pos­sible et sou­hai­table du conflit israé­lo­pa­les­tinien. Mais son scep­ti­cisme et son inquiétude (sur la guerre pos­sible comme « issue »…), exprimés dès 1967, restent eux aussi d’une actualité tragique.

LE JUMELAGE LILLE NAPLOUSE Création du réseau “Euro-​​Naplouse”

http://lillenaplouse.unblog.fr/2008...

La IIIème Confé­rence du Réseau des Col­lec­ti­vités Locales Euro­péennes pour la Paix au Proche-​​Orient s’est tenue du 25 au 27 sep­tembre à Venise. Elle a permis la création d’un réseau (pour l’instant informel) intitulé “Euro-​​Naplouse” à l’initiative de la Ville de Lille. Ce réseau regroupe toutes les villes et les régions jumelées à Naplouse : Sta­vanger (Norvège), Naples (Italie) et deux régions : la Toscane et la Cam­panie. La ville de Dundee (Ecosse) absente de la confé­rence a affirmé son souhait de par­ti­ciper à la mise en place de ce réseau.

La délé­gation lil­loise était com­posée de Marie-​​Pierre Bresson, adjointe en charge de la coopé­ration inter­na­tionale, et Bruno Cooren, res­pon­sable du service des Rela­tions inter­na­tio­nales à la Mairie de Lille. Marc Leblanc avait été invité à par­ti­ciper aux travaux de cette confé­rence en tant que membre de la société civile lil­loise impliqué dans le soutien à Naplouse. La pre­mière réunion offi­cielle du réseau “Euro-​​Naplouse” devrait se tenir en janvier à Lille. Ce réseau coor­don­nerait le soutien à la ville de Naplouse à deux niveaux : au niveau ins­ti­tu­tionnel des col­lec­ti­vités locales et régio­nales, d’une part, et d’autre part au niveau de la société civile et de ses associations.

De notre point de vue, la création de ce réseau européen constitue une avancée impor­tante. Le travail en réseau, si la société civile s’en empare, peut devenir un outil essentiel, pour condamner clai­rement et fer­mement la poli­tique d’occupation et de colo­ni­sation d’Israël, et, dans le même temps, per­mettre la réa­li­sation de projets concrets qui aident les Pales­ti­niens à résister. Des cam­pagnes com­munes de sen­si­bi­li­sation à la situation en Palestine devraient per­mettre aux villes et régions concernées, en s’appuyant sur la mobi­li­sation citoyenne, de faire entendre une voix plus forte, en direction de l’Europe et de ses Etats. Elle devrait enfin mutua­liser et amplifier les efforts humains et finan­ciers indis­pen­sables au déve­lop­pement de la coopé­ration avec Naplouse.

Marc Leblanc

Les FICHES DU JUMELAGE :
- DEMANDES DIVERSES de par­te­nariat : radio, musique, cirque, cinéma, scou­tisme, biblio­thèques.
- RESI­DENCES D’ARTISTES : rela­tions avec l’Ecole des Beaux Arts de Naplouse, voyage d’artistes, expo­si­tions…
- SPORTS : for­mation d’entraîneurs, échanges sportifs…
- Le PAR­TE­NARIAT SCO­LAIRE : 5 écoles naplousies en demande de par­te­nariat. Ces fiches concernent des pro­po­si­tions d’échanges faites par des asso­cia­tions de Naplouse et s’adressent prio­ri­tai­rement (mais pas exclu­si­vement) à leurs homo­logues lillois.
- Aller à Naplouse Vous voulez aller à Naplouse, aider ses habi­tants en mettant vos com­pé­tences à leur service. Voici l’adresse mail qui peut vous aider à réa­liser ce projet, même avec un petit budget : amis-​projecthope-​lille@​laposte.​net
- Voir sur le blog (ci-​​dessus) les nom­breuses réfé­rences et les liens : nou­veautés, projets, jumelage côté muni­ci­pa­lités, villes jumelées avec Naplouse, demandes de jumelage, La Maison des loisirs, nos voyages, articles de presse, etc.

AGENDA voir http://www.nord-palestine.org/agenda.htm
- Samedi 18 octobre 2008 : Espace Marx à Hel­lemmes 6 bis rue Roger Salengro « Maxime Rodinson, les mar­xistes et la question pales­ti­nienne » Voir ci-​​dessus page 2 et notre bul­letin n° 39 Débat de17h30 à 19h30 avec : Sébastien Boussois, his­torien et jour­na­liste, auteur de « Maxime Rodinson, un intel­lectuel du XXème siècle » Fran­çoise Germain-​​Robin jour­na­liste à l’« Humanité » Ziad jour­na­liste pales­tinien, porte parole en Bel­gique du FPLP Par­te­naires : AFPS Nord-​​Pas de Calais, Amis du Monde diplo­ma­tique, Cercle Henri Bar­busse, Espace Marx, Hors les murs, UJFP A partir de 16h30 : stands des asso­cia­tions
- Ven­dredi 17 octobre : journée contre la misère à Hel­lemmes avec la LDH – et à Waziers
- Jeudi 23 octobre à partir de 18h30 : soirée de l’engagement citoyen Défense des droits fon­da­mentaux, soli­darité, lutte contre les dis­cri­mi­na­tions, quelles expres­sions pour la citoyenneté en 2008 ? à Lille 72/​74 rue Royale Maison des asso­cia­tions
- Ven­dredi 31 octobre 19 heures : Info Palestine au Café citoyen Michel War­schawski sera à Lille pour la journée
- Semaine du 17 au 24 novembre 2008 : Khaldoun l’arabe, Dov le juif … - 1948 – 2008 : deux peuples, une seule terre

Mieux comprendre le conflit israélo-​​palestinien et la question des réfugiés

Du 17 au 24 novembre, le quartier de Fives accueillera notre asso­ciation « Soli­darité Najdeh » qui sou­tient les réfugiés pales­ti­niens du Liban, dans le cadre de la com­mé­mo­ration de la Nakba (la catas­trophe), qui a vu 800 000 Pales­ti­niens chassés de leur terre et le début d’un exil de 60 ans aujourd’hui.

Pour aborder cette question des réfugiés, leurs condi­tions de vie, leurs droits bafoués et plus géné­ra­lement expliquer le conflit israélo-​​palestinien, nous avons choisi une nou­velle de l’écrivain pales­tinien Ghassan Kha­nafani, « Retour à Haïfa ». La nou­velle est une méta­phore sur la perte ou l’ « abandon » de la terre par le peuple pales­tinien et un ques­tion­nement sur son identité. C’est aussi un témoi­gnage bou­le­versant sur la stra­tégie israé­lienne de net­toyage eth­nique (selon les termes de l’historien israélien Ilan Pappé), qui devait pré­parer la création de l’Etat juif. Retour à Haïfa, c’est donc aussi un retour sur l’opération menée les 21 et 22 avril sur la ville pour la vider de sa popu­lation arabe, opé­ration nommée « net­toyage du levain », en réfé­rence à une tra­dition juive de l’avant Pâques. L’adaptation au théâtre de la nou­velle par la troupe belge, le Théâtre du Public, sous le nom « Terres Pro­mises », clô­turera cette semaine d’animation et d’information au cours de laquelle nous ren­con­trerons les élèves du collège Boris Vian, nous orga­ni­serons des ate­liers avec le centre social de Fives autour de la cuisine et des bro­deries pales­ti­niennes, nous pré­sen­terons l’exposition « Lahza » de photos prises par les enfants des camps du Liban. Pour ouvrir la semaine, nous accueillerons notre ami Nabil El Haggar avec une confé­rence sur la question des réfugiés, bien sûr mais aussi sur le la place de la culture dans la vie et la survie des pales­ti­niens et de cette éton­nante capacité d’un peuple à résister au désespoir, phé­nomène de rési­lience qu’il tentera de nous expliquer. Il sera beaucoup question de l’histoire et de cet épisode tra­gique, car comment expliquer le conflit sans rap­peler les faits, d’abord. Comment com­prendre ce conflit inter­mi­nable sans com­prendre la question cen­trale des réfugiés et le légitime besoin de recon­nais­sance de l’injustice subie par tout un peuple avant de pouvoir peut-​​être enfin penser « récon­ci­liation » ? La nou­velle « Retour à Haïfa » est édité dans la col­lection Sinbad, Actes Sud

Agenda de la semaine : au théâtre Mas­senet, rue Mas­senet 59000 Lille Fives
- lundi 17 novembre à 19 heures : Confé­rence : Résis­tance poli­tique et Rési­lience cultu­relle en Palestine
- samedi 22 novembre à 19 heures : Repré­sen­tation publique de « Terres Promises »

- Jeudi 20 novembre : à Calais avec Artisans du monde : Film de Mohamed Alatar « IRON WALL »
- Samedi 22 et dimanche 23 novembre de 10h à 18 heures : avec Afran­saurel, vente de bro­deries pales­ti­niennes au Pavillon Saint-​​Sauveur 99, rue Saint-​​Sauveur, à Lille
- Samedi 13 décembre : à Douai - Dori­gnies - salle du château Treuffet : Soirée Mahmoud Darwich
- Mer­credi 17 au dimanche 21 décembre : Marché de Noël à Seclin

Rétrospective :

- Lundi 15 sep­tembre 2008 : Denise Hamouri, mère de Salah Hamouri A Lille (à la MRES et en mairie), à Douai (en mairie) et à Seclin
- Ven­dredi 19 sep­tembre : 4 lillois sont allés à Naplouse cet été. Ren­contre aux Bois Blancs à propos de leur voyage et du jumelage de Lille - Naplouse

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