Blocus israélien contre la bande de Gaza : une situation humanitaire alarmante

Fares Chahine, mardi 25 novembre 2008

Faisant la sourde oreille aux appels de repré­sen­tants de l’onu, dont le secré­taire général M. Ban Ki-​​moon, de mettre un terme à l’embargo imposé à la bande de Ghaza, pour le 20e jour consé­cutif, Israël refuse d’ouvrir les ter­minaux liant son ter­ri­toire à celui pales­tinien où vivent près de 1,5 million d’habitants [1].

Cette fer­meture totale de ces points de passage qui ali­mentent la bande de Ghaza en tous les pro­duits néces­saires à la vie a engendré dif­fé­rentes pénuries aussi graves les unes que les autres. Les Gha­zaouis sont forcés de s’accommoder à une autre sorte de vie, révolue en cette ère moderne. La pénurie en car­burant a engendré un grand manque de courant élec­trique, car la seule station élec­trique de la bande de Ghaza s’est arrêtée de fonc­tionner. L’électricité res­tante, pro­venant d’Israël n’est pas suf­fi­sante. Les cou­pures de courant quo­ti­diennes s’étalent de 14 à 24 heures.

Les nuits sont devenues tota­lement obs­cures. L’atmosphère des villes et loca­lités de la bande de Ghaza, où l’usage des géné­ra­teurs élec­triques est sans pré­cèdent, devient si polluée qu’elle est presque suf­fo­cante à cause des gaz d’échappement. Le marché des bougies, des torches à main et autres moyens d’illuminer est devenu flo­rissant. Les prix de ces pro­duits, que presque per­sonne n’utilise en temps normal, ont qua­druplé. Ces pro­duits pro­viennent de la contre­bande à travers les tunnels creusés sous la fron­tière avec l’Egypte. Une contre­bande qui s’avère très dan­ge­reuse avec les ébou­le­ments fré­quents de nom­breux tunnels. Hier, trois contre­ban­diers ont été repêchés par des secou­ristes dans l’un de ces tunnels creusés de manière arti­sa­nales, sans for­ti­fi­ca­tions. Les bles­sures de l’un d’entre eux ont été jugées dangereuses.

Plus de 50 per­sonnes sont mortes dans des acci­dents simi­laires. Pour le secteur de la santé et la bonne marche des hôpitaux, le manque de courant élec­trique menace la vie de cen­taines de malades hos­pi­ta­lisés dépendant de machines fonc­tionnant sous cette forme d’énergie. La popu­lation gha­zaouie n’a jamais autant manqué d’eau cou­rante. D’un autre côté, les rues risquent d’être noyées par les eaux usées à cause de l’arrêt des sta­tions de pompage. Concernant la pénurie en gaz butane qui affecte la majeure partie des foyers pales­ti­niens — pour cui­siner —, les gens brûlent du bois, du charbon ou même des cartons. Ainsi, la bande de Ghaza semble passer d’une ère moderne à une ère révolue. Le Hamas, qui contrôle Ghaza depuis le mois de juin 2007, a annoncé un accord entre les dif­fé­rentes fac­tions armées actives dans la bande de Ghaza, sti­pulant l’arrêt des tirs de roquettes vers le ter­ri­toire israélien contre l’arrêt de l’embargo par l’ouverture immé­diate des ter­minaux. Cet accord transmis aux Israé­liens par l’intermédiaire de l’Egypte n’a pas été appliqué sur le terrain.

Cette pro­po­sition d’arrêter les tirs contre l’ouverture des ter­minaux est une réussite de l’Etat d’Israël qui a pu imposer une équation selon laquelle l’arrêt de l’embargo contre l’arrêt de la lutte armée ni plus ni moins. Une autre façon de dire aux Pales­ti­niens d’oublier les autres reven­di­ca­tions, leurs droits nationaux en premier. Les divi­sions inter­pa­les­ti­niennes et la sépa­ration forcée de la bande de Ghaza du reste des ter­ri­toires pales­ti­niens après le putsch armé du Hamas ont fait que le peuple pales­tinien qui vit sous l’occupation possède deux direc­tions au lieu d’une et deux visions poli­tiques. L’état hébreu profite de ce drame pales­tinien dont il porte une grande res­pon­sa­bilité en détruisant les struc­tures sécu­ri­taires de l’Autorité pales­ti­nienne à Ghaza, ce qui a facilité sa chute dans cette partie des ter­ri­toires pales­ti­niens, pour avorter tout projet sérieux de création d’un Etat pales­tinien libre et indé­pendant sur l’ensemble des terres occupées en 1967. Ainsi, les dif­fi­cultés que vivent les simples citoyens, les seules vic­times des atteintes israé­liennes aux droits de l’homme, risquent de per­durer long­temps encore.

[1] Selon l’AFP, Israël a autorisé lundi 24 novembre la livraison de denrées de pre­mière nécessité dans la bande de Gaza soumis à un blocus israélien sévère en repré­sailles aux tirs de roquettes pales­ti­niennes, selon un res­pon­sable militaire."Un certain nombre de camions trans­portant des denrées ali­men­taires devrait pénétrer en milieu de journée dans la bande de Gaza", a indiqué à l’AFP ce responsable.

L’Agence de secours de l’ONU pour les réfugiés pales­ti­niens (UNRWA), qui s’inquiète d’une dété­rio­ration de la situation huma­ni­taire dans la bande de Gaza, a confirmé lundi que de l’aide ali­men­taire était en route pour Gaza.

"Les auto­rités israé­liennes nous ont fait savoir que nous pour­rions faire entrer dix camions aujourd’hui", a indiqué son porte-​​​​parole Chris Gunness.

L’UNRWA dis­tribue en temps normal des aides ali­men­taires à quelque 750.000 per­sonnes, soit la moitié de la popu­lation de la bande de Gaza.

Israël a ren­forcé le 5 novembre le blocus imposé à la bande de Gaza depuis la prise de pouvoir des isla­mistes du Hamas lors d’un coup de force en juin 2007, en fermant tous les points de passage du territoire.

Cette mesure, main­tenue par le ministre israélien de la Défense Ehud Barak, a été adoptée en riposte à la reprise des tirs de roquettes et d’obus de mor­tiers vers le sud d’Israël, après une opé­ration de l’armée israé­lienne dans la bande de Gaza.

Les auto­rités israé­liennes n’ont autorisé qu’une seule fois depuis la flambée de vio­lence du 4 novembre le passage de 33 camions huma­ni­taires dans la bande de Gaza.

Le secré­taire général de l’ONU, Ban Ki-​​​​moon, a réitéré ven­dredi son appel à la levée du blocus israélien et regretté que ses appels pré­cé­dents n’aient pas été entendus, tout en condamnant les tirs pales­ti­niens de roquettes visant des civils israéliens.

Par ailleurs, un porte-​​​​parole du ministère israélien des Affaires étran­gères a expliqué par des pro­blèmes de sécurité aux points de passage entre Israël et Gaza le fait que le nonce apos­to­lique, Antonio Franco, n’ait pas pu se rendre à Gaza dimanche.

"Per­sonne n’a interdit quoi que ce soit au nonce et aucune inter­diction ne vise le per­sonnel reli­gieux. Le pro­blème est que les points de passage entre Israël et Gaza sont visés direc­tement par des tirs de roquettes, de mor­tiers et des ten­ta­tives d’attentats suicide", a expliqué à l’AFP Yigal Palmor.

"Dans cette situation Israël refuse de mettre en danger la vie des fonc­tion­naires qui tra­vaillent dans les ter­minaux et ne les envoient plus tra­vailler dans les ter­minaux jusqu’à ce que leur sécurité soit garantie", a-​​​​t-​​​​il ajouté.

Dans un com­mu­niqué, le Patriarcat latin de Jéru­salem avait qua­lifié de "vio­lation des rela­tions diplo­ma­tiques entre Etats" et de "vio­lation du droit des croyants de prier sans obs­tacles" l’impossibilité pour le nonce de se rendre à Gaza pour y célébrer la messe dominicale.

Depuis la prise du pouvoir par le Hamas, la petite com­mu­nauté chré­tienne de Gaza — quelque 3.500 membres en grande majorité ortho­doxes — vit sur la défensive.

Elle a été par­ti­cu­liè­rement secouée par l’assassinat en octobre 2007 par des inconnus d’une de ses figures, Rami Ayyad, res­pon­sable de la seule librairie chré­tienne de Gaza.relayé par le Monde http://​www​.lemonde​.fr/​w​e​b​/​d​e​p​e​c​h​e​s​/​0​,​14​-​0​,​39​-​37688836​@​7​-​60​,​0​.html