Betty Azzam, une « naufragée » palestinienne à Gaza

Karim Lebhour (à Gaza), vendredi 30 avril 2010

La jeune Pales­ti­nienne chré­tienne étudiait à Bethléem mais Israël lui refuse le droit de séjourner en Cisjordanie.

Pour Betty Azzam, Gaza est une prison d’ennui. Expulsée de Bethléem par l’armée israé­lienne, cette Pales­ti­nienne de 22 ans passe le plus clair de son temps sur Internet pour retrouver ses amis de Cis­jor­danie. « Nous sommes dans le même pays, mais on ne peut pas se voir, dit-​​elle. Le seul moyen serait de se ren­contrer à l’étranger. » Le 28 octobre 2009, Betty a été arrêtée à un check-​​point près de Bethléem où elle étudiait depuis 2005. L’armée assure qu’elle séjournait « illé­ga­lement » en Cis­jor­danie, sans dis­poser du permis requis pour les Pales­ti­niens de Gaza. Menottée, les yeux bandés, la jeune étudiante a été conduite vers la bande de Gaza.

Son expulsion a soulevé un tollé. Diplo­mates, intel­lec­tuels et défen­seurs des droits de l’homme se sont étonnés que les Pales­ti­niens ne puissent pas choisir de vivre ou d’étudier où bon leur semble sur leur ter­ri­toire. « Le cas de Betty a mis en lumière le sort de mil­liers d’étudiants pales­ti­niens de Gaza empêchés d’étudier en Cis­jor­danie », explique Sari Bashi, la direc­trice de Gisha, une ONG israé­lienne de défense de la liberté de cir­cu­lation des Pales­ti­niens. Saisie du dossier, la Cour suprême israé­lienne a tranché en faveur de l’administration mili­taire. Betty Azzam doit rester à Gaza.

Un châle sur les épaules pour couvrir ses bras nus, cette jeune chré­tienne se dit « mal à l’aise » dans ce Gaza rigo­riste et conser­vateur du Hamas. « À Bethléem, je mar­chais tout le temps. Ici, je prends un taxi dès que je sors de la maison. Je ne marche jamais dans la rue. » Trop de regards pesants sur ses cheveux sans voile, trop de com­men­taires sur la croix qu’elle porte autour du cou. Betty n’a qu’une idée en tête : partir. « N’importe où, dès l’instant que je pourrai me sentir libre en tant que chré­tienne. » Peut-​​être à Dubaï où son frère réside déjà.

Le cas de Betty sou­ligne le dur­cis­sement de la poli­tique israé­lienne des­tinée à couper Gaza de la Cis­jor­danie. Les accords d’Oslo recon­naissent les deux ter­ri­toires comme une seule entité, mais depuis le début de la seconde Intifada, en 2000, les auto­ri­sa­tions de passage sont accordées au compte-​​gouttes. La ligne de bus reliant les deux ter­ri­toires, via Israël, a été supprimée.

La nou­velle directive mili­taire « numéro 1650 », datée du 13 avril, vient par­achever cet iso­lement. Il permet de déclarer « agent infiltré » toute per­sonne se trouvant en Cis­jor­danie sans auto­ri­sation israé­lienne. La mesure vise essen­tiel­lement les Pales­ti­niens enre­gistrés à Gaza, comme Betty. Au moins deux d’entre eux ont été ren­voyés vers le ter­ri­toire côtier ces der­niers jours, laissant der­rière eux leur famille en Cis­jor­danie. « La raison n’est pas sécu­ri­taire, mais poli­tique, estime Sari Bashi. Israël a des pré­ten­tions ter­ri­to­riales en Cis­jor­danie et veut le moins de Pales­ti­niens possible. »

L’État hébreu n’a en revanche que faire de la bande de Gaza, récep­tacle commode de tous les indésirables.