Barack Obama et le conflit du Proche-​​orient : Rupture ou continuité ?

T. Hocine, mercredi 26 novembre 2008

M. Obama est par­ti­cu­liè­rement attendu sur ce dossier, lui qui avait com­mencé sa cam­pagne en s’engageant sur un seul volet, celui de la sécurité d’Israël

Même modé­rément, le chef de la diplo­matie bri­tan­nique, qui vient d’achever une tournée au proche-​​orient, fait preuve d’optimisme. Dans un monde devenu incrédule, il déclare, en effet, que l’année 2009 sera celle du « chan­gement » au niveau mondial et au Proche-​​Orient grâce à des élec­tions dans des pays-​​clés.

David Miliband semble faire confiance aux urnes, là où elles n’ont jamais rien produit, surtout en ce qui concerne la situation au proche-​​orient. Celle-​​ci, effec­ti­vement, et depuis qu’elle a éclaté il y a soixante ans, n’a jamais été influencée par quelque chan­gement d’élite ou de régime. « Je crois que 2009 sera une année très impor­tante. Ce sera l’année du chan­gement au niveau mondial avec un nouveau pré­sident amé­ricain, un nouveau gou­ver­nement israélien, des élec­tions au Liban et des élec­tions aussi en Iran », a indiqué le ministre. « Chaque pays doit penser comment il compte contribuer à la paix et à la sta­bilité au Proche-​​Orient », a-​​t-​​il ajouté.

« Nous savons tous qu’il n’y a pas de paix et de sta­bilité dans le monde, s’il n’y a pas de paix et de sta­bilité au Proche-​​Orient. De même, il n’y a pas de paix et sta­bilité au Proche-​​Orient, s’il n’y en a pas au Liban », a pour­suivi le ministre. Même sen­timent du diplomate en chef de l’Union euro­péenne qui sou­haite, quant à lui, que le pré­sident élu des Etats-​​Unis, Barack Obama, s’intéresse « dès le premier jour » à ce conflit. « Je pense que c’est l’un des dossiers-​​clés que le pré­sident élu devrait aborder et j’espère bien qu’il va agir très vite à ce sujet », a ajouté Javier Solana, alors que M. Obama a fait savoir pendant sa cam­pagne élec­torale qu’il ferait de la crise écono­mique et du conflit en Afgha­nistan les prio­rités de son mandat.

Plus mesuré, le pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbas, a appelé M. Obama à s’atteler au pro­cessus de paix israélo-​​palestinien dès son entrée à la Maison-​​Blanche. « Nous l’appelons à s’associer immé­dia­tement au pro­cessus de paix, sur la base de l’application des réso­lu­tions inter­na­tio­nales liées à la question pales­ti­nienne, dont le plan arabe », a-​​t-​​il ajouté. « Depuis six ans, on parle de l’initiative arabe qui tient en deux mots : retirez-​​vous de Palestine, du Golan et des fermes de Chebaâ (un secteur stra­té­gique au sud du Liban occupé par Israël, ndlr) et 57 pays arabes et isla­miques vous recon­naissent », a lancé M. Abbas à l’adresse des Israé­liens. « Que voulez-​​vous de mieux ? Au lieu de vivre dans un îlot de paix, vous vivrez dans un océan de paix », a ajouté le pré­sident palestinien.

C’est ainsi que se décline sa réponse à l’appel télé­pho­nique que lui avait adressé Barack Obama, où il lui a promis de continuer à œuvrer pour faire avancer le pro­cessus de paix. C’était leur pre­mière conver­sation, et M. Obama est par­ti­cu­liè­rement attendu sur ce dossier, lui qui avait com­mencé sa cam­pagne en s’engageant sur un seul volet, celui de la sécurité d’Israël. M. Obama a également réitéré son fort soutien à l’établissement d’un Etat pales­tinien aux côtés d’Israël. Bien entendu, et le contraire aurait surpris, M. Obama s’est contenté de cette décla­ration, en attendant qu’il dévoile les moyens qu’il compte déployer pour y par­venir, car dans le fond, tous ses pré­dé­ces­seurs, depuis près d’un quart de siècle, tiennent les mêmes propos : celle de l’édification d’un Etat pales­tinien, sans dire si celui-​​ci sera celui que pré­voient les réso­lu­tions inter­na­tio­nales (181, 242 et 338 notamment) évoquées par le leader pales­tinien, ou le ter­ri­toire (pales­tinien) que les Israé­liens accep­teront de céder aux Pales­ti­niens. Ce qui revient à per­pétuer une injustice,et aussi faire per­durer un conflit qui n’a que trop duré.

Quant au dossier iranien, une ving­taine d’experts- cher­cheurs et anciens diplo­mates US l’ont pris au mot, en l’appelant à ouvrir le dia­logue sans condi­tions avec Téhéran. « Les Etats-​​Unis tentent depuis 20 ans de traiter avec l’Iran en uti­lisant l’isolement, les menaces et les sanc­tions. Ils n’ont résolu aucun des pro­blèmes majeurs qui affectent les rela­tions USA-​​Iran et ils les ont même dété­riorées », sou­lignent ces experts, parmi les­quels l’ancien ambas­sadeur amé­ricain à l’ONU, Thomas Pickering, et l’ancien émis­saire amé­ricain pour l’Afghanistan, James Dobbins. Pour désa­morcer les ten­sions avec l’Iran et éviter que ce pays se dote de l’arme nucléaire, les experts appellent, notamment, la pro­chaine admi­nis­tration amé­ri­caine à cesser de financer des pro­grammes pro-​​démocratie en Iran, qui équi­valent à appeler à un chan­gement de régime.

La pro­chaine admi­nis­tration devrait également s’asseoir à la table des négo­cia­tions mul­ti­la­té­rales avec Téhéran sur le pro­gramme nucléaire iranien, estiment ces experts. Elle devrait, enfin, inter­venir direc­tement dans le pro­cessus de paix israélo-​​palestinien en tant que « courtier honnête ». « Après de nom­breuses années d’hostilité, per­sonne ne doit s’attendre à ce qu’un dia­logue avec l’Iran soit facile. Cela pourrait même se révéler impos­sible », pour­suivent les experts. « Mais les poli­tiques du passé n’ont pas marché », concluent-​​ils. « Il est temps de voir ce qu’une vraie diplo­matie peut accomplir ». Ainsi inter­pellé par des hommes qui ont dit tout le mal qu’ils pensent de ce qui a été fait, Obama introduira-​​t-​​il là aussi, le chan­gement qu’il a préconisé ?