Au Proche-​​Orient, la France doit agir

Afps, jeudi 14 mai 2009

Alors que la France main­tient des sanc­tions écono­miques contre les ins­ti­tu­tions élues pales­ti­niennes réclamant à la partie occupée la recon­nais­sance de l’Etat d’Israël et le respect des accords signés, elle main­tient avec la partie occu­pante des rela­tions diplo­ma­tiques sans faille en dépit du refus israélien de la paix.

Le ministre français des Affaires étran­gères Bernard Kouchner et le secré­taire général de l’Elysée Claude Guéant ont reçu mardi 5 mai le ministre israélien des Affaires étran­gères Avigdor Lie­berman. Deux ren­contres qui ne font guère honneur à la France , alors qu’Avigdor Lie­berman n’a eu de cesse d’exprimer des posi­tions ultra­na­tio­na­listes et racistes. C’est le cas en par­ti­culier à l’encontre des Pales­ti­niens, notamment en prônant des trans­ferts de ter­ri­toires et de popu­la­tions qui relè­ve­raient de l’épuration eth­nique - ou bien encore en pro­posant de régler le pro­blème des pri­son­niers pales­ti­niens en les noyant dans la Mer Morte.

Alors que ce gou­ver­nement israélien entend aggraver sur le terrain la poli­tique de ses pré­dé­ces­seurs, notamment en matière de colo­ni­sation, illégale, de la Cis­jor­danie et du siège imposé à toute la popu­lation de la bande de Gaza ; alors que ce gou­ver­nement refuse en outre caté­go­ri­quement le principe d’un Etat pales­tinien dans les fron­tières de 1967 et rejette obs­ti­nément le droit inter­na­tional ; alors que se pré­cisent, de plus, des menaces de frappes israé­liennes contre l’Iran avec toutes les consé­quences qu’elles auraient dans la région, la France s’est offi­ciel­lement contentée d’écouter Avigdor Lie­berman et de lui rap­peler les prin­cipes de la com­mu­nauté inter­na­tionale, sans évoquer la moindre pression pour qu’Israël res­pecte enfin le droit international.

Ainsi, le Quai d’Orsay indique-​​t-​​il dans un com­mu­niqué que la ren­contre a donné lieu à un « échange de vues sur les enjeux de poli­tique régionale » et que « Bernard Kouchner a rappelé les attentes de la France , s’agissant en par­ti­culier de la création d’un Etat pales­tinien viable coexistant dans la paix et la sécurité avec Israël », sans autre forme de pression ou de mise en garde mettant un terme à l’impunité d’Israël.

Claude Guéant a quant à lui accordé un entretien de près d’une heure au chef de la diplo­matie israé­lienne pour « échanger leurs points de vue sur la façon dont on envisage les pro­blèmes au Proche Orient », notamment « les rela­tions avec les Pales­ti­niens », selon Claude Guéant lui-​​même qui a ajouté : « j’ai indiqué les posi­tions de la France , M. Lie­berman les siennes ».

La poli­tique de la France au Proche-​​Orient ne saurait sans se désho­norer se limiter à des échanges de points de vue. Alors que la France main­tient, à l’instar de l’UE, des Etats-​​Unis et du Canada, des sanc­tions écono­miques contre les ins­ti­tu­tions élues pales­ti­niennes réclamant à la partie occupée la recon­nais­sance de l’Etat d’Israël et le respect des accords signés, elle main­tient avec la partie occu­pante des rela­tions diplo­ma­tiques sans faille en dépit du refus israélien de la paix. Rejetant les accords signés avec les Pales­ti­niens, le gou­ver­nement auquel appar­tient Avigdor Lie­berman a aussi précisé qu’il fau­drait attendre de nouveau cinq à sept ans avant la reprise de négo­cia­tions poli­tiques, cinq à sept ans pendant les­quels se conso­li­derait la colonisation.

C’est inad­mis­sible, contraire au droit inter­na­tional, pré­ju­di­ciable à la paix tou­jours ajournée.

Face à cela, la France ne doit pas se contenter d’écouter. Elle doit agir. Elle doit faire pression sur Israël, pour qu’enfin les droits nationaux du peuple pales­tinien soient res­pectés dans leur inté­gralité. Elle doit en par­ti­culier inter­venir auprès de ses par­te­naires euro­péens pour obtenir la sus­pension de l’accord d’association entre l’UE et Israël tant que ce dernier ne se conforme pas à ses obligations.