Assad : Les négociations de paix doivent inclure le Hamas

L’Orient le Jour, mardi 7 septembre 2010

Le pré­sident syrien Bachar el-​​Assad a jugé hier, lors d’un entretien avec le roi Abdallah II de Jor­danie, que les négo­cia­tions directes récemment entamées entre l’Autorité pales­ti­nienne et les Israé­liens doivent inclure « tous les repré­sen­tants du peuple pales­tinien », dont le Hamas.

Le ministre israélien des Affaires étran­gères Avigdor Lie­berman a prévenu hier qu’il empê­cherait toute pro­lon­gation du gel partiel de la colo­ni­sation en Cis­jor­danie occupée, qui expire le 26 sep­tembre. « Il n’y a aucune raison de pro­longer ce gel. Israël Bei­teinou a suf­fi­samment d’influence et de pouvoir au sein du gou­ver­nement et du Par­lement pour faire en sorte qu’aucune pro­po­sition de pro­lon­gation du gel passe », a-​​t-​​il dit à la radio mili­taire [1]. M. Lie­berman dirige le parti ultra­na­tio­na­liste Israël Bei­teinou, deuxième com­po­sante de la majorité après le Likoud, le parti du Premier ministre Ben­jamin Neta­nyahu. Il a été tenu à l’écart de la reprise le 2 sep­tembre à Washington des négo­cia­tions directes israélo-​​palestiniennes.

L’Autorité pales­ti­nienne a fait savoir que la relance de la colo­ni­sation, qui com­promet selon elle la via­bilité du futur État pales­tinien, met­trait fin aux négo­cia­tions. Le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas a indiqué avoir de nouveau prévenu à Washington l’administration amé­ri­caine et M. Neta­nyahu que les pour­parlers s’arrêteraient si le gel n’était pas renouvelé. Les dis­cus­sions « se pour­sui­vront jusqu’à la fin du mois et si le gou­ver­nement pro­longe la décision d’arrêter la colo­ni­sation, nous conti­nuerons à négocier. S’il ne le fait pas, nous par­tirons », a déclaré M. Abbas au quo­tidien pales­tinien al-​​Ayyam, lors de sa visite en Libye dimanche [2].

Le 26 sep­tembre marque la fin du mora­toire de dix mois décrété par le gou­ver­nement pour la construction de loge­ments dans les implan­ta­tions de Cis­jor­danie où vivent plus de 300 000 colons israé­liens. Cette mesure avait été prise sous la pression du pré­sident amé­ricain Barack Obama qui sou­haitait ainsi favo­riser une reprise des négo­cia­tions directes gelées depuis 20 mois.

M. Neta­nyahu a laissé entendre qu’il n’avait pas l’intention de pro­longer ce mora­toire, tout en se gardant de le dire publi­quement à Washington. M. Lie­berman a répété qu’il était « impos­sible de par­venir à un accord final en trouvant d’ici à un an des solu­tions à des pro­blèmes émotionnels et com­pliqués tels que Jéru­salem, les réfugiés (pales­ti­niens), les implan­ta­tions juives et la recon­nais­sance d’Israël comme État du peuple juif ». « La seule chose réelle que nous puis­sions atteindre, c’est un accord inté­ri­maire à long terme », a dit M. Lie­berman en évoquant la pos­si­bilité d’un État pales­tinien « aux fron­tières tem­po­raires ». « On court trop vite. Pour les Pales­ti­niens, ces dis­cus­sions servent de pré­texte pour faire en sorte qu’Israël soit accusé de leur échec, c’est la raison pour laquelle ils exigent la pour­suite du gel » de la colo­ni­sation, selon lui.

Hier, M. Neta­nyahu a déclaré que les diver­gences entre les posi­tions israé­liennes et pales­ti­niennes sont telles que seules des négo­cia­tions continues peuvent per­mettre de les sur­monter. Com­mentant pour la pre­mière fois la reprise des pour­parlers de paix directs jeudi dernier à Washington, il a dit espérer que le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas pour­sui­vrait ces dis­cus­sions malgré les désaccords.

Paral­lè­lement, à Damas, le pré­sident syrien Bachar el-​​Assad a accueilli le roi Abdallah II de Jor­danie qui a assisté avec le pré­sident égyptien Hosni Mou­barak à la reprise des négo­cia­tions jeudi dernier à Washington. Le sou­verain hachémite a informé le pré­sident Assad des « der­niers déve­lop­pe­ments liés à ces pour­parlers », a indiqué l’agence offi­cielle syrienne SANA. « L’administration amé­ri­caine est décidée à par­venir à un accord de paix (dans la région), car la paix ne sera durable que si elle est globale » et com­prend tous les pays de la région, a ajouté le sou­verain hachémite lors de l’entretien.

Pour sa part, le pré­sident Assad a jugé néces­saire « la par­ti­ci­pation de tous les repré­sen­tants du peuple pales­tinien à ces négo­cia­tions », dans une allusion au Hamas dont le chef en exil Khaled Mechaal vit à Damas. M. Assad, tou­jours cité par SANA, « a réitéré la volonté de la Syrie de réa­liser une paix juste et globale » et averti que « la poli­tique israé­lienne d’agression et de colo­ni­sation repré­sente un véri­table obs­tacle à la paix ».