Ariel, une colonie trop loin en Cisjordanie ?

Karine Laub, lundi 8 mars 2010

Un climat idéal, 19.000 habi­tants, une zone indus­trielle, un com­plexe sportif, un embryon d’université… Ariel a tout d’une ville agréable en plein essor. Oui, mais Ariel est une colonie israé­lienne implantée au beau milieu de la Cis­jor­danie et, de par son impor­tance, pourrait à elle seule empêcher un accord sur la création d’un futur Etat palestinien.

A la dif­fé­rence des trois autres prin­cipaux foyers israé­liens de colo­ni­sation, tous situés près des fron­tières de l’Etat hébreu, Ariel se situe au coeur de la Cis­jor­danie, à une soixan­taine de kilo­mètres au nord de Jéru­salem et à une qua­ran­taine à l’est de Tel Aviv. Autre par­ti­cu­larité, sa taille : outre ses 19.000 habi­tants, elle compte des colonies satellite qui abritent 30.000 per­sonnes sup­plé­men­taires, soit 10% de la popu­lation juive parmi les Arabes de Cisjordanie.

Ariel pose donc un dilemme unique au gou­ver­nement israélien en cas d’accord sur la création d’un Etat pales­tinien : sa taille la rend dif­ficile à évacuer, mais sa situation géo­gra­phique com­plique son annexion. "Un Etat pales­tinien ne sera pas viable si (les Israé­liens, NDLR) gardent Ariel", résume le négo­ciateur pales­tinien Saeb Erekat.

D’anciens négo­cia­teurs israé­liens confirment que le sort d’Ariel a tou­jours repré­senté un obs­tacle majeur lors des pré­cé­dents pour­parlers. Et, lors de deux simu­la­tions de négo­cia­tions sur un accord, le camp israélien a tou­jours fini par céder la colonie aux Palestiniens.

En attendant, à mesure qu’Ariel grossit, le dilemme s’aggrave. Fondée en 1978 par Ron Nachman, son maire aujourd’hui encore, avec l’accord du gou­ver­nement du Premier ministre de l’époque, Menachem Begin, la colonie s’étend aujourd’hui sur 1.200 hec­tares et emploie plu­sieurs mil­liers de Pales­ti­niens dans sa zone indus­trielle. M. Nachman, qui estime qu’aucun gou­ver­nement israélien ne peut se per­mettre d’abandonner sa ville, rêve de tripler sa popu­lation en l’espace d’une génération.

Si le Premier ministre Ben­jamin Néta­nyahou a concédé aux Etats-​​Unis un gel partiel des implan­ta­tions jusqu’à sep­tembre, 80 appar­te­ments et 130 chambres de dortoir estu­diantin sont en construction à Ariel, leurs fon­da­tions ayant été coulées avant l’entrée en vigueur du gel. Le maire affirme avoir déjà achevé les plans de 3.000 appar­te­ments sup­plé­men­taires, mais attend l’accord du gou­ver­nement après sep­tembre pour lancer les travaux.

Sont également en projet un centre com­mercial sur deux niveaux et un centre culturel promis par Ben­jamin Néta­nyahou lors d’une visite à Ariel en janvier. "C’est ici que nos ancêtres ont vécu", avait déclaré le Premier ministre, plantant un arbre dans la ville lors de sa venue. "C’est ici que nous demeu­rerons et que nous bâtirons".

Peuplée par moitié d’immigrés russes et ukrai­niens arrivés en masse dans les années 1990 après la chute de l’Union sovié­tique, Ariel dispose de plu­sieurs atouts garan­tissant son expansion : sub­ven­tions du gou­ver­nement, allé­ge­ments d’impôts pour les entre­prises venant s’y implanter, loge­ments à bas prix.

Le symbole des pro­blèmes posés par son expansion est peut-​​être son établis­sement d’études supé­rieures, le Centre uni­ver­si­taire de la Samarie, du nom donné par les natio­na­listes israé­liens au ter­ri­toire recou­vrant aujourd’hui le nord de la Cisjordanie.

En janvier, le ministre de la Défense, le tra­vailliste Ehoud Barak, a donné son feu vert pour que le centre, qui accueille aujourd’hui plus de 11.000 étudiants, soit offi­ciel­lement reconnu comme un ins­titut uni­ver­si­taire d’ici 2012, ce qui en ferait la pre­mière uni­versité israé­lienne dans une colonie.

Selon son pré­sident, Dan Meyer­stein, le projet d’agrandissement béné­ficie du soutien de la popu­lation israé­lienne [1]. D’autres obser­va­teurs craignent tou­tefois un boycott d’universitaires étrangers pro-​​palestiniens. En 2009, l’Espagne a ainsi exclu le Centre uni­ver­si­taire de la Samarie d’un concours d’ingénierie solaire en raison de son implan­tation dans une colonie. Et 250 maîtres de confé­rence israé­liens ont signé ce mois-​​ci une pétition contre la trans­for­mation du centre en uni­versité. AP

[1] sur l’appui des Israé­liens à la colo­ni­sation voir le Nouvel Obs :

Des Israé­liens mani­festent contre la colo­ni­sation à Jéru­salem

 Environ 2.000 mani­fes­tants israé­liens ont dénoncé, à Jéru­salem, la colo­ni­sation par l’Etat hébreu du quartier arabe de Cheikh Jarrah.

Environ 2.000 mani­fes­tants israé­liens se sont ras­semblés samedi 6 mars en début de soirée dans le quartier arabe de Cheikh Jarrah à Jérusalem-​​​​Est pour dénoncer la colo­ni­sation israé­lienne dans cette partie de la ville. Les mani­fes­tants, orga­nisés au sein d’un col­lectif de mou­ve­ments paci­fistes et d’extrême-gauche, bran­dis­saient des dra­peaux rouges ou Israé­liens portant l’inscription "Shalom" (paix en hébreu) en criant "Non à l’épuration eth­nique". Plu­sieurs familles pales­ti­niennes du quartier de Cheikh Jarrah ont été expulsées ces der­niers mois au profit de colons israé­liens. Ces expul­sions ont pro­voqué des mani­fes­ta­tions réprimées par la police et mené à l’interpellation de paci­fistes israé­liens et de mili­tants pro-​​​​palestiniens étrangers.

Tensions après les affrontements de vendredi

De très impor­tantes forces de l’ordre étaient déployées pour cette mani­fes­tation que les res­pon­sables de la police avaient voulu interdire. Elle a été fina­lement été auto­risée à la suite d’un appel pré­senté des mou­ve­ments d’extrême-gauche. De vives ten­sions règnent dans la Vieille ville à la suite d’affrontements ven­dredi entre mani­fes­tants pales­ti­niens et poli­ciers israé­liens dans et autour de l’esplanade des Mosquées.

Depuis 1967

Jérusalem-​​​​Est a été conquis par Israël lors de la guerre de juin 1967. L’Etat hébreu a ensuite annexé cette partie de la ville et y a construit une dou­zaine de nou­veaux quar­tiers où résident plus de 200.000 Israé­liens. Cette annexion n’a jamais été reconnue par la com­mu­nauté inter­na­tionale. Les Pales­ti­niens dénoncent la colo­ni­sation de Jérusalem-​​​​Est dont ils veulent faire la capitale de leur futur Etat. Début février, le quo­tidien Haaretz avait révélé que les auto­rités israé­liennes avaient donné leur feu vert à un projet de construction de 600 loge­ments dans un quartier de colo­ni­sation dans le secteur oriental. La construction de loge­ments à Jérusalem-​​​​Est n’est pas concernée par le mora­toire de 10 mois des mises en chantier de loge­ments décrété par le gou­ver­nement de Ben­jamin Neta­nyahu dans les colonies de Cisjordanie occupée.

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