Après le discours d’Obama au Caire et après celui de Netanyahou…

Jacques Fath, mardi 16 juin 2009

Le dis­cours d’Obama appelle des actes et des ini­tia­tives …la réponse de Neta­nyahou est consternante

Le dis­cours d’Obama au Caire nous apparaît, au premier abord, inévi­ta­blement décevant car il ne com­porte rien de nouveau sur l’essentiel (la question de Palestine) et ne propose aucune ini­tiative amé­ri­caine ou inter­na­tionale sur cette question.

Après ce dis­cours, il faut donc main­tenant des actes et des ini­tia­tives. L’Autorité pales­ti­nienne l’a sou­ligné (avec les formes). Cela doit concerner les Etats-​​Unis mais aussi les Euro­péens, la France, le monde arabe…

C’est pré­ci­sément parce que le dis­cours d’Obama appelle des actes et des ini­tia­tives que la res­pon­sa­bilité de l’Europe et de la France est d’autant plus grande : elles doivent aussi s’engager concrè­tement, faire des pro­po­si­tions pour un règlement néces­sai­rement mul­ti­la­téral. On ne doit plus laisser Pales­ti­niens et Israé­liens négocier seuls face à face dans le rapport des forces actuel.

Il faut porter jugement sur l’ensemble du discours.

A. Obama s’est adressé aux musulmans du monde.

Il l’avait annoncé. Le dis­cours, effec­ti­vement, sur­prend un peu. Obama cite 5 fois le Saint Coran, il parle de la bible, du Talmud… Là où on attendait une adresse poli­tique au monde arabe, on a une inter­vention très centrée sur les valeurs reli­gieuses, le dia­logue des reli­gions… Il se fait applaudir sur cette approche.

Concernant la question de Palestine, son dis­cours a ten­dance à traiter Israé­liens et Pales­ti­niens à égalité, c’est-à-dire en sou­li­gnant les res­pon­sa­bi­lités des uns et des autres. Mais le langage utilisé pour parler des Pales­ti­niens a changé de registre par rapport à Bush : « humi­lia­tions quo­ti­diennes » ; « occu­pation » ; « la situation du peuple pales­tinien est into­lé­rable » ; « il est temps d’arrêter la colo­ni­sation »… Ce dis­cours et ces mots indis­posent les Israé­liens. Les Pales­ti­niens s’en sont féli­cités, sans excès, mais net­tement. Les auto­rités israé­liennes ont mani­fes­tement du mal à accepter cette nou­velle expression américaine.

Ce dis­cours de réfé­rence est en effet bien dif­férent d’un autre dis­cours de réfé­rence, tout aussi sym­bo­lique, pro­noncé par G. Bush à Washington le 24 juin 2002. Dans ce dis­cours, Bush annonçait que « les Etats-​​Unis d’Amérique sou­tien­dront la création d’un Etat pales­tinien… ». Mais c’était sous condi­tions et ce dis­cours très dur était aussi consacré à la délé­gi­ti­mation, à la cri­mi­na­li­sation de Yasser Arafat et à un appel à un « nouveau lea­dership » palestinien.

Bush avait défini publi­quement, avec Sharon, cette nou­velle ligne (un Etat pales­tinien mais à nos condi­tions et sans Arafat et les droits qu’ il sym­bolise…) lors d’une ren­contre à la Maison Blanche le 7 janvier 2002. Il en a résulté la réso­lution 1397 (2002), qui fait réfé­rence, du Conseil de Sécurité actant la « vision d’une région dans laquelle Israël et la Palestine vivent côte à côte, à l’intérieur des fron­tières reconnues et sûres ».

Depuis, l’exigence d’un Etat pales­tinien n’est plus niée que par une partie de la droite -dont Neta­nyahou et le Likoud-​​ et par l’extrême droite israé­lienne. Il y a donc 2 pro­blèmes posés : l’effondrement du pro­cessus de paix à partir 2000, qui a renvoyé la question même de l’ Etat pales­tinien. Et la nature de cet Etat : un Etat plei­nement sou­verain, dans des fron­tières légi­times et cor­res­pondant au droit inter­na­tional, dans le respect des réso­lu­tions de l’ ONU, ou bien un Etat avec une sou­ve­raineté limitée, sous contrôle israélien, sans Jérusalem-​​Est, morcelé par des colonies… etc (= ce que propose Netanyahou)…

Quel sera le choix d’Obama ? Pour l’instant, il établit les contacts, prend les posi­tions des parties en cause. Il renvoie Mit­chell pré­parer les négociations.

B. Obama ne cherche pas une solution juste et durable pour la question de Palestine en elle-​​même.

Les Etats-​​Unis, aujourd’hui comme hier, défi­nissent une stra­tégie globale. Et celle que définit Obama est pro­fon­dément dif­fé­rente de celle de Bush. Les Etats Unis ont besoin de résoudre à leur façon la crise ira­kienne (retrait d’ici 2012, sta­bi­li­sation…), la crise afghane et pakis­ta­naise (inter­vention mili­taire ren­forcée), l’enjeu du nucléaire iranien (empêcher la maî­trise du nucléaire mili­taire par Téhéran, et dia­logue avec les diri­geants ira­niens), l’enjeu syro-​​libanais (contrer l’influence ira­nienne, syrienne au Liban et en Palestine à travers le Hez­bollah et le Hamas)… Pour tout cela (et tout cela est lié), des pas en avant réels sont indis­pen­sables dans la voie d’une réponse à la question de Palestine. Il faut à Obama regagner du crédit dans le monde arabe mais sans perdre l’allié stra­té­gique israélien. Celui-​​ci est aujourd’hui en dif­fi­culté poli­tique car obligé de choisir entre suivre Obama et déclencher une crise poli­tique interne, ou bien contrer Obama et être en crise avec Washington, son prin­cipal allié et soutien poli­tique, mili­taire et financier…

On peut donc dire qu’il y a une nou­velle donne au Proche-​​Orient. Cela impose à la France et aux Euro­péens beaucoup plus d’initiative et d’engagement poli­tique. Pour l’instant, on en est loin.

(ajout au 15 juin 2009)

Dans son dis­cours du dimanche 14 juin, Neta­nyahou rap­pelle qu’il est favo­rable à un Etat pales­tinien démi­li­tarisé, sous contrôle sécu­ri­taire total d’Israël. Il pose une condition dif­ficile à accepter pour les Pales­ti­niens : recon­naître qu’Israël est « la patrie nationale du peuple juif ». 20% de la popu­lation israé­lienne est non-​​juive (essen­tiel­lement pales­ti­nienne musulmane) ce qui pose un pro­blème en soi. Exiger de recon­naître Israël comme Etat du peuple juif c’est exiger le droit à l’installation de l’ensemble des juifs du monde, c’est-à-dire une sorte de droit au retour que Neta­nyahou refuse aux Palestiniens.

En outre, il rap­pelle aussi que Jéru­salem devra rester la capitale unie d’Israël…

Obama acte tac­ti­quement le fait que Neta­nyahou accepte un Etat pales­tinien car il veut amener pro­gres­si­vement ses alliés israé­liens sur ses propres options, sans rupture. Mais nul ne peut être dupe. D’autant que le dis­cours de Neta­nyahou va au-​​delà des pré­cé­dentes remarques.

Neta­nyahou ne parle à aucun moment de l’occupation, des réso­lu­tions de l’ONU et du droit inter­na­tional. Il pose la question : « quelle est la racine du conflit ? » Pour lui, seul existe le droit his­to­rique du peuple juif à s’installer sur cette terre, et la racine du conflit c’est pour lui, l’hostilité per­ma­nente, depuis 1948, des arabes et des Pales­ti­niens à l’Etat israélien. Il ren­verse la responsabilité.

Enfin, il a cette formule inac­cep­table sur le fond : « La vérité c’est que dans l’espace de notre patrie, au coeur de notre patrie juive, vit main­tenant une large popu­lation de Pales­ti­niens ». Ce qui veut dire clai­rement que l’ensemble des ter­ri­toires occupés font partie de cette « patrie juive » qu’est l’Etat d’Israël.

Tout ceci explique que l’Autorité pales­ti­nienne ait net­tement rejeté le dis­cours de Neta­nyahou. Le Porte-​​parole du Pré­sident Abbas a dit : « Ce dis­cours tor­pille toutes les ini­tia­tives de paix dans la région ». En vérité, Neta­nyahou, au-​​delà de quelques habi­letés de langage, n’a rien changé sur le fond de sa position.