Après la flottille pour Gaza, les « alters » continuent

Thomas Lemahieu, dimanche 4 juillet 2010

À la suite des bains de sang per­pétrés par l’armée israé­lienne, cer­tains par­ti­ci­pants au FSE s’interrogent sur l’opportunité de nouer une alliance avec la Turquie.

Envoyer une «  flot­tille de la liberté  » pour briser l’embargo sur la bande de Gaza. L’idée avait été émise en sep­tembre 2008, à Malmö (Suède), lors d’un Forum social européen (FSE)  : l’écrivain suédois Henning Mankell avait immé­dia­tement promis d’y par­ti­ciper, des mili­tants de toute l’Europe et des euro­dé­putés alle­mands de Die Linke se sont lancés dans l’aventure, et l’ONG turque Fon­dation d’assistance huma­ni­taire IHH s’est ensuite chargée de fournir la logis­tique et d’élargir lar­gement la flot­tille. C’est cette idée devenue action qui s’est ter­minée, comme on le sait, dans un véri­table bain de sang, le 31 mai  : neuf mili­tants turcs ont été abattus par les soldats israé­liens, la plupart des corps ayant été criblés de balles selon des rap­ports d’autopsie qui ont été rendus publics, il y a deux jours, en Turquie  ; et l’indignation inter­na­tionale a été énorme, au point d’embarrasser des États tra­di­tion­nel­lement peu regardants.

Pour de nom­breux mili­tants des droits des Pales­ti­niens de toute l’Europe, ras­semblés jusqu’à dimanche à Istanbul (Turquie), à l’occasion du FSE, la bou­cherie sur le «  Mavi Marmara  » s’est déroulée dans le cadre d’une «  nou­velle donne  » qui doit être prise en compte. Selon José Luis Moraguès, repré­sentant de la Cam­pagne civile inter­na­tionale pour la pro­tection du peuple pales­tinien (Ccipp), «  sur fond de fin de l’hégémonie des États-​​Unis, les puis­sances régio­nales comme la Turquie et l’Iran prennent la parole. Ici, le pays change, et l’AKP mène une poli­tique étrangère exi­geante sur son auto­nomie et ses alliances avec dif­fé­rentes parties du monde  ».

Militant dans une petite orga­ni­sation marxiste-​​léniniste turque, Kar Bereket occupe le terrain en l’absence des mili­tants turcs de l’IHH au FSE, et appelle dans une même veine «  les forces démo­cra­tiques à apprécier l’action de la Turquie  », qui, «  en dépit de son alliance stra­té­gique avec les États-​​Unis et Israël, est en train de changer de position  ». Mais, au sein de ce FSE, cer­tains se montrent beaucoup plus scep­tiques sur la réalité du «  tournant  » dans la poli­tique exté­rieure turque. «  En fait, le gou­ver­nement néo­li­béral et conser­vateur utilise cette crise avec Israël pour conso­lider sa base élec­torale en interne, et il se fiche pas mal des Pales­ti­niens  », considère, par exemple, une fémi­niste turque.

Pré­sident du centre d’information alter­native de Jéru­salem, Michel War­chawski voit d’abord, lui, dans la crise causée par le crime de l’armée israé­lienne, «  un immense appel à tous les acteurs de la société civile  »  : «  Le prix payé ici est énorme, rappelle-​​t-​​il. Mais cela prouve que les ini­tia­tives des mou­ve­ments sociaux, de la société civile, peuvent bou­le­verser le monde. Même des États comme la Turquie, qui ont un compte à régler avec Israël, hésitent encore à prendre des sanc­tions, c’est tout le sens de la cam­pagne Boycott-​​Désinvestissement-​​Sanctions (BDS)… »