Après la Mecque : le tournant ?

Isabelle Avran - Pour la Palestine n°53, vendredi 17 août 2007

Diplomatie /

Voici un an, le Canada, les Etats-​​Unis puis l’Union euro­péenne, et fina­lement le Quar­tette pour le Proche-​​Orient, déci­daient de sanc­tionner le gou­ver­nement pales­tinien à l’issue des élec­tions légis­la­tives ayant porté le Hamas au pouvoir. Avec trois exi­gences pour y mettre un terme : la recon­nais­sance d’Israël, le respect des accords signés et la renon­ciation à la vio­lence, sans aucune exi­gence de réci­procité à l’égard de la puis­sance occu­pante israé­lienne. Un an plus tard, Fatah et Hamas sont par­venus à La Mecque à un accord de gou­ver­nement national et le Sommet de Riyad relance l’initiative de paix de Bey­routh de 2002. La com­mu­nauté inter­na­tionale saura-​​t-​​elle saisir la balle au bond à la fois pour lever les sanc­tions iniques imposées aux ins­ti­tu­tions et au peuple pales­tinien et pour imposer la reprise de négo­cia­tions cette fois fondées sur le droit ?

C’est ensemble que les 22 Etats arabes -à l’exception de la seule Libye-​​ ont réaf­firmé, lors du Sommet de Riyad des 28 et 29 mars, leur atta­chement au plan de paix global adopté à Bey­routh en 2002 et de nouveau proposé à Israël. Ce plan est simple : il propose la nor­ma­li­sation des rela­tions des Etats arabes avec Tel-​​Aviv en échange d’un retrait israélien de tous les ter­ri­toires arabes occupés depuis 1967 incluant Jérusalem-​​Est, de la création d’un Etat pales­tinien dans les fron­tières de 1967 et d’une solution juste et négociée au pro­blème des réfugiés pales­ti­niens sur la base du droit inter­na­tional. Cette ini­tiative, fruit d’une intense activité diplo­ma­tique de l’Arabie saoudite dans la der­nière période, a-​​t-​​elle quelque chance de succès ? Alors que le gou­ver­nement d’union nationale pales­tinien s’est mis en place à l’issue de l’accord conclu le 8 février à La Mecque entre le Fatah du pré­sident Mahmoud Abbas et le Hamas du Premier ministre Ismail Haniyeh, la relance d’une négo­ciation fondée sur le droit dépendra pour une grande part de la déter­mi­nation de la com­mu­nauté internationale.

L’engagement de Riyad

De toute évidence, l’Arabie saoudite s’inquiète. Dans l’Irak voisin, l’occupation américano-​​britannique et la guerre se pour­suivent en dépit des résultats des der­nières élec­tions amé­ri­caines. George W. Bush, qui termine son second -et dernier-​​ mandat, annonce même l’hypothèse d’un recours au veto contre toute volonté du Congrès, pourtant clai­rement et majo­ri­tai­rement exprimée, de fixer un calen­drier au retrait des troupes amé­ri­caines du pays. Dans un entretien au Monde le 23 mars, Zbi­gniew Brze­zinski, ancien conseiller diplo­ma­tique de Jimmy Carter, en précise les trois enjeux : « D’abord, il est très important pour le Congrès de faire passer au pré­sident le message qu’une guerre qui n’est plus une guerre d’intérêt national, mais une guerre d’arrogance pré­si­den­tielle, ne peut pas se pro­longer indé­fi­niment. Le deuxième point est que si l’on permet à la guerre de se pro­longer indé­fi­niment, elle va pro­ba­blement prendre de l’ampleur et pourrait même dégé­nérer, à la faveur de pos­sibles inci­dents avec les Ira­niens, en une guerre régionale plus large. L’Amérique pourrait être entraînée dans un conflit en Iran, en Irak, en Afgha­nistan et au Pakistan, au même moment. Troi­siè­mement, il est important de faire savoir au reste du monde que le Congrès des Etats-​​Unis ne sou­tiendra plus le recours uni­la­téral à la force à moins, bien sûr, qu’une menace immi­nente pèse sur la sécurité nationale. »

Or, la guerre en Irak qui se pro­longe depuis 2003, outre les condi­tions tra­giques qu’elle impose à la popu­lation, encourage les anta­go­nismes confes­sionnels, sin­gu­liè­rement entre chi’ites et sun­nites, ce dont s’alarme le régime wah­habite. D’autant que de telles ten­sions ne sont pas sans pro­lon­ge­ments dans toute la région, évidemment jusqu’au Liban. Dans ce contexte, non seulement l’Iran s’affirme comme une puis­sance régionale, mais en outre son impa­tience à mettre en oeuvre son pro­gramme d’enrichissement d’uranium, fût-​​ce, dans l’état actuel de ses moyens tech­no­lo­giques, dans un objectif d’abord civil, nourrit à son encontre les som­ma­tions bel­li­cistes d’Israël, seule puis­sance nucléaire de la région aujourd’hui, mais également celles d’une partie de l’administration et des néo-​​conservateurs amé­ri­cains. Après les sanc­tions écono­miques adoptées contre Téhéran, et quels que soient les débats poli­tiques et stra­té­giques actuels en Iran, quelle sera l’étape sui­vante ? Riyad prend en tout cas très au sérieux les menaces de frappes contre les ins­tal­la­tions ira­niennes et les risques de défla­gration régionale à laquelle le régime saoudien pourrait ne pas sur­vivre. Aussi, en dépit de ses liens poli­tiques pri­vi­légiés avec Washington, n’a-t-il pas hésité à condamner « l’occupation étrangère illé­gitime » de l’Irak, sus­citant les molles pro­tes­ta­tions de son allié amé­ricain, et le roi a décliné l’invitation à se rendre aux Etats-​​Unis mi-​​avril. Il n’est pas plus anodin que le Sommet de mars ait mis à l’ordre du jour la question essen­tielle de la dénu­cléa­ri­sation de toute la région, consi­dérant comme « dan­ge­reuse et des­truc­trice  » la « course à l’armement nucléaire ».

Aussi bien l’Arabie saoudite a-​​t-​​elle décidé de s’engager sur les dos­siers irakien, iranien, libanais, et surtout israé­lo­pa­les­tinien. Avec un constat : celui de la cen­tralité du conflit israélo-​​palestinien. Riyad s’inquiète de la radi­ca­li­sation poli­tique de la scène pales­ti­nienne face à l’absence de toute pers­pective poli­tique, après qua­rante ans d’occupation -cette année-​​ de la Cis­jor­danie et de la bande de Gaza, après le refus israélien de mener le pro­cessus d’Oslo à son terme - l’établissement d’un Etat pales­tinien indé­pendant dans les fron­tières de 1967 et une négo­ciation sur les moda­lités d’application du droit international-​​ et le refus réitéré de Tel-​​ Aviv de toute négo­ciation avec la partie pales­ti­nienne. L’asphyxie écono­mique imposée à l’Autorité nationale pales­ti­nienne et son iso­lement par une com­mu­nauté inter­na­tionale satis­faite, à l’inverse, de l’impunité où elle laisse Israël, non seulement menacent l’ANP d’effondrement mais de plus ont contraint les forces de résis­tance et de gou­ver­nement à des allé­geances finan­cières régio­nales aux consé­quences poli­tiques qui ne sau­raient réjouir le régime saoudien. La décision saou­dienne d’accueillir Fatah et Hamas à La Mecque, avec tout le poids sym­bo­lique de la ville sainte, pour négocier l’accord de gou­ver­nement fina­lement conclu le 8 février, s’inscrit dans ce contexte.

L’engagement palestinien

De fait, l’accord signé à La Mecque repré­sente un tournant. Fondé sur le document des pri­son­niers poli­tiques pales­ti­niens (voir les pré­cé­dents numéros de PLP), il met d’abord offi­ciel­lement un terme à plu­sieurs mois d’affrontements armés et meur­triers entre orga­ni­sa­tions se reven­di­quant du Fatah et du Hamas. La pré­si­dence et le gou­ver­nement ont l’un et l’autre cherché à éviter le dérapage vers la guerre civile, tandis que spon­ta­nément, ou à l’appel d’organisations, notamment d’étudiants, la société a su se mobi­liser à plu­sieurs reprises pour exiger la fin des combats inter-​​palestiniens et de la vio­lence. Ins­tallant une union de gou­ver­nement entre Fatah et Hamas, sou­haitée de longue date par Marwan Bar­ghouti qui, de sa prison, a réussi à y oeuvrer, l’accord consacre en même temps la bipo­la­ri­sation poli­tique autour de ces deux forces prin­ci­pales ; même si la com­po­sition du gou­ver­nement a permis d’intégrer plu­sieurs ministres indé­pen­dants, parmi les­quels le ministre des Finances, ancien du Fonds moné­taire inter­na­tional… Sur la scène pales­ti­nienne, la mise en place de ce gou­ver­nement met aussi un terme au conflit de légi­timité entre une pré­si­dence et un gou­ver­nement tous deux issus des résultats des urnes. Paral­lè­lement, envi­sa­geant l’intégration pos­sible du mou­vement de la résis­tance isla­mique Hamas au sein de l’Organisation de libé­ration de la Palestine, l’accord ouvre aussi la voie à une restruc­tu­ration à la fois de l’OLP, repré­sen­tante des Pales­ti­niens de l’intérieur et de l’extérieur, et de ses rap­ports avec l’Autorité nationale. Mais aussi, ou peut-​​être surtout, il s’agissait de tout faire pour mettre un terme aux sanc­tions écono­miques imposées aux ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes. Le Quar­tette pour le Proche-​​Orient (Etats-​​Unis, Union euro­péenne, Russie, Nations unies) les infligent depuis un an et sou­mettent leur levée à trois condi­tions : la recon­nais­sance d’Israël, le respect des accords signés et la renon­ciation à la vio­lence, sans aucune exi­gence de réci­procité à l’égard de la puis­sance occu­pante israé­lienne. Compte tenu des condi­tions de l’occupation, de la mul­ti­plicité des bar­rages qui entravent toute cir­cu­lation à l’intérieur de la Palestine occupée, du blocus de la bande de Gaza et du vol par Israël des taxes dues à l’ANP, la majorité de la popu­lation vit aujourd’hui sous le seuil de pau­vreté. Tandis que les ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes, embryon de l’Etat à naître et dont l’Union euro­péenne exi­geait pourtant jusque là le fonc­tion­nement démo­cra­tique, sont menacées d’implosion. L’accord conclu à La Mecque repré­sente une évolution idéo­lo­gique et stra­té­gique majeure du Hamas (voir l’article de Claire Mou­cha­rafieh page 14). Il attribue à l’OLP le rôle de négo­cia­trice avec Israël pour par­venir à l’édification d’un Etat pales­tinien dans les fron­tières de 1967, et annonce que le gou­ver­nement en tant que tel res­pectera les accords conclus avec Israël, enté­rinant de ce fait la conti­nuité consti­tu­tion­nelle pales­ti­nienne. Le Hamas s’engage aussi à pour­suivre une trêve d’ores et déjà violée par Israël… C’est également unie que la délé­gation pales­ti­nienne a par­ticipé au sommet de Riyad, contrastant avec les deux délé­ga­tions liba­naises, l’une fidèle au pré­sident et la seconde au premier ministre. Et c’est unie qu’elle a plei­nement souscrit au plan de paix arabe.

Ehud Olmert entre refus et diversions

Pour le gou­ver­nement israélien, c’est non. Non, d’abord, à toute négo­ciation avec la partie pales­ti­nienne. La stra­tégie israé­lienne d’unilatéralisme n’est pas neuve, qui se poursuit depuis Camp David aussi bien vis-​​à-​​vis de Yasser Arafat que de Mahmoud Abbas puis, depuis un an, au pré­texte du scrutin pales­tinien. Alors qu’Ehud Olmert subit depuis l’échec de la guerre au Liban une impo­pu­larité crois­sante et inégalée, la fuite en avant natio­na­liste résume sa poli­tique. L’ouverture acceptée par le Hamas demeure insa­tis­fai­sante pour Israël qui reven­dique non seulement du gou­ver­nement mais aussi du Hamas en tant que tel non pas seulement la recon­nais­sance de son exis­tence comme état de fait, mais de son droit à l’existence, indé­pen­damment de l’Histoire, sin­gu­liè­rement celle de l’expulsion. Une stra­tégie au profit d’un objectif : la non-​​reconnaissance de l’Etat pales­tinien dans les fron­tières de 1967 et l’annexion d’une part sub­stan­tielle de la Cis­jor­danie. Mul­ti­pliant les tournées diplo­ma­tiques dans la région, Condo­leezza Rice réfute elle aussi toute recon­nais­sance du gou­ver­nement pales­tinien. C’est dans ce contexte que Mahmoud Abbas a refusé réso­lument toute ins­ti­tution d’un micro-​​Etat pro­vi­soire sur une partie du ter­ri­toire pales­tinien, en dépit des pres­sions américaines.

Non, ensuite, au plan de paix arabe. En 2002, alors que l’offensive « Rem­parts » avait détruit une partie des villes et des camps pales­ti­niens, le refus était caté­go­rique. Cette fois, alors que la com­mu­nauté inter­na­tionale a salué l’initiative de Riyad, le gou­ver­nement israélien tente la diversion. Les Etats-​​Unis avancent l’hypothèse d’une ren­contre entre Israël et les Etats arabes qua­lifiés de « modérés » : l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Jor­danie et les Emirats arabes unis. Le 31 mars, Ehud Olmert s’est déclaré dis­po­nible pour des entre­tiens avec les diri­geants arabes. Mais à la condition qu’ils renoncent à toute exi­gence de res­ti­tution des ter­ri­toires occupés depuis 1967, en par­ti­culier de Jérusalem-​​Est, et à toute négo­ciation concernant le sort des réfugiés. La logique demeure celle de Camp David : que les parties pales­ti­nienne et arabe renoncent d’abord au droit inter­na­tional pour négocier ensuite sur ce qu’Israël se dit prêt à « concéder », tandis que la partie pales­ti­nienne, à l’inverse, réclame de négocier les moda­lités d’application du droit international.

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La proposition arabe de paix. Olmert répond : “Je ne comprends pas l’arabe”.

C’est dans cette pers­pective que l’on peut lire l’ouverture de Nancy Pelosi, qui est à la tête du congrès amé­ricain, en direction de Damas, au grand dam affiché de George W. Bush. On se sou­vient que Nancy Pelosi a réitéré son exi­gence que les Etats-​​Unis « ne sacri­fient pas Israël » au profit des Etats arabes. On se sou­vient aussi qu’en 1999, le nouveau Premier ministre israélien, Ehud Barak -qui, au sein du parti tra­vailliste, s’était pré­cé­demment illustré par son oppo­sition à la signature des accords d’Oslo- avait entamé son mandat par deux actes sym­bo­liques : le premier avait consisté à rendre visite à des colons pour leur pro­mettre de ne jamais res­tituer aux Pales­ti­niens les terres confis­quées, le second avait consisté à aban­donner la négo­ciation de fait avec la partie pales­ti­nienne pour l’ouvrir avec Damas. Sans suite, Israël refusant la res­ti­tution du Golan syrien. Mais l’hypothèse de paix séparées isolant la partie pales­ti­nienne était à l’ordre du jour. La pro­po­sition israé­lienne transmise à Bachar al-​​Assad par Nancy Pelosi s’inscrit dans la même logique. A ceci près que les Etats arabes ont démontré lors du sommet de mars, sinon leur déter­mi­nation à agir concrè­tement pour l’aboutissement de leur plan, du moins leur intel­li­gence de la situation : sans solution au conflit israé­lo­pa­les­tinien, la région demeure en prise à des ten­sions qui menacent la pérennité des régimes et, sans négo­ciation fondée sur le droit, aucune solution de paix ne peut émerger.

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Après la consti­tution d’un gou­ver­nement d’union nationale, un res­pon­sable pales­tinien décline le pro­gramme du

Atermoiements européens, timides avancées françaises

L’Europe saura-​​t-​​elle enfin prendre ses dis­tances avec l’administration amé­ri­caine et son soutien incon­di­tionnel à la poli­tique israé­lienne ? Saura-​​t-​​elle enfin lever les sanc­tions inéqui­tables à l’encontre de l’Autorité nationale pales­ti­nienne  ? Se vantant de sou­tenir le pré­sident pales­tinien et lui seul, au mépris de la démo­cratie, elle n’a pourtant rien fait pour imposer à Israël le moindre respect des accords signés, du droit inter­na­tional et des droits humains élémen­taires, ni la moindre négo­ciation poli­tique. L’Europe pourtant mesure elle aussi les risques huma­ni­taires et poli­tiques de sa propre stra­tégie. Sur la base d’un constat ana­logue et en quête d’un rôle inter­na­tional reconnu, la Russie a de nouveau reçu à Moscou, après l’accord de La Mecque, le diri­geant pales­tinien du Hamas exilé à Damas, Khaled Mecha’al. La Norvège -qui n’est pas membre de l’Union- a brisé la pre­mière l’isolement diplo­ma­tique du gou­ver­nement pales­tinien et de ses ministres issus du Hamas. Le diplomate Raymond Johansen a ainsi ren­contré à Gaza le 26 mars le Premier ministre Ismail Haniyeh. Pour la Norvège, où avaient été négociés en secret les accords d’Oslo, il est temps d’encourager le Hamas à l’issue des évolu­tions accom­plies et de retrouver la voie de la raison et de la négo­ciation. Et Javier Solana de pré­ciser à propos des membres du gou­ver­nement pales­tinien : « Ce qu’ils font est plus important que ce qu’ils disent. »

La France, de son côté, continue de par­ti­ciper au boycott écono­mique et diplo­ma­tique de l’Autorité pales­ti­nienne. Paris avait cependant été à l’origine du méca­nisme com­plexe d’envoi de fonds en Palestine en contournant les ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes pour éviter la crise huma­ni­taire totale. L’accord pales­tinien comme celui de La Mecque ont cependant infléchi la position fran­çaise [1], au point que Phi­lippe Douste-​​Blazy, ministre des Affaires étran­gères, a pu saluer « l’engagement du futur gou­ver­nement à res­pecter les accords conclus par l’OLP et la légalité internationale ».

Pour Paris, l’accord de la Mecque « constitue un pas dans la bonne direction vers la pleine adhésion aux prin­cipes du Quartet. » Lors d’un point de presse le 2 avril, Phi­lippe Douste-​​Blazy pré­cisait  : « La signature de l’accord de La Mecque cor­respond pour nous à un premier pas, à des déve­lop­pe­ments positifs que la com­mu­nauté inter­na­tionale doit accom­pagner et encou­rager. Il en est ainsi notamment de l’engagement du gou­ver­nement pales­tinien à res­pecter les accords conclus par l’OLP et la légalité inter­na­tionale et, par ailleurs, de l’appel à l’édification d’un Etat pales­tinien dans les fron­tières de 1967. Enfin, il en est de même de l’engagement du nouveau gou­ver­nement envers l’initiative arabe de paix de Bey­routh, telle que celle-​​ci a été réitérée, lors du Sommet arabe de Riyad, les 28 et 29 mars dernier. Mais la paix se fait à deux et Israël doit res­pecter le droit inter­na­tional et les enga­ge­ments sous­crits sous la forme de la Feuille de route. Le gel de la colo­ni­sation, le respect du statu quo à Jéru­salem, le déman­tè­lement des parties de la bar­rière de sécurité (sic) situées à l’intérieur des Ter­ri­toires pales­ti­niens sont des éléments essen­tiels pour par­venir à la solution de deux Etats vivant côte à côte dans la paix et dans la sécurité, et pour créer un climat propice à la relance du pro­cessus de paix. (…) La réité­ration de l’initiative arabe de paix de Bey­routh, par le Sommet de la Ligue arabe, constitue, de ce point de vue également, un nouveau momentum, une main tendue des Arabes en direction d’Israël. (…) Je suis sûr qu’Israël y répondra de manière positive. » Pour Paris, « l’accord conclu à La Mecque sous médiation saou­dienne (…) pré­sente un double mérite : d’abord, il crée les condi­tions pour une ces­sation durable des affron­te­ments entre Pales­ti­niens. Leur pour­suite ris­querait d’ailleurs d’engendrer une situation de chaos qui ne serait dans l’intérêt de per­sonne, y compris Israël ; ensuite, avec l’engagement du futur gou­ver­nement à res­pecter les accords conclus par l’OLP et la légalité inter­na­tionale, cet accord engage un pro­cessus qui devra conduire à la pleine recon­nais­sance d’Israël par toutes les fac­tions pales­ti­niennes, le Hamas en premier lieu. »

Lors de la visite de Mahmoud Abbas en France le 24 février, la troi­sième du pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne depuis son accession à la pré­si­dence de l’Autorité pales­ti­nienne en janvier 2005, Phi­lippe Douste-​​Blazy a affirmé que « la for­mation de ce gou­ver­nement d’union nationale conduira natu­rel­lement la com­mu­nauté inter­na­tionale à se montrer par­ti­cu­liè­rement exi­geante vis-​​à-​​vis des auto­rités pales­ti­niennes pour lutter contre les groupes ter­ro­ristes et faire cesser toutes les formes de vio­lence contre Israël et ses citoyens » et en il a appelé à « la libé­ration de notre com­pa­triote (sic), le caporal Gilad Shalit ». Il a assuré cependant que « si ce gou­ver­nement est formé sur la base de la pla­te­forme de La Mecque (…) la France sera dis­posée à coopérer avec lui et (…) notre pays plaidera en ce sens également au sein de l’Union euro­péenne et auprès des autres par­te­naires de la com­mu­nauté internationale. »

Du 1er au 3 avril, Ziyad Abou Amr, ministre pales­tinien des Affaires étran­gères, effec­tuait à son tour une visite en France, avant d’être annoncé le 11 avril, à Bruxelles, où il devait être reçu par Mme Ferrero -Waldner. Phi­lippe Douste-​​ Blazy s’est dit à cette occasion « per­suadé aujourd’hui qu’il faut tota­lement sou­tenir les efforts de Mahmoud Abbas et donc le gou­ver­nement d’union nationale  », plaidant pour un retour pro­gressif « de l’aide au ministère des Finances des Ter­ri­toires pales­ti­niens, sous réserve que le gou­ver­nement d’union nationale soit au rendez-​​vous des enga­ge­ments pris. » Dans l’immédiat, Paris ne sou­haite pas nouer de rela­tions diplo­ma­tiques avec des ministres issus du Hamas. Mais chacun sent bien que le statu quo n’est pas tenable.

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© Cummings, Winnipeg Free Press

Après l’accord de La Mecque et le sommet de Riyad, la voie est ouverte pour la reprise d’une aide écono­mique aux ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes, ce qui dépend exclu­si­vement de choix poli­tiques de la com­mu­nauté inter­na­tionale, et pour la réou­verture de négo­cia­tions fondées sur le droit, qui dépendent, elles, de l’engagement de cette même com­mu­nauté à y contraindre enfin les diri­geants de Tel-​​ Aviv.

[1] Voir l’intégralité des décla­ra­tions, notamment celles, citées ci-​​​​après, de Phi­lippe Douste-​​​​Blazy, sur le site du ministère français des Affaires étran­gères : http://​www​.diplo​matie​.gouv​.fr/fr/