Après l’attentat de Jérusalem, Gaza s’attend à de nouveaux raids

Mehdi Fedouach, samedi 8 mars 2008

Les habi­tants de Gaza, déjà confrontés à des raids israé­liens depuis dix jours, atten­daient ven­dredi avec fata­lisme de nou­velles attaques de l’armée israé­lienne après un attentat meur­trier à Jéru­salem reven­diqué par le Hamas, maître du ter­ri­toire palestinien.

Jeudi soir, après l’annonce de l’attentat qui a coûté la vie à huit élèves d’un sémi­naire tal­mu­dique fusillés par un Pales­tinien, les rues de Gaza ont vu des cen­taines d’enfants et d’adultes tenant à bout de bras des dra­peaux du Hamas et du Jihad isla­mique mani­fester leur joie en scandant des slogans à la gloire de la « résis­tance », au milieu des tirs d’armes automatiques.

« Regardez comment on vit, pas de courant, pas de réels soins de santé et pas d’économie. Alors, la ven­geance des Israé­liens n’est qu’une routine pour nous », lance Abou Bilal, un com­merçant de 50 ans. Et de s’exclamer, en pointant du doigt son fils de cinq ans : « Ce matin, après avoir joué dehors avec ses copains, il m’a choqué en venant me demander de lui donner une arme pour tirer, lui aussi, sur les juifs. Vous trouvez que ce sont des mots pour un enfant ! ».

Plus de 130 Pales­ti­niens, des acti­vistes mais aussi des femmes et des enfants, ont été tués dans la bande de Gaza depuis le 27 février dans des raids israé­liens menés en repré­sailles à des tirs de roquettes palestiniennes.

Un blocus israélien, qui a entraîné une sérieuse dégra­dation de la situation huma­ni­taire, est en vigueur depuis 17 janvier.

Plus loin sur un trottoir, deux hommes armés du Hamas ne déco­lèrent pas : « la com­mu­nauté inter­na­tionale, et même des pays arabes, ont condamné cette attaque à Jéru­salem (…) alors qu’ils ont tardé pour nos 130 morts de la semaine der­nière. Et même Mahmoud Abbas (le pré­sident pales­tinien) s’élève contre cette opé­ration ! » de Jéru­salem, pro­teste l’un d’eux.

« Nous ne faisons que nous défendre face aux attaques quo­ti­diennes des Israé­liens », poursuit-​​il. « Eux tuent nos enfants et on devrait rester là sans réagir ? Nous n’avons pas peur, contrai­rement à eux, et sommes prêts à mourir pour défendre notre terre. Chaque Pales­tinien prie Allah pour tomber en martyr ».

Sous une tente impro­visée en res­taurant, Mou­khtar, 70 ans, est assis sur le rebord d’une table devant ses six fils : « A force de vivre dans la peur en per­ma­nence », on perd l’appétit, assure-​​t-​​il.

L’un de ses fils, Rami, se lève de sa chaise : « les Pales­ti­niens aiment la France de Chirac, mais entendre Sarkozy dénoncer l’attentat de Jéru­salem sans avoir fait la même chose pour nos cen­taines de morts en quatre jours, c’est fou. Nous sommes seuls face à nos pro­blèmes et tout le monde se lave les mains de notre quotidien ».

« On veut seulement vivre avec dignité et ne pas attendre que les Israé­liens nous ouvrent de temps en temps la fron­tière pour laisser entrer un peu de nour­riture », dit Rami.

Il est soudain inter­rompu par l’arrivée d’une femme voilée à l’entrée de la tente : « Pouvez-​​vous m’aider pour donner à manger à mes enfants », supplie-​​t-​​elle, la main tendue.