Anatomie d’une attaque israélienne contre l’Iran

David Moon, samedi 3 juillet 2010

Un article publié sur le site internet Asia times online relate en détails une attaque aérienne d’Israël contre l’Iran. Extraits

Etant donné le statut quo régional comment l’IAF (Israeli Air force) pourrait frapper l’Iran sans que son approche ne soit détectée ou au moins non reconnue au retour si la décision est prise à Jéru­salem que la menace exis­ten­tielle posée par le progrès du nucléaire iranien ne peut plus être tolérée sur le plan sécuritaire ?

Bien que la coor­di­nation des logis­tiques et les tac­tiques d’une telle mission longue dis­tance - 1600 KM - directe de Tel Aviv jusqu’à la cen­trale d’enrichissement d’uranium de Natanz - soit redou­table, les réa­lités stra­té­giques ou poli­tiques doivent être définies avant d‘entreprendre quoi que ce soit.

Le survol de l’Irak pour atteindre direc­tement l’Iran est hors de question. Une telle voie créerait des fric­tions avec les US qui sont res­pon­sables de la sou­ve­raineté aérienne de l’Irak, et le pro­chain gou­ver­nement irakien sera sur­ement de com­po­sition fragile. On peut affirmer que les US consi­dèrent la sta­bilité de l’Irak bien plus impor­tante pour leurs intérêts que des appar­te­ments à Jéru­salem Est, donc la ligne droite pour Israël par survol de l’Irak serait un prix trop cher à payer pour Israël.

L’itinéraire pos­sible pour aller en Iran, démarrant au cré­puscule dans la nuit noire d’une nou­velle lune, c’’est de faire un grand cercle autour de l’Iran. Seule une pla­ni­fi­cation pru­dente faite avec un minutage et une exé­cution précise per­mettra de réussir. Pour cet iti­né­raire, pra­ti­quement tous les atouts pos­sibles de logis­tiques et de sou­tiens de l’AIF seraient utilisés.

Pour tout bom­bardier F-​​151 et F-​​161 le premier soutien serait médi­ter­ranéen à proximité d’une ville syrienne de Latakin, où jusqu’à 3 KC-​​707 (tankers aériens) seront sta­tionnés là pour assurer en vol le ravi­taillement du groupe d’attaque. Cet appro­vi­sion­nement en car­burant est abso­lument néces­saire pour les F-​​161 dont les capa­cités de vol sont de 1780 KM. Réap­pro­vi­sionner les F-​​151 (capacité de 4425 KM) est sou­hai­table mais pas néces­saire sauf si les ren­sei­gne­ments sug­gèrent des cibles au-​​delà de l’est iranien.

Pour contourner l’espace aérien turc et la capacité de l’armée turque à lancer l’alerte entendue dans tout l’OTAN le groupe d’attaque doit voler à basse altitude dans le nord de la Syrie accom­pagné de deux paires de Golf­stream G-​​550 l’une des deux servant de NCCT (network -centric col­la­bo­rative tar­geting ) et l’autre uti­lisant la tech­no­logie Senior Suter . Le G-​​550 est un petit avion qui peut accom­pagner sur la dis­tance et à la même vitesse le groupe d’attaque aller retour sans avoir besoin de se réap­pro­vi­sionner en car­burant - donc capable de relever le défi.

Le NCCT des avions détecte les radars de défense anti aérienne. Le Suter émet un rayon contenant ce que l’on appelle dans le jargon infor­ma­tique « un ver « dans ces radars capable de para­lyser la totalité d’un réseau de défense aérienne, si un tel réseau fonc­tionne sous contrôle centralisé.

Cette tech­no­logie dont l’US Air Force a été pion­nière et une partie du code appelé le pro­gramme « Big Safari » constitue quelque chose de grisant qu’on dit avoir fait des prouesses contre la Syrie lors de l’attaque sur le réacteur nucléaire (version israé­lienne ndlt) conçu par la Corée du Nord au Nord de la Syrie en Sep­tembre 2007. Le soutien des G-​​550 sera ins­tru­mental à chaque kilo­mètre de la mission.

De l’artillerie anti aérienne (AAA) non regroupée en réseau dans des états hos­tiles à Israël peut néces­siter des F-​​161 expé­ri­mentés et de vrais mis­siles AGM-​​88 anti radiation de haute vélocité pour la mission.

Ainsi le lan­cement le 11 Juin 2007 du satellite Ofek-​​7 une nou­velle appli­cation de haute tech­no­logie comme l’a noté Richard B Gas­parre, également une source sur les G -550 au service de l’IAF sur le site airforcetechnology-​​com, est un « … satellite de recon­nais­sance qui fournit aux spé­cia­listes des ren­sei­gne­ments israé­liens une capacité de car­to­graphie de sites et sys­tèmes d’une pré­cision sans pré­cédent ». Nul doute qu’Ofek-7 a contribué à la pla­ni­fi­cation de la mission d’attaque de l’IAF contre la Syrie.

On peut compter sur ces puis­sants outils pour per­mettre au groupe d’attaque d’esquiver de quelque 240 KM soit l’espace aérien irakien ou turc pour atteindre l’espace aérien iranien sans être détecté. La dis­tance en ligne directe de Latakin à Tabriz en Iran est de 988 KM. Le vol est plus court si les Israé­liens évitent la Turquie et coupe à travers le coin kurde.

A un point désigné au dessus du Nord de l’Iran, le groupe d’attaque se divise en vols Q et E. Le vol Q vole 560 Km en direction du Sud Est pour atteindre les sites d’enrichissement d’uranium connus de Qom (en construction) et Natanz (opé­ra­tionnel). Le vol E se dirige vers le site de déve­lop­pement de sto­ckage de gaz d’Esfahan et de l’installation du réacteur à l’eau lourde à Arak vers une direction plus au Sud à 774 KM.

Pendant tout ce temps les avions G-​​550 Suter et NCCT tra­vaillent en tandem et avec les F-​​161 sup­priment les radars et AAA tandis que les F-​​151 assurent une cou­verture contre toute menace d’attaque aérienne par les forces aériennes de l’Iran.

Le groupe d’attaque peut compter sur l’aide de mis­siles de croi­sière turbo Popeye lancés d’au moins un sous marin nucléaire dans la Mer Arabe contre des cibles en Iran afin de pro­téger les avions israé­liens, dégrader la réponse de l’ennemi et semer la confusion au sein de l’armée iranienne.

A un moment donné l’une des 3 pla­te­formes de l’US Air Force RC-​​135 Rivet Joint ELINT (ren­sei­gne­ments élec­tro­niques) dans la zone « verra » les radars de la défense aérienne ira­nienne et entendra une explosion de voix ira­niennes sur les ondes ouvertes et syn­thé­tisera rapi­dement ce qui se passe en Iran. Ces données col­lectées seront immé­dia­tement trans­mises via le Com­man­dement Central à Washington pour dis­sé­mi­nation comme l’exige le Conseil National de Sécurité, incluant le pré­sident US, Barack Obama.

7 heures aupa­ravant, au moins 3 KC-​​707 de l’IAF auront effectué 5600 KM autour de la Péninsule Arabe, pro­ba­blement peints comme des avions 707 de transport de fret com­mercial, tran­sitant dans l’espace aérien inter­na­tional vers un point de ren­contre au dessus de la partie nord du Golfe Per­sique. A cette grande dis­tance, chaque KC-​​707 va trans­porter seulement environ 85 000 lbs de car­burant pour réap­pro­vi­sionner les F-​​161 gour­mands par­courant 725 KM de Qom et 563 KM d’Esfahan.

Chaque F-​​151 néces­sitera au moins 5000 lbs de car­burant pour le dernier par­cours d’environ 1600 KM à travers le Nord de l’Arabie Saoudite puis retour à la base. Les Israé­liens doivent déter­miner la com­bi­naison de F-​​161 et de KC-​​707 engagés pour la mission.

Au dessus et au-​​delà du Golfe Per­sique, étant donné la pré­sence de l’US Navy et de pla­te­formes aériennes AWACS telles l’EC-2 Hawkeys et E-​​3 Sentry avec en parallèle des radars SPY-​​1 de croi­seurs de l’US Navy et de des­troyers, les Israé­liens ne peuvent pas du tout espérer que le réap­pro­vi­sion­nement des F-​​161 passera inaperçu. Au cours de cette évolution tout avion de l’IAF endommagé et inca­pable de rentrer à sa base peut plonger à proximité d’un navire de l’US Navy pouvant rai­son­na­blement compté être secouru.

Beaucoup de choses dépen­dront de ce que feront les US des infor­ma­tions dis­po­nibles. Obama choisira t-​​il d’informer de la situation le Conseil de Coopé­ration irakien et des alliés du Golfe ou bien dif­fé­rents radars US vont-​​ils sim­plement passer en « mode diag­nostic » comme si les opé­ra­teurs ne peuvent croire ce qu’ils voient ?

Si la décision d’Obama c’est de regarder et d’écouter, le groupe d’attaque peut essayer de rentrer à sa base à travers le Nord de l’Arabie Saoudite. Là les Saou­diens ont une décision à prendre. L’armée de l’air saou­dienne peut défendre l’espace aérien du royaume, essuyant éven­tuel­lement des pertes et en infli­geant, ou les Israé­liens peuvent parier sur un brouillage par les G-​​550 du système de défense aérienne du royaume qui fournira aux Saou­diens une excuse pour dire qu’ils ont été aveuglés par l’IAF et qu’il y a eu non -coopé­ration des US.

En volant au Nord, l’IAF recueille les béné­fices d’un moyen de nier plau­sible, une nécessité poli­tique pour les US et les états arabes alliés. Ces états peuvent hon­nê­tement dire qu’ils n’avaient eu à l’avance aucune connais­sance que des avions de l’IAF volaient vers l’Iran remplis à ras bord de mis­siles et de bombes.

Autre option dis­po­nible pour les Israé­liens c’est d’accroître les chances de l’IAF de voler via le Nord sans être détectés. Ce choix c’est de frapper le « Duché de Nas­rallah » - Hez­bollah sous Hassan Nas­rallah au Liban - pour créer une cou­verture et semer la confusion. Si l’IAF attaque l’Iran, on peut s’attendre à une volée de mis­siles non guidés du large inven­taire du Hez­bollah soutenu par l’Iran.

Le 18 Juin, le porte avion USS Henry S. Truman, et un groupe de navires d’accompagnement dont la frégate alle­mande Hessen en com­pagnie d’un navire israélien non iden­tifié ont rapi­dement transité par le Canal de Suez. Non seulement les Egyp­tiens ont fermé le Canal à tout trafic, tous les bateaux de pêche sont restés à quai tandis que l’armée égyp­tienne était alignée le long des berges du canal. Tous les éléments de cette tra­versée sont extraordinaires.

C’est évident que le Dépar­tement d’Etat et le Pentagone ont col­laboré étroi­tement avec un pays arabe(l’Egypte pour ne pas le citer ndlt) pour créer une voie rapide de transit non seulement pour les navires de l’US Navy et un navire allié de l’OTAN mais également pour un navire israélien.

Un élément de plus : l’IAF a lancé Ofek-​​9 leur satellite de recon­nais­sance amé­lioré le 22 Juin. Est-​​ce là une coïn­ci­dence ou une pro­gram­mation ordinaire ?