Alerte en Israël

Philippe Leymarie, mardi 2 juin 2009

« Turning point 3 » : c’est le nom donné à un exercice d’alerte pré­senté comme « sans pré­cédent », organisé en Israël du 31 mai au 4 juin.

Il s’agit de pré­parer la popu­lation à des attaques simul­tanées d’armes conven­tion­nelles, comme des roquettes tirées depuis le Sud-​​Liban ou Gaza, et des mis­siles en pro­ve­nance de Syrie ou d’Iran, éven­tuel­lement même por­teurs de charges chi­miques ou bac­té­rio­lo­giques, qui pour­raient être com­binées en outre à des attentats… et de tester la réac­tivité des citoyens, comme de l’armée, et des ser­vices de secours ou de pro­tection civile dans les grands centres urbains du pays.

Cette simu­lation inter­vient en parallèle avec des manœuvres de l’armée israé­lienne, pour tester ses capa­cités à se défendre contre d’éventuelles attaques aériennes ; et dans un contexte de tension crois­sante avec Téhéran – l’Etat hébreu ayant menacé de frapper la répu­blique isla­mique, qui ne cache pas elle-​​même ses ambi­tions nucléaires et son hos­tilité à Israël, et à l’existence même de cet Etat. Le tout à quelques jours du premier dépla­cement au Proche-​​Orient du nouveau pré­sident Barack Obama, dont les inten­tions au sujet du règlement de la crise pales­ti­nienne – deux Etats, gel des colo­ni­sa­tions - ont déjà pro­voqué un net refroi­dis­sement des rela­tions avec le gou­ver­nement israélien.

Scenarios catastrophes

Au troi­sième jour de l’exercice, mardi à 11 heures, les sirènes dans les lieux publics et dans les écoles invi­teront l’ensemble de la popu­lation à gagner les abris ou les zones pro­tégées. Les habi­tants du Golan sont censés le faire en 30 secondes. Ceux de Tel Aviv en 2 minutes, et ceux de Jéru­salem en 3 minutes. Ces der­niers jours, les sta­tions de radio-​​télévision publique et mili­taire ont appelé à vérifier les abris, en vertu du slogan : « Etre protégé, c’est être prêt ».

Le gou­ver­nement israélien doit simuler, en parallèle, des réunions du cabinet, au cours des­quelles les ministres s’exerceront à prendre des déci­sions d’urgence, adaptées à ces divers scé­narios catas­trophes, sur fond d’attaques « sur tous les fronts et par dif­fé­rents moyens », même s’il s’agit d’éventualités « hau­tement impro­bables », a précisé un porte-​​parole mili­taire. Cet exercice devra également per­mettre de tester la réponse de l’armée et des ser­vices de secours en cas de trem­blement de terre ou d’épidémies.

Un exercice de ce type est mené en fait chaque année à pareille époque, et qua­lifié chaque fois de « plus important depuis la création de l’Etat d’Israël » : la guerre au Sud-​​Liban en 2006, en même temps qu’elle avait mis en relief les fai­blesses de l’appareil mili­taire, avait permis de pointer le manque de coor­di­nation des orga­nismes de pro­tection civile. Un million de per­sonnes dans le nord d’Israël avaient vécu sous le feu des quatre mille roquettes tirées en quelques semaines depuis le ter­ri­toire libanais. A la suite de rap­ports très cri­tiques, une Autorité nationale des urgences avait été créée. « Metteur en scène de l’attentat » Retour à la table des matières

Lors du premier « Turning Point », en 2007, raconte le Progrès égyptien, « il y avait, dans le quartier de Ramat Gan, au milieu de voi­tures de pom­piers et d’ambulances fonçant dans tous les sens, un homme portant un méga­phone avec l’ ins­cription “Metteur en scène de l’attentat” sur son dos. Il y a là de fausses vic­times qui sont repoussées par les pom­piers, de faux jour­na­listes posant de vraies ques­tions, le tout dans le hulu­lement des sirènes d’alerte. Et à proximité, des douches pour décon­ta­miner blessés et sauveteurs ».

Outre le faux attentat de Ramat Gan, continue ce pério­dique égyptien, « le scé­nario avait prévu des tirs de mis­siles à ogive chi­mique en pro­ve­nance de Syrie sur Tel-​​Aviv, des tirs de roquettes pales­ti­niennes contre une cen­trale élec­trique à Ash­kelon, une chasse à l’homme contre un kamikaze, l’accueil de 5 000 vic­times dans les hôpitaux, et des émeutes sur l’esplanade des Mos­quées à Jérusalem-​​est. Le scé­nario visait aussi des mani­fes­ta­tions d’Arabes israé­liens à Jaffa (près de Tel-​​Aviv), des attaques de roquettes contre l’aéroport inter­na­tional Ben Gourion à Tel Aviv, une attaque de mis­siles conven­tionnels contre un hôpital de Haïfa (nord) et l’infiltration d’un drone du Hezbollah… ».

Voûte de fer

Une série de décla­ra­tions ces der­niers jours ont donné au « Turning Point 3 » un relief par­ti­culier. Le premier ministre israélien Ben­jamin Néta­nyahou : « Si Israël n’élimine pas la menace ira­nienne, per­sonne d’autre ne le fera ». Le chef d’état-major des forces israé­liennes de défense, le général Gabi Ash­kenazi : « Je me prépare à toutes les mesures pos­sibles contre l’Iran ». Le chef du Hez­bollah libanais, Hassan Nas­rallah : « Nous sommes prêt à faire face à une nou­velle guerre ».

En août 2008, le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak avait affirmé que son pays « serait désormais branché au système d’alerte anti-​​missile amé­ricain », Washington ayant promis de déployer sur le sol israélien des radars à longue portée réduisant signi­fi­ca­ti­vement les délais d’alerte. Mais le système Hetz (Arrow), pour contrer les mis­siles à longue portée, est encore en déve­lop­pement ; et le système baptisé « Voûte de fer » (Dome Iron), confié à la société israé­lienne Rafaël, pour la détection et la réplique face à des tirs de roquettes, ne sera pas opé­ra­tionnel non plus avant l’an pro­chain. Faute de mieux, les auto­rités israé­liennes sont contraintes de se rabattre, pour l’heure, sur l’antique système des sirènes : plu­sieurs cen­taines d’engins sup­plé­men­taires ont été ins­tallés depuis l’an dernier, pour rugir mardi à 11 heures…