Al-​​Walajeh, village palestinien grignoté par deux colonies juives

Karim Lebhour, samedi 21 novembre 2009

Le village pales­tinien d’Al-Walajeh est menacé par l’extension des colonies israé­liennes, à proximité immé­diate de Gilo, où le gou­ver­nement israélien a autorisé mardi 17 novembre la construction de 900 loge­ments supplémentaires

Trois rangées de bar­belés et un poste de garde pro­tègent l’accès de Har Gilo. Une for­te­resse posée au sommet d’une colline de Cis­jor­danie, entre Jéru­salem et Beit Jala, l’un des fau­bourgs de Bethléem, juste à côté de la colonie de Gilo, où le gou­ver­nement israélien a autorisé mardi 17 novembre la construction de 900 loge­ments sup­plé­men­taires, ce qui lui a valu des réac­tions inter­na­tio­nales indignées.

À l’intérieur, les engins de construction s’affairent autour de maisons de pierres blanches neuves. Au mois de sep­tembre, le ministre de la défense israélien, Ehoud Barak, a donné son feu vert pour la construction de 149 nou­velles habi­ta­tions, en pleine contro­verse sur le gel de la colo­ni­sation, arguant de la néces­saire « crois­sance natu­relle » de cette implan­tation juive. À terme, 238 nou­velles habi­ta­tions doivent voir le jour. Har Gilo, 462 habi­tants, pourrait alors doubler, voire tripler de taille.

Les maisons les plus récentes ne sont plus qu’à quelques dizaines de mètres de la bar­rière qui sépare la colonie du village pales­tinien d’Al-Walajeh, 2 100 habi­tants, construit à flanc de colline. « Les Israé­liens ont arrêté la construction d’une maison dans le village. Pour eux, elle était trop près de la colonie », peste Salah Kha­lifeh, le maire d’Al-Walajeh.

« Les terres vides ne manquent pas en Israël. Pourquoi construire sur nos terres ? » « Dans le village, 47 maisons sont sous le coup d’un ordre de démo­lition. Les Israé­liens disent qu’elles ont été construites sans permis. En revanche, eux, ils peuvent construire autant qu’ils le veulent. Les terres vides ne manquent pas en Israël. Pourquoi construire sur nos terres ? » s’emporte l’élu palestinien.

Har Gilo a été fondé sur l’emplacement d’une ancienne base mili­taire et de terres confis­quées dans les années quatre-​​vingt pour son extension.

Par le jeu d’un système com­plexe de zonage des terres, Al-​​Walajeh se situe désormais à cheval sur les fron­tières de la muni­ci­palité de Jéru­salem et en zone C, la partie de la Cis­jor­danie sous sou­ve­raineté israé­lienne, consi­dérée par la com­mu­nauté inter­na­tionale comme « ter­ri­toire occupé », mais que les auto­rités israé­liennes pré­fèrent désigner sous l’appellation de « ter­ri­toire disputé ».

De fait, quelle que soit l’orientation poli­tique du gou­ver­nement en place, les implan­ta­tions israé­liennes en Cis­jor­danie n’ont jamais cessé de se déve­lopper. Les colons étaient 116 000 en 1993, date de la signature des accords de paix d’Oslo.

285 000 Israé­liens vivent en Cis­jor­danie dans 121 implan­ta­tions On recense aujourd’hui 285 000 Israé­liens vivant en Cis­jor­danie dans 121 implan­ta­tions. En ajoutant Jérusalem-​​Est, le chiffre monte à 500 000. Un fait accompli sur lequel il sera pra­ti­quement impos­sible de revenir.

« Tous les gou­ver­ne­ments israé­liens ont à un moment ou un autre déclaré un gel de la colo­ni­sation, mais aucun ne l’a jamais res­pecté, constate Hagit Ofran, direc­trice de l’Observatoire de la colo­ni­sation pour l’organisation israé­lienne La Paix main­tenant. C’est le paradoxe israélien. »

« Une majorité d’Israéliens se dit prête à évacuer les colonies dans le cadre d’un accord de paix, mais ils jugent dans le même temps que la pour­suite de la construction n’est pas un pro­blème. Cela s’explique par l’idée ancrée en Israël que les Pales­ti­niens ne veulent pas la paix et qu’il n’y a aucune raison de leur faire des concessions. »

Le village d’Al- Walajeh, lui, ne cesse de se réduire. Avant la conquête israé­lienne de 1967, il s’étendait sur 700 hec­tares. Il n’en reste que 400.

Un nouveau projet immo­bilier israélien menace de le gri­gnoter encore un peu plus : Givat Yael, une implan­tation prévue pour 45 000 per­sonnes, qui l’entourera. Idéa­lement situé face à la gare fer­ro­viaire de Jérusalem-​​Ouest, le projet est en phase d’approbation par la muni­ci­palité de Jérusalem.

« Si je ne reste pas sur cette terre, les Israé­liens la pren­dront » « L’année der­nière, un colon a com­mencé à planter des oli­viers, comme si c’était sa terre », raconte Abdel Fattah Abed Rabbo, l’un des pro­prié­taires pales­ti­niens. « D’autres sont venus me pro­poser des dizaines de mil­lions de dollars pour leur vendre. Ma pré­sence les gêne », s’amuse-t-il.

Tous les jours, ce fermier pales­tinien de 48 ans fait le chemin du camp de réfugiés de Deisheh à Bethléem où vivent sa femme et ses 10 enfants pour entre­tenir et main­tenir une pré­sence sur les cinq hec­tares hérités de son grand-​​père.

« Si je ne reste pas sur cette terre, les Israé­liens la pren­dront », dit-​​il en réfé­rence à la loi des Absents, édictée après la création d’Israël, et selon laquelle le gou­ver­nement peut confisquer à son profit les biens dont les pro­prié­taires sont consi­dérés comme « absents ».

La police vient régu­liè­rement lui rap­peler que sa carte d’identité de Pales­tinien de Cis­jor­danie lui interdit de se trouver dans la juri­diction de Jéru­salem. Un ordre de démo­lition pèse sur la cabane amé­nagée sur son terrain. Il ne se fait pas d’illusions : « Si Givat Yael voit le jour, Al-​​Walajeh sera isolé et finira par mourir. »