Aider les Palestiniens

Le Monde, lundi 17 décembre 2007

Il est des vio­lences presque invi­sibles. L’étranglement écono­mique des ter­ri­toires pales­ti­niens par l’armée israé­lienne est de celles-​​là. Les check-​​points qui ont essaimé en Cis­jor­danie et le blocus imposé à la bande de Gaza au nom de la sécurité ont entraîné, depuis sept ans, une récession à nulle autre pareille.

Le can­ton­nement des entre­prises pales­ti­niennes dans de petites enclaves, ajouté à la fer­meture brutale du marché de l’emploi en Israël aux tra­vailleurs pales­ti­niens, a pro­pulsé l’Autorité pales­ti­nienne en pre­mière ligne, l’obligeant à mul­ti­plier le nombre des fonc­tion­naires pour éviter un dan­gereux contre-​​choc social. Parant au plus pressé, la com­mu­nauté inter­na­tionale a fait le choix de sou­tenir de plus en plus mas­si­vement les finances publiques pales­ti­niennes ; elle verse des salaires, direc­tement sur les comptes des fonc­tion­naires de l’Autorité, méthode la plus immé­diate de redistribution.

Ces choix dictés par les cir­cons­tances consti­tuent autant de contre-​​sens écono­miques. Ils ne peuvent être que des réponses de très court terme, en attendant qu’un pro­cessus poli­tique contribue à modifier en pro­fondeur la situation sur le terrain pour que les Pales­ti­niens, qui sont sans doute parmi les mieux formés de la région, puissent enfin vivre et se déplacer comme partout ailleurs dans le monde. L’intitulé volon­ta­riste de la confé­rence des dona­teurs pour l’Etat pales­tinien réunie à Paris le 17 décembre suggère que depuis la réunion d’Annapolis, le 27 novembre, un dia­logue israélo-​​palestinien a été renoué et que l’Etat pales­tinien est désormais à portée de main. La réalité oblige mal­heu­reu­sement à la cir­cons­pection. Un pro­cessus poli­tique va peut-​​être s’enclencher mais la situation des Pales­ti­niens risque de rester pour long­temps encore dictée par l’urgence. La plus grande partie des dons récoltés à Paris sera donc uti­lisée à boucler les fins de mois d’une Autorité pales­ti­nienne constamment menacée de ban­que­route. Concrè­tement, près d’un fonc­tion­naire pales­tinien sur deux sera payé par la com­mu­nauté inter­na­tionale, qui prend évidemment le risque de financer ainsi l’occupation israélienne.

Les dons ras­semblés à Paris vont conforter un triste record : les Pales­ti­niens sont, par habitant, le peuple le plus aidé de la terre, alors que leur niveau de vie, du fait des contraintes qui sont les leurs, ne cesse de baisser. La Banque mon­diale répète depuis des années, telle une litanie, que l’aide inter­na­tionale sans la liberté de mou­vement reste impuis­sante à relever l’économie pales­ti­nienne. Il convien­drait que les dona­teurs prennent conscience que les quêtes, même les plus pro­li­fiques, ne font pas une poli­tique. Et qu’Israël, qui a créé une des économies les plus dyna­miques de la région, com­prenne que sa sécurité ne sera pas assurée tant que la déses­pé­rance et la misère cam­peront à sa porte.