30 mars, Journée de la Terre : contre la dépossession des Palestiniens

AFPS, dimanche 29 mars 2009

Une conti­nuité de l’Histoire à laquelle il est temps de mettre un terme. C’était en 1976 sur les terres pales­ti­niennes de ce qui est devenu l’Etat d’Israël. En com­mé­morant les évène­ments du « Jour de la Terre » de ce 30 mars 1976, les Pales­ti­niens ne font pas seulement acte d’histoire. Ils disent aussi sa conti­nuité. Celle de la stra­tégie israé­lienne de confis­cation et d’annexion de leur terre. Et celle de la résis­tance palestinienne.

Après l’expulsion vio­lente et la dépos­session massive de 1948, les confis­ca­tions des terres de Pales­ti­niens ayant réussi à rester dans le ter­ri­toire devenu israélien se sont poursuivies.

Février 1976, le gou­ver­nement veut expro­prier plus de 2000 hec­tares surtout en Galilée. Les Pales­ti­niens d’Israël refusent et mani­festent le 30 mars. La répression est vio­lente : six morts pales­ti­niens. Depuis, le 30 mars est la Journée de la Terre.

Alors que les Pales­ti­niens d’Israël conti­nuent à subir une dis­cri­mi­nation mul­ti­forme la poli­tique d’accaparement de la terre de Palestine continue dans une logique israé­lienne à double facette : l’annexion, et la sépa­ration. C’est la colo­ni­sation de refou­lement orga­nisée depuis le début par le mou­vement sio­niste : un maximum de terres (et d’eau) avec un minimum de Palestiniens.

Jéru­salem et ses environs sont une cible pri­vi­légiée. Un rapport de diplo­mates euro­péens en date du 9 mars 2009, qui n’est tou­jours pas rendu public (comme le rapport de novembre 2005 ) par la diplo­matie euro­péenne offi­cielle, sou­ligne les grandes lignes et les dangers de cette poli­tique : confis­ca­tions des terres pour la construction de nou­velles colonies et l’extension de celles qui existent, comme pour la construction du mur d’annexion, démo­lition de 400 maisons depuis 2004, régime res­trictif de permis de rési­dence comme d’accès à la ville, pour­suite de la fer­meture des ins­ti­tu­tions palestiniennes…

Tout cela, rap­pelle le rapport, a des consé­quences huma­ni­taires, sociales, écono­miques, poli­tiques et reli­gieuses, affaiblit la com­mu­nauté pales­ti­nienne à Jérusalem-​​Est, en entrave le déve­lop­pement, sépare un peu plus la ville du reste de la Cis­jor­danie, par­achève son annexion… La construction de colonies dans et autour de Jérusalem-​​Est continue à un rythme rapide, contrai­rement aux obli­ga­tions du droit inter­na­tional et de la feuille de route, réaf­firmées à Anna­polis fin 2007. Depuis Anna­polis, 3.000 « unités d’habitations »ont été mises en chantier dans les colonies de Jérusalem-​​Est !

Sur un total d’environ 470.000 colons, tous illégaux, en Palestine occupée, 190.000 sont ins­tallés à Jérusalem-​​Est (colonies de Pisgat Ze’ev, Har Homa, Gilo… et jusqu’au sein des quar­tiers pales­ti­niens de la vieille ville) et 96.000 autour de la ville, notamment dans la grosse colonie de Ma’ale Adumim qui s’étend presque jusque Jéricho, coupant en deux la Cis­jor­danie. De nou­velles routes et le tramway illégal de Jérusalem-​​est construit par des entre­prises fran­çaises créent une conti­nuité ter­ri­to­riale entre ces colonies et Israël.

La vallée du Jourdain est aussi une cible pri­vi­légiée : colo­ni­sation, confis­ca­tions de terres, accès à l’eau impos­sible, des­truc­tions de maisons et res­tric­tions mili­taires dras­tiques qui y tuent peu à peu toute vie écono­mique et pro­voquent le départ forcé des Pales­ti­niens. C’est une véri­table annexion ram­pante de cette vallée, qui repré­sente 1/​3 de la Cis­jor­danie, sans pro­tes­tation ou sanction de la com­mu­nauté internationale !

En toute impunité les diri­geants israé­liens mettent en oeuvre la stra­tégie expli­citée par Dov Weis­glass, conseiller d’Ariel Sharon en 2005, au moment de l’évacuation des colons de Gaza et du redé­ploiement de l’armée israé­lienne autour de la bande de Gaza assiégée : plomber dans le « formol » toute négo­ciation pour annexer l’essentiel de la Cis­jor­danie réduite à des micro-​​enclaves encer­clées par les colonies, les routes des colons, le Mur, les 600 bar­rages mili­taires. Cet apar­theid ne peut être ignoré par les chan­cel­leries ! La sépa­ration entre la Cis­jor­danie et la bande de Gaza, tou­jours sous blocus après 22 jours de bom­bar­de­ments meur­triers et des­truc­teurs, par­ticipe de cette stratégie.

Le nouveau gou­ver­nement israélien veut inten­sifier cette poli­tique. Il allie le Likoud, le parti d’extrême droite d’Avigdor Lie­berman et le parti tra­vailliste d’Ehud Barak. Il prévoit notamment la construction de 3000 nou­velles habi­ta­tions colo­niales, bureaux et hôtels sur les terres dites « zone E1 » pour assurer la conti­nuité entre la colonie de Ma’ale Adumim et Jéru­salem et couper la Cis­jor­danie en deux.

Avigdor Lie­berman traduit crûment la vision des diri­geants israé­liens de sépa­ration des popu­la­tions. Il prône le transfert des Pales­ti­niens d’Israël et reven­dique une obli­gation de loyauté à l’Etat (à l’automne 2000, douze Pales­ti­niens d’Israël ont été tués lors de la répression d’une mani­fes­tation de soli­darité avec l’Intifada). Que le transfert ne soit pas à l’ordre du jour officiel n’empêche pas d’en ancrer le principe auprès d’une bonne partie de l’opinion israé­lienne juive. Le 24 mars 2009, moins d’une semaine avant la com­mé­mo­ration du « Jour de la Terre », des mani­fes­tants israé­liens d’extrême droite ont même été auto­risés à marcher vers Oum-​​el-​​Fahem, une ville pales­ti­nienne en Israël, comme une nou­velle pro­vo­cation. Des cen­taines de mani­fes­tants, Pales­ti­niens d’Israël et mili­tants de la gauche anti­co­lo­nia­liste, ont organisé ensemble une contre-​​manifestation.

Depuis 1976 la capacité de révolte des Pales­ti­niens est intacte devant les vio­la­tions de leurs droits et du droit inter­na­tional par Israël.

On ne peut plus auto­riser l’impunité d’Israël. La res­pon­sa­bilité de la France et celle de l’Europe sont en la matière engagées.