30 jours de prison pour un soldat israélien ayant refusé de servir dans les ter­ri­toires occupés

Younes Salameh, mercredi 24 juin 2009

Le journal israélien de centre gauche Haaretz rap­porte l’histoire de ce soldat, qui pour avoir refusé de servir dans les ter­ri­toires occupés, à été condamné à 30 jours de prison.

Dans le système israélien, les citoyens doivent effectuer trois ans de ser­vices mili­taires. Si ce dis­po­sitif permet un contrôle indé­niable des men­ta­lités, il n’empêche cependant pas l’expression de cer­tains dissidents.

Pour avoir refusé de par­ti­ciper à une opé­ration dans un village du nord de la Cis­jor­danie, un soldat de 19 ans a été envoyé en prison. Comme le révèle le journal israélien Haaretz, la sen­tence a été pro­noncée de manière dif­fé­rente : le soldat a été placé en prison non pas pour avoir refusé de servir en Cis­jor­danie, mais pour avoir refusé de s’acquitter de ses fonctions.

Le soldat a fait part de son refus auprès de son com­mandant après une opé­ration dans le village de Kifl Hares, le 26 mars dernier. Des témoi­gnages de cer­tains soldats et de pales­ti­niens témoins de l’opération avaient sou­ligné la mal­trai­tance dont avaient été vic­times les pri­son­niers pales­ti­niens. L’enquête de la police mili­taire est en cours. Ces enquêtes internes débouchent cependant très rarement sur des condam­na­tions pro­por­tion­nelles à la gravité des faits, quand condam­nation il y a.

Le soldat a d’abord fait part de sa décision ver­ba­lement puis dans une lettre à ses supé­rieurs que le journal Haaretz s’est procuré.

Le soldat dis­sident y décrit notamment comment ses col­lègues ont mal­traité les pales­ti­niens fait pri­son­niers, détruits des terres et har­celés des vil­la­geois aux bar­rages rou­tiers mis en place par les forces d’occupation :

« Leurs armes leur donne un sen­timent de contrôle et de pouvoir, c’est pourquoi ils se per­mettent d’humilier ceux qui passent les bar­rages rou­tiers pour leur causer des ennuis et passer le temps. »

« L’opinion domi­nante chez les soldats du bataillon Haruv est que les Arabes sont des animaux sau­vages qui doivent être détruits, non pas des humains… Ils ont la pos­si­bilité d’abuser ver­ba­lement et de battre des per­sonnes qui ne peuvent pas se pro­téger » écrit également le soldat condamné.

Il n’hésite pas non plus à s’en prendre direc­tement à sa hié­rarchie, accusant les offi­ciers d’être au courant du pro­blème mais de ne pas le traiter.

En dépit de sa lettre et de conver­sa­tions avec ses com­man­dants, le dis­sident n’a pas été jugé immé­dia­tement. Ce n’est qu’au retour de vacance, lorsque son unité prépare une nou­velle opé­ration dans le village de Cis­jor­danie qu’il refait part de son refus d’y participer.

Les soldats de la brigade Kfur ont été impliqués dans de nom­breux cas d’abus de pouvoir et de vio­lence à l’encontre des Pales­ti­niens. Faisant la majeure partie de leur service mili­taire dans les ter­ri­toires occupées, ils font partie des plus radicaux.

Pour avoir dénoncé de telles pra­tiques, le jeune soldat israélien passera 30 jours en prison. Quant à l’enquête interne, il paraît pour le moins impro­bable qu’elle débouche sur des condamnations…