25 - AFPS Besançon

AFPS Besançon, mercredi 19 décembre 2007

Ce projet est toujours en cours début 2010

Un projet de coopé­ration dans le domaine de l’eau : l’action de la ville de Besançon au camp d’Aqabat Jaber (dis­trict de Jéricho). Com­mission coopé­ration du groupe local de l’AFPS de Besançon

L’origine du projet

Le groupe local de Besançon de l’AFPS est à l’origine du projet de coopé­ration. Dès 2001 des rela­tions per­son­nelles s’établirent entre des membres du groupe local et des élus du Comité popu­laire du camp d’Aqabat Jaber.

Paral­lè­lement, le bureau du groupe local mul­tiplie les ren­contres avec le maire (Jean-​​Louis Fous­seret, PS), élu en 2001 à la tête d’une équipe renou­velée (socia­listes — majo­ri­taires —, alter­natifs, com­mu­nistes, radicaux de gauche et verts) ainsi qu’avec l’adjoint chargé de la coopé­ration décen­tra­lisée. Petit à petit l’idée d’une coopé­ration avec une ville pales­ti­nienne ou un camp fait son chemin.

En décembre 2004, une mission fut orga­nisée en Israël et en Palestine. Outre l’adjoint chargé de la coopé­ration décen­tra­lisée, elle com­prenait un repré­sentant de la Licra et deux de l’AFPS. Elle avait pour but d’initier des rela­tions avec le camp d’Aqabat Jaber et d’identifier des pos­si­bi­lités de coopé­ration. Elle devait aussi renouer des rela­tions avec la ville israé­lienne d’Hadera, jumelée avec Besançon depuis 1964, mais ce jumelage n’avait aucune exis­tence réelle. Cette reprise des rela­tions avec Hadera était l’exigence posée par le maire à la mise en place d’une coopé­ration (et non d’un jumelage) avec le camp d’Aqabat Jaber.

Dès cette pre­mière mission muni­cipale, la question de l’eau fut mise en avant par le Comité popu­laire du camp : insuf­fi­sance de l’eau dis­tribuée, cou­pures, vétusté du réseau… Il était évident que ce projet était d’une grande ampleur et que l’AFPS n’avait pas les moyens, ni humains, ni tech­niques, ni finan­ciers pour s’impliquer efficacement.

Même pour la ville de Besançon ce projet paraissait ambi­tieux et il lui fau­drait sans doute, après étude sérieuse du dossier, envi­sager de recourir à des partenariats.

L’importance de cette question de l’eau, déjà évoquée lors d’une mission de l’AFPS en 2003, fut confirmée lors de la visite à Besançon d’une délé­gation du Comité popu­laire du camp d’Aqabat Jaber en avril 2006. C’est également en 2006 que fut acté le principe d’une mission tech­nique pour évaluer les travaux néces­saires à un bon fonc­tion­nement du réseau d’adduction d’eau du camp. À l’origine, elle devait com­prendre plu­sieurs élus (adjoints et conseillers muni­cipaux chargés de la coopé­ration décen­tra­lisée et de l’eau — à Besançon, l’eau est en régie muni­cipale), des tech­ni­ciens du service des eaux de la ville et des ingé­nieurs de l’Association hydrau­lique sans fron­tières. Prévue en 2006, elle n’eut lieu qu’en janvier 2007 et com­prenait seulement un élu et deux ingé­nieurs d’HSF (ainsi qu’un membre de l’AFPS à titre personnel).

Un réseau de distribution peu performant

Les ingé­nieurs d’HSF firent le point sur les dif­fé­rents pro­blèmes du réseau. L’approvisionnement en eau a trois origines :

• L’eau de la source d’Al-Quilt, située à 14 kilo­mètres à l’ouest du camp, sur le versant oriental du plateau cis­jor­danien. Gra­tuite (jusqu’à 300 m3/​jour), cette eau est parfois impropre à la consom­mation (même après fil­tration) à cause de la tur­bidité (en par­ti­culier en hiver après les pluies) et de la pol­lution engendrée par les colonies israéliennes.

• L’eau vendue par la société israélienne Mekorot, quand elle le veut bien.

• L’eau vendue par la ville de Jericho.

La distribution de l’eau.

Le réseau, qui date du début des années 1980, est assez hété­rogène : 85 % du réseau est en acier, de qualité variable. Les conduites sont géné­ra­lement enterrées, mais 15 % du réseau est en plas­tique, et le plus souvent à l’air libre. Les bran­che­ments sont majo­ri­tai­rement dotés de comp­teurs, mais beaucoup sont en mauvais état ou ne fonc­tionnent pas.

La consommation d’eau

Elle varie selon la saison, environ 90 litres par per­sonne et par jour en hiver et plus de 200 litres par per­sonne et par jour en été. Chaque habi­tation est équipée d’un réservoir, géné­ra­lement disposé à l’étage et appro­vi­sionné par le réseau.

Le service des eaux

Il est sous la res­pon­sa­bilité du Comité popu­laire du camp. Si son auto­nomie tech­nique et admi­nis­trative semble réelle, son auto­nomie finan­cière semble moins cer­taine, les recettes — de plus en plus faibles en raison de la baisse du niveau de vie — ne per­mettant pas de couvrir les dépenses de fonctionnement.

Deux tech­ni­ciens sont chargés de la gestion tech­nique du réseau : la répa­ration des fuites, avec de maigres moyens, forme l’essentiel de leur activité. Les 940 comp­teurs appar­tiennent aux abonnés et non à la col­lec­tivité, la fac­tu­ration est men­suelle et l’encaissement se fait géné­ra­lement à domicile, mais la grande majorité de la popu­lation ne paie plus, ce qui met le Comité popu­laire dans l’impossibilité d’équilibrer son budget de fonctionnement.

L’état des lieux étant fait et les prin­ci­pales dif­fi­cultés connues, il convient de mettre en place un véri­table projet de coopé­ration décen­tra­lisée sur la question de l’eau : c’est l’objectif de la mission de juin-​​juillet 2007, qui com­prenait des élus, des tech­ni­ciens de Besançon, le pré­sident de HSF et un membre de l’AFPS.

Un projet de collaboration ambitieux

Ce projet est conçu comme un véri­table projet de déve­lop­pement local centré sur la question de l’eau. Il est engagé pour une durée de trois ans, mais il pourrait être reconduit au-​​delà.

Les objectifs du projet sont au nombre de quatre

• Réno­vation par­tielle du réseau, par tranches, par une main d’oeuvre locale (la réno­vation totale du réseau ne semble pas d’actualité, contrai­rement à ce que pen­saient les élus du Comité populaire).

• Transfert de com­pé­tences et d’équipements par le service des eaux de Besançon, afin d’améliorer la gestion et l’entretien du réseau.

• Sen­si­bi­li­sation de la popu­lation à la pré­ser­vation de la res­source en eau et du réseau ; cette question, fon­da­men­ta­lement cultu­relle, sera sans doute longue à régler et exigera beaucoup de doigté.

• Développer la réflexion sur l’assainissement et en envisager les moyens.

L’organisation de la conduite du projet

Elle sera assurée par trois comités et un chef de projet :

• Le comité de pilotage est l’instance déci­sion­nelle qui se réunira une fois par an. Ce comité est constitué des finan­ceurs, des ins­ti­tu­tions ayant autorité sur la question de l’eau dans le camp et des orga­nismes ayant com­pé­tence dans la mise en oeuvre du projet. Elle se compose donc de la ville de Besançon, du Comité popu­laire d’Aqabat Jaber, de l’Unrwa, de la PWA, du consulat de France, de l’Agence de l’eau Rhône-​​ Méditerranée-​​Corse et de la maî­trise d’oeuvre locale.

• Le comité de suivi tech­nique est composé des repré­sen­tants tech­niques des membres du comité de pilotage, du chef de projet expatrié, du chef de projet local et des membres du service local de l’eau. Il se réunit une fois par trimestre.

• Le comité d’orientation est une ins­tance qui a un rôle consul­tatif et qui se réunira deux fois par an. Il com­prend l’ensemble des par­te­naires cités ci-​​dessus et les dif­fé­rents acteurs de la société civile du camp impliqués dans le projet, mais aussi les asso­cia­tions bison­tines par­te­naires, en par­ti­culier l’AFPS.

• Un chef de projet suivra le lan­cement sur place des travaux en assurant la relation avec la muni­ci­palité de Besançon et les finan­ceurs. La réflexion sur le choix d’un chef de projet local ou expatrié est en cours.

Le financement du projet

Il est de 350 000 euros environ pour les trois années. La muni­ci­palité de Besançon envisage de dégager 100 000 e (la loi Oudin-​​Santini permet de pré­lever 1 % des recettes sur l’exploitation du réseau d’eau pour des projets de coopé­ration décentralisée).

L’Agence de l’eau Rhône-​​Méditerranée-​​Corse s’engage pour une somme égale.

Le Comité popu­laire du camp par­ticipe au finan­cement en valo­risant des locaux et ser­vices rendus.

L’Unrwa financera l’embauche de chômeurs au camp qui participeront aux travaux.

Des bailleurs com­plé­men­taires sont recherchés (consulat général de France, Autorité palestinienne…).

La validation et le lancement du projet

Le projet devrait être validé à l’automne 2007 par le Comité popu­laire du camp et la ville de Besançon (conseil muni­cipal de décembre) et le projet devrait démarrer début 2008.

Pour le groupe local de l’AFPS de Besançon, ce projet est capital :

• d’abord pour nos amis pales­ti­niens d’Aqabat Jaber qui pourront ainsi dis­poser d’un meilleur accès à l’eau potable ; • par sa signi­fi­cation poli­tique de soutien de fait à la cause pales­ti­nienne qui implique ainsi la Ville de Besançon et ses élus ; • par la démons­tration qu’il fait de la pos­si­bilité pour une asso­ciation de soutien au peuple pales­tinien d’impliquer des poli­tiques dans une action de coopération-​​développement.

Mais, il nous faudra rester vigi­lants afin que ce projet aille à son terme et que, dans trois ans, il se pour­suive d’une manière plus globale pour aboutir à un véri­table projet de déve­lop­pement ter­ri­torial, et ceci d’autant plus qu’une nou­velle équipe muni­cipale prendra le relais de l’actuelle en mars 2008.

Besançon, le 17 novembre 2007