20 juin, journée internationale des réfugiés…sans les Palestiniens ?

François Leroux, vendredi 20 juin 2008

Plus de la moitié du peuple pales­tinien est en exil forcé et constitue avec 4,6 mil­lions de réfugiés pris en charge par l’UNRWA le groupe le plus important, devant les Afghans(3,1 mil­lions ) et les Irakiens(2,3 millions)

Pourquoi les réfugiés pales­ti­niens seront-​​ils encore souvent oubliés des articles et repor­tages consacrés à cette journée ? Parce qu’il ne font pas partie du cadre juri­dique global du Haut Com­mis­sariat pour les réfugiés des Nations unies(HCR) mais de l’UNRWA agence spé­cia­lisée de l’ONU fondée en 1949 pour assurer les besoins élémen­taires des réfugiés pales­ti­niens ? Par négli­gence ? « pro­blème » trop ancien ? Parce que ce sont les seuls réfugiés que les agences de l’ONU n’incitent pas à rentrer dans leur foyer… ?

Et pourtant plus de la moitié du peuple pales­tinien est en exil forcé et constitue avec 4,6 mil­lions de réfugiés pris en charge par l’UNRWA le groupe le plus important, devant les Afghans(3,1 mil­lions ) et les Irakiens(2,3 millions)

Expulsion et dépossession

En 1948, les groupes armés sio­nistes et l’armée israé­lienne expulsent, par la force et la terreur, 850.000 Pales­ti­niens. Ce fut un véri­table net­toyage eth­nique accompli pour moitié avant la décla­ration d’indépendance d’Israël du 15 mai 1948 et avant l’entrée en guerre des armées arabes. Sur le ter­ri­toire alloué à un « état juif » par le plan de partage de l’O.N.U et sur le ter­ri­toire conquis par Israël, seulement 15% des habi­tants pales­ti­niens non juifs réus­sissent à rester, mais souvent déplacés de leur ville ou village d’origine. (415 vil­lages sont rasés ou détruits). Les mas­sacres sont nom­breux comme celui de Deir Yacine : 250 morts.

Les Pales­ti­niens se réfu­gient au Liban, en Syrie, en Cis­jor­danie et Trans­Jor­danie, dans la bande de Gaza… en majorité dans des camps.

Les pre­miers réfugiés en 1948

Pour être admis à l’ONU, l’état israélien accepte en 1949 la Réso­lution 194 recon­naissant le droit au retour des réfugiés pales­ti­niens mais s’est depuis tou­jours opposé à la mise en œuvre de ce droit uni­versel, chassant, tuant ou exilant de nouveau les réfugiés qui avaient réussi à revenir.

En 1967, Israël occupe la Cis­jor­danie avec Jérusalem-​​Est, la bande de Gaza, le Golan, le Sinaï. Plus de 200.000 Pales­ti­niens sont de nou­veaux exilés, surtout vers la Jordanie.

Une agence spé­cia­lisée de l’O.N.U, l’UNRWA, est fondée en 1949 pour assurer les besoins élémen­taires des réfugiés (ali­men­tation, santé, scolarisation).La réduction continue du budget de cette agence, sous la pression des Etats-​​Unis, pré­carise encore plus la situation des 5 mil­lions de réfugiés notamment au Liban et dans la Bande de Gaza (où 80% des habi­tants sont des réfugiés), asphyxiée par le blocus israélien. L’éducation des enfants, prin­cipal capital des Pales­ti­niens, est aujourd’hui menacée.

La politique israélienne d’expulsion des Palestiniens continue.

Judaï­sation à grande vitesse de la Galilée et du Négev dépos­sédant encore plus les Pales­ti­niens d’Israël.

41% des Israé­liens sont favo­rables au « transfert » des Pales­ti­niens d’Israël ! Des partis ouver­tement trans­fé­ristes ont des élus à la Knesset.

Les 230.000 Pales­ti­niens de Jérusalem-​​Est sont enclavés par le Mur et menacés de perdre leur « droit de rési­dence » attribué par l’occupant lors de l’annexion( après l’occupation de 1967).

400.000 Pales­ti­niens de Cis­jor­danie coincés dans les enclaves entre les colonies ou entre la ligne verte (ligne d’armistice de 1949) et le Mur, privés de leurs terres et de leur eau, sont condamnés à partir pour essayer d’aller gagner leur vie ailleurs.

L’état israélien accélère son emprise sur la vallée du Jourdain (30% de la Cis­jor­danie) et en exclut les Palestiniens.

Des mil­liers d’habitations ont été détruites par les bull­dozers et chars israé­liens. Des familles se sont retrouvées à nouveau sous la tente comme à Rafah.

54.000 Pales­ti­niens sont sans papiers sur leur propre terre et sont à la merci d’une dépor­tation vers la Jor­danie lors d’un contrôle sur un barage israélien.

Les Pales­ti­niens des ter­ri­toires occupés sont de plus en plus en situation de REFUGIES SUR LEUR PROPRE TERRE !

Et cela sous le regard impas­sible de la com­mu­nauté inter­na­tionale, voire la com­plicité de l’Europe qui se refuse à publier le rapport de ses propres diplo­mates sur Jérusalem-​​Est et notamment de la France qui sou­tient les sociétés Alstom et Véolia pour le projet de construction d’un tramway qui doit des­servir et ren­forcer les colonies de Jérusalem-​​Est.

A l’occasion de cette journée mon­diale des réfugiés, nous rap­pelons l’existence et la réalité des Pales­ti­niens expulsés en 1948 et 1967 et de leur descendants.

Dans un large consensus , l’état et les partis israé­liens sont dans la négation de l’expulsion massive et vio­lente des Pales­ti­niens en 1948 (la Nakba).

Ils refusent aussi le droit au retour des réfugiés, au centre du conflit et de sa réso­lution, et le principe même de ce droit, au mépris des droits de l’homme, des réso­lu­tions de l’ONU et du droit inter­na­tional. Le droit au retour prévu par la réso­lution 194 de l’O.N.U n’est pas négo­ciable. En revanche les réfugiés peuvent renoncer à ce droit [1] et obtenir des indem­ni­sa­tions de l’Etat Israélien pour le pré­judice et les biens spoliés.

L’impunité de l’état israélien est totale et son « droit » à l’exception per­ma­nente et soutenu par les Etats Unis avec la com­plicité de la France et de l’Europe !

Le « problème » ce n’est pas les réfugiés, c’est l’expulsion !

[1] une fis qu’il leur aura été reconnu