100 photos pour la Palestine de George Bartoli

George Bartoli, samedi 1er octobre 2005

Exposition /

100 photos sur 63 pan­neaux et un texte de Leila Shahid, déléguée générale de Palestine en France, pour ne pas perdre de vue les réa­lités de l’occupation israé­lienne et les droits d’un peuple bafoués. "100 photos pour la Palestine" de Georges Bartoli - actuel­lement à Elne - sera à Saint-​​Denis dans le hall de la mairie pendant tout le mois d’octobre puis à Nan­terre en novembre.

Georges Bartoli est un grand pho­to­graphe, de renommée inter­na­tionale. L’exposition est pro­duite avec le soutien des muni­ci­pa­lités de Cabestany, Elne et Nan­terre. Dis­po­nible dès le mois d’avril elle est pro­posée à la location et une partie des recettes est versée à la CCIPPP qui organise et finance des mis­sions d’évaluation et d’interposition en Palestine.

A nous main­tenant d’aider à faire cir­culer cette expo… Elle est déjà réservée par des muni­ci­pa­lités les mois de sep­tembre, octobre et novembre, mais d’ici-là et pour plus tard, elle est dis­po­nible. Une telle expo pendant un mois dans une mairie, une maison de la culture ou autre, serait aussi l’occasion d’organiser des débats, des confé­rences, des ren­contres… autour des témoi­gnages des mis­sions qui reviennent.

L’occasion aussi de faire passer le message des pres­sions sur Israël en vue de l’application des réso­lu­tions inter­na­tio­nales (Dans le cadre des FSE et FSM, les Assem­blées Géné­rales des Mou­ve­ments sociaux ont adopté la mise en place d’une cam­pagne commune exi­geant des sanc­tions sur Israël tant que restent inap­pli­quées les réso­lu­tions inter­na­tio­nales, et notamment celle de la Cour Inter­na­tionale de Justice rendue publique en Juillet 2004, qui somme Israël d’arrêter la construction du mur, de démolir ce qui a été déjà construit et de dédom­mager les Pales­ti­niens vic­times du mur et de ses conséquences).

Présentation par L. Shahid :

« Il y a cin­quante quatre ans com­mençait la tra­gédie pales­ti­nienne, sans photos. Un peuple entier dépossédé de sa terre, expulsé de son pays, exilé aux quatre coins du monde dis­paraît des regards et de la conscience du monde. En vain on cher­chera des photos, des témoi­gnages filmés de maisons dyna­mitées, de vil­lages détruits, de convois de réfugiés conduits vers les fron­tières avec leurs enfants sur le dos et quelques balu­chons au bras. En vain.

Pourtant, en 1948, 480 vil­lages furent dyna­mités et 700 000 expulsés sur une popu­lation d’un million qui habi­taient cette terre depuis des siècles. Il fallait faire du slogan une réalité « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Et il ne fallait surtout pas de témoins. Le monde a préféré détourner ses yeux comme si la recon­nais­sance de la tra­gédie d’un peuple qui sortait à peine des camps de la mort ne per­mettait pas aux yeux du monde de recon­naître simul­ta­nément la tra­gédie d’un autre peuple qu’on dépos­sédait de sa terre, de son nom et de son identité.

La Palestine et les Pales­ti­niens furent occultés, lit­té­ra­lement cou­verts, recou­verts par Israël et ses images nou­velles. Sur les cartes géo­gra­phiques du monde entier, dans les manuels sco­laires, le nom de cet espace entre la Médi­ter­ranée et le Jourdain, le Sinaï et les mon­tagnes du mont Hermon laissa place au nom du nouvel état d’Israël. Et la Palestine fut engloutie.

Il fallut une nou­velle guerre en 1967 et 300 000 nou­veaux réfugiés pour que l’image des Pales­ti­niens ré-​​apparaisse de nouveau. Elle laissa place très vite après à l’image sté­réotype du com­battant au keffieh et à la kalach­nikov. Elle fit le tour du monde et réduit la per­ception du Pales­tinien au com­battant abs­trait, hors contexte, sans réalité sociale, poli­tique ou écono­mique. Comme si après avoir été occultée, l’image du Pales­tinien ne pouvait laisser place qu’à l’image indi­vi­duelle figée, jamais liée à un mou­vement, à une société.

Les photos de Georges Bartoli replacent l’image des Pales­ti­niens dans leur contexte actuel. Un contexte d’occupation, d’humiliation, de des­truction, de résis­tance et de mort. Elles res­ti­tuent la réalité pales­ti­nienne sociale, écono­mique, poli­tique et humaine. Le Pales­tinien n’est plus un sté­réotype abs­trait mais un être vivant, , inscrit dans une col­lec­tivité et dans un ter­ri­toire national même si pour le moment il est occupé. La Palestine refait donc surface dans les images de Georges Bartoli. Elle est dou­lou­reuse, meurtrie, écrasée par la bar­barie de l’occupation militaire.

Le contraste entre l’image des jeunes Pales­ti­niens de l’Intifada aux lance pierres arti­sanaux et celle des soldats bardés de fusils M16 et Uzi devant d’immenses tanks Merkava rap­pelle l’image biblique de David et Goliath. Elles nous rap­pellent aussi que pendant toute cette période de la pre­mière année de la Seconde Intifada, de sep­tembre 2000 à sep­tembre 2001, les seules armes des Pales­ti­niens étaient les pierres face à la qua­trième puis­sance mili­taire du monde, par ailleurs puis­sance nucléaire. La dis­pro­portion des moyens employés par l’armée d’occupation israé­lienne pour réprimer l’Intifada est criante dans les images. La des­truction des maisons, l’impact de l’artillerie sur les immeubles, sur les bureaux, le bou­clage des routes par les bar­rages, l’interdiction de cir­culer par les soldats, toutes ces photos montrent que c’est la popu­lation civile pales­ti­nienne qui paye en premier lieu la poli­tique d’occupation mili­taire israé­lienne. C’est ce qu’on appelle le « châ­timent collectif ».

Les jeunes gens sont sys­té­ma­ti­quement raflés à partir de l’opération « Rem­parts » en avril 2000 lorsque, sous pré­texte de lutte anti­ter­ro­riste, tous les hommes de moins de qua­rante ans sont emmenés pieds et poings liés. Ils sont aujourd’hui entre 8000 et 10 000 détenus. La litanie des morts, 2 500 à ce jour, et les cor­tèges quo­ti­diens des bran­cards, qui emmènent les martyrs portés en terre par leurs cama­rades, sont le lot répété chaque jour des journaux télé­visés du soir. Au point que l’on avait l’impression qu’on tentait d’enterrer ainsi tout un peuple.

Mais l’espoir per­siste puisque les Pales­ti­niens ne sont plus seuls. Il y a les mili­tants de la paix israé­liens qui viennent exprimer leur soli­darité. « No more apar­theid, set­tlers out » - Pas d’apartheid, les colons dehors - disent les pan­cartes portées par les mili­tants israé­liens, un drapeau israélien et un drapeau pales­tinien unis dans un cercle sur le tee-​​shirt d’un jeune Israélien. C’est tout un pro­gramme poli­tique qui est ainsi résumé.

Georges Bartoli s’est rendu en Palestine avec José Bové et les mili­tants des mou­ve­ments sociaux qui ont créé les Mis­sions Civiles pour la Pro­tection du peuple Pales­tinien qui, depuis juin 2001, se rendent en Israël et en Palestine pour témoigner des réa­lités de l’occupation et de la résis­tance. Ils ont constitué la réalité d’une soli­darité inter­na­tionale extra­or­di­naire avec le peuple pales­tinien. Ils ont mon­dialisé la soli­darité. Ils ont surtout constitué l’avant-garde d’un mou­vement citoyen européen impliqué dans la construction de la paix entre Israé­liens et Pales­ti­niens mais aussi entre juifs et arabes, entre rive sud de la Médi­ter­ranée et rive nord. En prenant leurs sacs à dos et leur volonté de justice et de droit comme seul bagage, ils ont construit un pont entre ici et là-​​bas, entre les uns et les autres pour une vraie coexis­tence dans le respect des droits de tous et de chacun, pour un monde citoyen, qui refuse de baisser les bras face à la guerre, à la misère et à l’injustice.

Le pho­to­graphe n’est plus seulement témoin, il est aussi acteur. Au Chiapas et à Millau, en Inde et à Gaza, en Algérie et au Katar, Georges Bartoli fait un choix des réa­lités, des luttes des peuples que le touchent, avec qui il est soli­daire et qui sont pré­sents grâce à lui. Qu’il en soit remercié. »

Leïla SHAHID Déléguée générale de la Palestine en France

Lieu Hôtel de ville place Victor Hugo 93200 Saint-​​Denis

Quartier : Centre Ville-​​Basilique

Infor­ma­tions lundi 9h30 -17h30, mardi au ven­dredi 8h30-​​17h30 et samedi 8h30 -12h Entrée libre

L’exposition sera visible à Nanterre au mois de Novembre.

Les muni­ci­pa­lités inté­ressées par l’exposition peuvent contacter la CCIPPP : contact@​protection-​palestine.​org

Site de Georges Bartoli :

http://​www​.gbartoli​.com/​f​i​c​h​i​e​r​s​/​r​e​p​o​r​t​a​g​e.php