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Accueil > Informations > Analyses > Un avant-poste de colons, à l’image de ceux de Cisjordanie, voit le jour dans le nord d’Israël
Analyses
lundi 21 septembre 2026
+972 Magazine par Oren Ziv et Baker Zoubi

Un avant-poste de colons, à l’image de ceux de Cisjordanie, voit le jour dans le nord d’Israël

Les Palestiniens craignent que ce campement, qui a été temporairement évacué, ne soit que le début des efforts déployés par la droite israélienne pour « judaïser » davantage la Galilée.

Photo : Les colons qui ont établi l’avant-poste illégal près de Majd Al-Krum dans les Territoires de 48 sont évacués par l’armée après des jours de manifestation, 17 septembre 2026 © Al-Jarmaq News

La scène semblait tout droit sortie d’une colline de Cisjordanie : de jeunes colons juifs en chemise blanche et kippa, des tentes tout juste montées, un enclos à moutons, des réservoirs d’eau, un drapeau israélien et un terrain nivelé par un bulldozer. Mais on n’était pas en Cisjordanie. Ce nouvel avant-poste avait été établi en Galilée occidentale, au nord d’Israël, près de la ville palestinienne de Majd Al-Krum.

Les premières informations faisant état de l’arrivée de colons dans une forêt du Fonds national juif (JNF), tout près de terres appartenant à des particuliers de Majd Al-Krum, ont commencé à circuler il y a environ deux semaines. Lorsque des membres du conseil municipal se sont rendus sur place à la fin de la semaine dernière, les jeunes colons leur ont déclaré qu’ils venaient de Cisjordanie.

Selon les autorités, un habitant israélien de la région avait obtenu du JNF une autorisation pour y faire paître son bétail — or, les colons ont dressé des tentes et d’autres constructions avant même que le bétail ne soit arrivé.

Cette découverte a immédiatement fait craindre aux habitants de Majd Al-Krum qu’une tactique mise au point en Cisjordanie — consistant à créer des fermes et des points de pâturage qui étendent progressivement leur emprise sur les terres palestiniennes environnantes — ne soit en train d’être importée en Galilée.

En effet, ces dernières semaines, des figures de proue de la droite israélienne ont appelé précisément à cela : transposer le modèle de colonisation de la Cisjordanie en Galilée et dans le Naqab (Néguev), notamment en recourant aux fermes et au pâturage pour s’emparer de terres et modifier l’équilibre démographique en « judaïsant » la région.

Au cours du week-end, des centaines d’habitants de Majd Al-Krum ont commencé à affluer sur les lieux pour manifester contre l’avant-poste et affirmer leur présence sur les terres environnantes. Dimanche matin, la police a d’abord empêché les habitants et les députés de la Knesset d’accéder à la zone, avant de finalement autoriser le passage des élus, parmi lesquels figuraient Yousef Jabareen, chef de la Liste commune, et Ofer Cassif, député du Hadash.

Des centaines de personnes sont revenues lundi et mardi, rejointes par des militants de gauche et des habitants des communautés juives voisines. La police a arrêté plusieurs manifestants mardi, parmi lesquels Alon-Lee Green, coprésident du parti arabo-juif « A Place for Us All », qui a ensuite été relâché.

À ce moment-là, il était également apparu qu’une partie de l’avant-poste s’étendait sur des terres privées plutôt que sur des terrains appartenant au JNF. À l’issue d’une réunion d’urgence mardi, le JNF a ordonné le démantèlement des tentes et autres structures. Les habitants ont néanmoins poursuivi leurs manifestations jusqu’à mercredi, accusant la police et le JNF de traîner les pieds alors que les tentes avaient été démontées mais que les colons et une partie de leur matériel étaient toujours présents.

Mercredi soir, après plusieurs jours de manifestations soutenues et de pression de la part des habitants, l’avant-poste a été démantelé, bien que la police continue de bloquer l’accès au site. Le JNF a toutefois déclaré qu’un campement de pâturage plus modeste serait réinstallé sur le site après la fête de Yom Kippour la semaine prochaine, à condition que du bétail soit effectivement amené dans la zone.

« C’est notre terre, pour toujours »

Lorsque le magazine +972 s’est rendu sur place dimanche après-midi, trois jours avant l’évacuation complète de l’avant-poste, l’accès à la zone avait été restreint. Les chemins de terre avaient également été bloqués, même si les résidents avaient néanmoins réussi à rejoindre l’avant-poste.

« Qui êtes-vous ? » a demandé un jeune colon en s’approchant de nous. Il a insisté sur le fait que le groupe était là « légalement » et a déclaré qu’il « comprenait » pourquoi les résidents craignaient que leurs terres ne leur soient confisquées. Un autre s’est montré moins diplomate, affirmant que c’était sa terre et nous enjoignant de partir.

À mesure que de plus en plus d’habitants de Majd Al-Krum arrivaient sur ce terrain public, des policiers faisaient également leur apparition. Après s’être d’abord entretenus avec les colons, les agents ont ordonné aux deux groupes de garder leurs distances les uns par rapport aux autres.

Le commandant présent sur place a expliqué aux habitants que la police examinait la situation juridique de l’avant-poste, mais qu’en raison de la fête juive, elle avait du mal à obtenir des réponses de la part des conseillers juridiques. « C’est un terrain appartenant à l’État ; ils viennent y faire paître leur bétail pendant un certain temps, pas pour s’y installer », a-t-il déclaré.

Cette distinction n’a guère rassuré les habitants, qui connaissent bien l’évolution des avant-postes pastoraux en Cisjordanie. Lorsqu’un habitant a fait remarquer qu’il y avait peu d’herbe à brouter dans la région, l’officier a répondu : « Ni vous ni moi ne comprenons quoi que ce soit au pâturage ; cela a été réglé avec le JNF — il y a un contrat. » L’habitant a insisté sur le fait qu’il comprenait bel et bien le pâturage, mais en vain.

Bon nombre des Palestiniens venus affirmer leur présence sur le site étaient des jeunes, arrivés en vélos électriques, en quads et à cheval. Certains ont étendu des nattes ; d’autres fumaient le narguilé et jouaient de la musique. En fin de compte, la police n’a pas pu les empêcher de rester : contrairement à la Cisjordanie, la loi martiale ne s’applique pas ici et la zone ne pouvait donc pas être simplement déclarée zone militaire fermée — un moyen souvent utilisé par l’armée pour expulser les Palestiniens tout en permettant aux colons israéliens de rester.

Les habitants de Majd Al-Krum appellent cette zone Al-Rus, d’après les sommets montagneux qui font face à la ville. La parcelle appartenant au JNF sur laquelle la majeure partie de l’avant-poste a été établie relève de la juridiction de Majd Al-Krum et est entourée de terres privées appartenant aux habitants de la ville. Selon les documents du cadastre, une partie du campement s’était étendue sur l’une de ces parcelles privées.

Selon Rami Haidar, membre du comité populaire local et l’un des propriétaires fonciers de la région, même une partie de ce qui est aujourd’hui considéré comme un terrain appartenant à l’État appartenait auparavant à des habitants de Majd Al-Krum ; elle a été transférée à l’État en tant que « biens des absents » après que leurs propriétaires eurent été déplacés lors de la Nakba de 1948.

Haidar a expliqué que les habitants avaient découvert l’avant-poste lorsque les agriculteurs avaient commencé à se rendre dans leurs oliveraies avant la saison des récoltes. « Nous avons suivi les canalisations d’eau et les lignes électriques et nous les avons trouvés », se souvient-il. « Nous avons vu qu’ils utilisaient un vieux puits, qu’ils y avaient installé une pompe et qu’ils avaient abattu des arbres dans la zone boisée. »

Un membre du groupe a déclaré qu’il venait de la colonie de Tekoa, en Cisjordanie, a indiqué Haidar, tandis qu’un autre a déclaré aux habitants : « C’est notre terre, pour toujours. » Selon Haidar, le groupe est passé de cinq personnes au départ à douze, puis à une quarantaine samedi, lorsque des centaines d’habitants de Majd Al-Krum se sont rassemblés sur le site.

Sati Kiwan, une habitante de Majd Al-Krum âgée de 55 ans, a déclaré que les infrastructures mises en place rendaient difficile de croire que le groupe ne s’y trouvait que temporairement. « Ils ne sont pas venus pour un pique-nique d’une journée avant de repartir. Ils ont des chèvres, des voitures, l’électricité et l’eau. Il y a des oliveraies tout autour, et ce qui s’est passé en Cisjordanie pourrait se produire ici demain : d’abord, ils empêcheront les gens d’accéder à leurs arbres, puis ils commenceront à s’étendre dans les oliveraies. »

Le litige juridique immédiat portait sur la portée exacte de l’autorisation délivrée par le JNF. Hussein Mana’a, un avocat soutenant la lutte des habitants, a déclaré qu’un permis de pâturage ne conférait pas le droit de construire des structures ni d’établir une colonie.
Mana’a a ajouté que la police avait promis de ne pas tolérer d’activités illégales dans la zone, mais il restait sceptique. « Nous constatons que la police tente d’apaiser la colère des habitants », a-t-il déclaré.

L’accès aux terres privées environnantes est également devenu un enjeu de la lutte. Depuis des années, les propriétaires fonciers de Majd Al-Krum rejoignent leurs parcelles par une route traversant le village juif de Gilon. Haidar a indiqué que les relations entre les deux communautés étaient bonnes et que les habitants de Gilon s’étaient opposés à l’avant-poste. Pourtant, la police a bloqué cette route dimanche, forçant les habitants de Majd Al-Krum à rejoindre leurs terres par des chemins de terre.

Certains propriétaires fonciers ont décidé de passer la nuit sur leur terrain. « Les gens ont peur que les arbres soient déracinés, que les oliveraies ou les cultures soient endommagées, exactement comme cela se passe en Cisjordanie », a déclaré Haidar.

Kiwan a également accusé les colons de l’avant-poste de provoquer délibérément les habitants arabes locaux. « Ils tiennent des propos qui visent à nous pousser à l’affrontement », a-t-il déclaré.

Il ne considérait pas non plus la présence policière comme neutre : « Personne ne peut me dire que la police est venue pour nous protéger. Elle protège [les colons]. Nous ne voulons ni nous battre ni tuer qui que ce soit. Nous voulons simplement vivre en paix. »
« Ce sont des "jeunes des collines" »

La comparaison avec la Cisjordanie présente des limites évidentes : la Galilée est régie par le droit civil israélien, et non par le régime militaire qu’Israël applique au-delà de la Ligne verte. Mais pour les habitants de Majd Al-Krum, la méthode est étrangement familière : établir une petite présence physique par le biais du bétail, des fermes et des infrastructures, puis s’en servir pour étendre son contrôle sur une zone bien plus vaste.

Cette crainte trouve son fondement dans l’expansion, largement documentée, des avant-postes de bergers à travers la Cisjordanie, en particulier ces dernières années.

Une enquête menée en mars 2026 par +972, Local Call et The Nation, s’appuyant sur des recherches de Kerem Navot, a révélé que 152 nouvelles colonies avaient été établies en Cisjordanie depuis le 7 octobre ; en conséquence, les colons vivant dans ces colonies contrôlent désormais environ 1 million de dunams, soit 18 % de la Cisjordanie. Les permis de pâturage faisaient partie des mécanismes qui permettaient aux exploitations agricoles de contrôler des zones bien plus vastes que leur empreinte bâtie.

Ces dernières semaines, d’éminents dirigeants de la droite israélienne, au premier rang desquels le ministre des Finances Bezalel Smotrich, ont ouvertement plaidé en faveur de l’application de ce même modèle à l’intérieur de la Ligne verte. Leur campagne présente la croissance des communautés arabes en Galilée — notamment à Majd Al-Krum — comme une « invasion » et une menace pour la sécurité.

Salim Salibi, président du conseil local de Majd Al-Krum, replace l’apparition de l’avant-poste d’Al-Rus dans ce contexte. Le JNF a peut-être accordé l’autorisation de faire paître des animaux, a-t-il déclaré, mais les colons sont allés bien plus loin, en installant de grandes tentes et en les raccordant aux réseaux d’eau et d’électricité.

« Ce sont des “jeunes des collines”, des colons venus de Cisjordanie », a déclaré Salibi. « Ce qui se passe aujourd’hui à Majd Al-Krum n’est [que] le début », a-t-il averti. « Nous verrons bientôt beaucoup d’autres projets de ce type en Galilée. »

Le conseil régional voisin de Misgav a déclaré à +972 que l’autorisation de pâturage avait été accordée à l’un de ses résidents par le JNF « conformément aux procédures », sur des terres situées hors de la juridiction de Misgav. Il a précisé que le conseil n’avait fourni ni électricité ni eau sur le site et a noté que « chaque année, dans des dizaines de cas, des terres de pâturage sont attribuées à proximité de l’une des communautés de Misgav », ce qui inclut souvent des enclos, des installations et des tentes.

« La principale différence », a déclaré le conseil, « est que dans ce cas précis, des bénévoles portant des kippas ont été observés sur le site précisément au cours de la semaine où divers acteurs cherchant à saper le tissu social de notre région ont fait des déclarations électorales afin de “récolter des voix” ».

Le conseil local et le comité populaire de Majd Al-Krum ont réagi à l’implantation de cet avant-poste par une campagne combinant pression publique, sensibilisation médiatique et actions en justice. Pendant plusieurs jours, ils ont exhorté les habitants à maintenir une présence quotidienne à Al-Rus et les propriétaires fonciers à continuer de cultiver leurs parcelles, tout en mobilisant les responsables arabes des autorités locales, les représentants du Haut Comité de suivi, des députés de la Knesset et des journalistes.

« Notre message est clair », ont-ils déclaré dans un communiqué. « C’est notre terre, ce sont les droits de nos habitants, et nous n’acceptons pas cet avant-poste. » Leur objectif, ont-ils ajouté, était « d’empêcher qu’une présence temporaire ne devienne une réalité permanente ».

Le JNF n’a pas répondu à plusieurs des questions posées par +972, nous renvoyant plutôt à une déclaration de son président, Eyal Ostrinsky. Dans cette déclaration, il a reconnu que, bien que le permis de pâturage ait été légalement approuvé, « des erreurs et des défaillances se sont produites lors de sa mise en œuvre », notamment le fait qu’une grande partie du campement ait été érigée en dehors des terres du JNF, qu’il comptait plus de tentes que ce qui était autorisé et qu’il ait été établi avant même qu’un quelconque troupeau n’ait été amené sur le site.

Il a également déclaré que la venue de 15 à 20 jeunes sur le site pour Rosh Hashanah s’était faite à l’insu et sans l’accord du JNF, ajoutant que le site était destiné « au pâturage et uniquement au pâturage, à aucune autre fin ».

Dans le même temps, il a souligné que le démantèlement du campement n’était que temporaire et que le JNF n’avait « absolument aucune intention » de mettre fin à l’activité de pâturage. Selon le communiqué, le pâturage reprendra après Yom Kippour, avec un campement plus petit érigé sur des terres gérées par le JNF et situé plus loin des habitations de Majd Al-Krum.

« Selon toute vraisemblance, nous ne pourrons pas donner suite » aux demandes visant à maintenir le campement en dehors de la juridiction municipale de Majd Al-Krum, a-t-il écrit, « et le campement sera situé à cet endroit car il n’y a pas d’autre option ».

Traduction : AFPS

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Mots clés

  • Colonies et colonisation
  • Politique et société israéliennes

Source

Publié par : +972 Magazine

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