« Israël détruit à Gaza tout ce qui fait société, ciblant les bâtiments et les personnes… tout cela n’aurait jamais été possible sans la déshumanisation des Palestiniens » C’est par ces mots que la présidente de l’AFPS, Anne Tuaillon, ouvrait la Conférence de Paris. Quelques instants plus tard, Hala Abou-Hassira, ambassadrice de Palestine, argumentait avec force : « c’est le moment d’imposer des sanctions politiques et économiques à Israël et de réaffirmer que le peuple palestinien a le droit d’exister et d’exercer son droit à l’autodétermination ».
Les 420 places de l’auditorium de l’IMA avaient été réservées en moins de 48 heures, et pour répondre à la multitude des demandes insatisfaites, l’option d’une retransmission en direct sur YouTube avait été retenue. C’est donc près de 2000 personnes qui ont pu suivre ce jour-là trois tables rondes , au cours desquelles des représentant·es de la société civile palestinienne, des juristes, et des personnalités aux compétences reconnues ont pu confronter leurs analyses.
Trois tables rondes et deux mille participants
La première table ronde, « Exiger la protection du peuple palestinien » était modérée par la journaliste Meriem Laribi. Étaient invités : Pierre Galand, président de l’Association belgo-palestinienne, ancien sénateur belge et coordinateur général du Tribunal Russell sur la Palestine, Sahar Francis, directrice de l’ONG palestinienne Addameer (défense des prisonniers politiques), et le docteur Ahmed Moghrabi, chef du département de chirurgie à l’hôpital de Khan Younis. Nous résumerons leurs échanges ainsi : « Depuis 30 ans je n’ai jamais vu un tel acharnement à une telle échelle » ; « Même ceux qui décèdent entre les mains des autorités israéliennes, on ne récupère pas leur corps » ; « Nous devons être capables d’attaquer les entreprises, les fournisseurs d’armes qui permettent cela. Il y a suffisamment de juristes prêts à entreprendre les poursuites ».
La deuxième table ronde, « Faire respecter le droit international » était animée par Soumaya Benaïssa, codirectrice éditoriale de Blast. Elle réunissait Dima Issa, coordinatrice de Al-Haq Europe, ONG palestinienne de défense des droits humains, Sarah Sameur, avocate au barreau de Paris cofondatrice de JURDI (Juristes pour le Respect du Droit International) et Johann Soufi, avocat et procureur en droit international, ancien chef du bureau juridique de l’UNRWA à Gaza. Plusieurs formules fortes ont jalonné ce débat : « Le droit est là, il n’est pas mort, c’est une boussole morale et factuelle » ; « Ce n’est pas parce que le code de la route n’est pas respecté qu’il doit disparaître » ; « Ce sont les États qui ne respectent pas leurs obligations » ; « Le temps de la justice est forcément frustrant, il se déroule sur des années » ; « Pour tous les actes commis et documentés, des gens devront un jour répondre de leurs actes ».
La troisième table ronde, « Imposer l’autodétermination du peuple palestinien », conduite par Sarra Grira, rédactrice en chef d’Orient XXI, réunissait Frank Barat, coordinateur du Tribunal Russell sur la Palestine de 2008 à 2014, Ziad Majed, politiste franco-libanais, professeur d’université, Rima Hassan, députée européenne et juriste en droit international et Lubnah Shomali, représentante de Badil, ONG palestinienne de défense des droits des réfugiés. Trois phrases illustrent un fort consensus : « Depuis 1974, la résolution 3236 de l’ONU ne souffre aucun débat : le peuple palestinien a un droit inaliénable à l’autodétermination, à l’indépendance et à la souveraineté nationale » ; « Je n’ai aucun doute, l’autodétermination va s’imposer mais à quel prix et quand ? » ; « Seules des sanctions permettront d’imposer le Droit ».
Israël ne mettra pas fin à l’occupation, les sanctions devront donc être appliquées
À l’issue des tables rondes, quelque cinquante personnalités présentes montaient sur scène, illustrant la force de la mobilisation citoyenne. Après la lecture solennelle de l’appel de Paris, la présidente de l’AFPS rappelait l’urgence de mettre fin à l’impunité d’Israël, seul moyen raisonnable d’imposer le respect du droit international. Elle saluait l’intention du Président de la République de reconnaître enfin l’État de Palestine, actant ainsi le vote de 2014 du Parlement français. En soulignant que rien ne se réalisera si cette reconnaissance n’est pas assortie de la fin de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid et si des réponses ne sont pas apportées à la question du droit au retour des réfugiés. « Assez de paroles, le droit est dit ; reste à le mettre en œuvre. Par son vote du 18 septembre 2024, l’Assemblée générale de l’ONU a exigé la fin de l’occupation et de la colonisation. Il reste moins de 4 mois avant l’échéance. Nous n’avons aucun doute : Israël ne mettra pas fin à l’occupation. Et dans ce cas, toute une panoplie de sanctions est prévue. Elles devront être effectives. C’est à nous, par notre mobilisation, d’obliger nos gouvernants et l’Union européenne à appliquer les mesures qu’ils ont votées. D’ici là, la première chose à faire est la suspension de l’accord d’association. Le mépris éhonté des règles les plus élémentaires qui régissent cet accord n’a que trop duré ! »
Bernard Devin




