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Accueil > Informations > Analyses > Sahara occidental  : le pragmatisme ou le droit ?
Analyses
mardi 7 avril 2026
PAL SOL n°95 par Jacques Fontaine

Sahara occidental  : le pragmatisme ou le droit ?

Le Sahara occidental a été une colonie espagnole jusqu’en 1975, mais l’échec du processus de décolonisation a fait que, depuis cette date, il est toujours considéré comme un territoire non autonome par les Nations unies.

En effet, au nom de liens anciens de type religieux mais non de souveraineté entre le royaume chérifien et les populations nomades sahraouies [1], Hassan II, sultan du Maroc, profite de la sénilité de Franco pour envahir puis annexer le Sahara occidental en 1975 («  marche verte  » du 6 novembre), empêchant ainsi le libre exercice du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Le mouvement indépendantiste sahraoui, le Front Polisario (créé en 1973 pour lutter contre l’occupation espagnole), s’oppose à l’agression marocaine et proclame la République arabe sahraouie démocratique (RASD) le 26 février 1976. Il obtient le soutien de l’Algérie et, petit à petit, de la majorité des pays africains. Après 15 ans de guerre, l’ONU met en place un plan de paix qui prévoit la tenue d’un référendum sous deux ans. Ce plan de paix doit être préparé par la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso). Les blocages du Maroc n’ayant pas permis l’organisation de ce référendum, le mandat de la Minurso est renouvelé par l’ONU tous les ans.

C’est ce qui aurait dû être fait le 31 octobre dernier par le vote d’une résolution de l’AGNU. Or, si la mission de la Minurso a bien été prolongée, les États-Unis ont proposé une nouvelle version de cette résolution qui dit « qu’une véritable autonomie sous souveraineté marocaine pourrait représenter la solution la plus réalisable ». Ce texte, en rupture avec les résolutions précédentes, a été adopté par le Conseil de sécurité par 11 voix sur 15 au grand dam de l’Algérie qui a refusé de participer au vote. Cette résolution n0 2797 a pour origine un plan d’autonomie proposé par le Maroc à l’ONU en 2007. Depuis une trentaine d’années, le rapport de force politique sur la question sahraouie a beaucoup évolué. Au milieu des années 1990, plus de 70 pays reconnaissaient la RASD, dont une majorité de pays africains. Mais un mouvement inverse a commencé dès les dernières années du xxe siècle et s’est accéléré dans les années 2000. Aujourd’hui, une petite trentaine de pays seulement reconnaissent encore la RASD, mais plus aucune grande puissance. À l’inverse, la position marocaine, en permanence soutenue par la diplomatie étasunienne, n’a cessé d’obtenir des succès, en particulier sur son plan d’autonomie (EU, décembre 2020, France, 2024, Espagne et Royaume-Uni, 2025). Et n’oublions pas la normalisation des relations israélo-marocaines dans le cadre des accords dits «  d’Abraham  » de décembre 2020 dans laquelle la question du Sahara occidental est centrale (cf. PalSol n°80, avril 2022).

Les réactions au vote de la résolution 2797 de l’AG des Nations unies ne se sont pas fait attendre. Les Marocains jubilent, et on peut le comprendre  : cette résolution est un sérieux coup de pouce au plan d’autonomie de Mohamed VI. Le Polisario, le pouvoir algérien et, en France, l’Association des amis de la RASD (AARASD) [2] sont circonspects, pour diverses raisons. Certes, grâce aux efforts de l’Algérie et d’autres membres du Conseil de sécurité qui ont pu obtenir quelques modifications du texte étasunien initial, les questions de la décolonisation du Sahara occidental et de l’autodétermination de son peuple n’ont pas été jetées dans les poubelles de l’histoire. Néanmoins, l’AARASD reconnaît que cette résolution heureusement non contraignante « peut être dangereuse [car] elle introduit pour la première fois la solution d’autonomie comme seule base possible entre les deux parties et conforte ainsi l’occupation armée et illégale du Sahara occidental par le Maroc ».

Au-delà de ces réactions, il nous faut revenir aux origines politiques de cette résolution. Le soutien étasunien à la proposition d’autonomie du Maroc est l’expression politique de l’accord maroco-israélo-étasunien de 2010 ; cet accord repose sur l’acceptation de la souveraineté marocaine et la négation du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Cet arrangement présenté comme pragmatique, est totalement contraire à l’ordre juridique post 1945 qui a été construit pour mettre fin à l’idée de la prééminence de la force sur le droit dans les relations internationales. Cette position du duo Trump/Mohamed VI est tout à fait cohérente avec la position du duo Trump/Netanyahou sur la Palestine et celle du duo Trump/Poutine sur l’Ukraine. L’America First de Trump n’est en fait que le retour aux vieilles pratiques impérialistes des États-Unis où la force prime le droit et où «  la raison du plus fort est toujours la meilleure  ». Inquiétant, très inquiétant. Ce renoncement au recours à referendum s’est traduit par une résolution de l’AG de l’ONU qui pourrait créer un précédent pour d’autres peuples qui aspirent à l’autodétermination.

Jacques Fontaine

Photo : Les forces israéliennes et les colons déplacent les agriculteurs de leurs terres, Beit Ula, 22 novembre 2025 © Mosab Shawer/Activestills

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Lire le sommaire du n°95 de Palestine Solidarité

[1] Dans son avis du 16 octobre 1975, la CIJ conclut que les éléments et renseignements portés à sa connaissance n’établissent l’existence d’aucun lien de souveraineté
territoriale entre le territoire du Sahara occidental d’une part, le Royaume du Maroc ou l’ensemble mauritanien d’autre part.

[2] cf. communiqué de presse de l’AARASD du 4 novembre 2025

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