Le mois de septembre 2025 a été marqué, pour les Palestiniens comme pour les Libanais, par de nombreux évènements dramatiques qui se sont succédé ou entrechoqués, à l’intérieur du pays et à l’international. Un an après l’agression militaire israélienne et en dépit d’un cessez-le-feu, les bombardements israéliens, sporadiques mais particulièrement violents ont repris au sud du Liban. Des milliers de familles déplacés ne peuvent toujours pas regagner leur maison. Villages et camps de réfugiés sont constamment menacés.
Ce mois-ci sont commémorés le « massacre de Beija » du 17 septembre 2024 (l’explosion simultanée de bipers a tué 12 membres du Hezbollah et blessé 2800 civils dans leur entourage), et l’assassinat du grand leader du parti Hezbollah Hassan Nasrallah le 27 septembre 2024.
Palestiniens et Libanais assistent avec colère et dans la douleur, à la destruction systématique de la ville de Gaza et aux déplacements forcés des familles, à la famine, aux agressions de l’armée israélienne en territoire syrien, au Yémen et même au Qatar, et à l’inaction des puissances occidentales - mais aussi arabes - pour stopper l’entreprise criminelle Israël.
C’est dans ce contexte particulier que s’est déroulé la commémoration du massacre des civils palestiniens et libanais de Sabra et Chatila, perpétré en septembre 1982 par les milices phalangistes sous la direction Israël.
Des nombreuses rencontres, visites et entretiens que la délégation a effectués, il s’est rapidement avéré que se dégageaient des idées-forces convergentes, bien qu’exprimées différemment par les personnalités politiques, les responsables d’ONG ou les réfugiés palestiniennes qui nous ont accueillis.
Le génocide des Palestiniens en cours dans la bande de Gaza est la préoccupation majeure et totalement partagée par tous. Il est compris comme s’inscrivant dans un continuum de massacres commis par Israël depuis 1948 pour tenter d’éliminer le peuple palestinien, s’emparer de sa terre, et tenter de briser la résistance. La jeunesse palestinienne réfugiée est particulièrement affectée par ce que subissent ses frères et sœurs gazaouies, elle se révèle étonnamment consciente et solidaire. Les jeunes filles du camp de Borj el-Shamali ont chanté devant la délégation :
« Gaza ce soir... vous pouvez brûler nos mosquées et nos maisons et nos écoles, mais notre esprit ne mourra jamais nous ne descendrons pas dans la nuit sans combattre »
Les agressions militaires israéliennes, menées avec des moyens technologiques des plus sophistiqués, ont accentué le sentiment de vulnérabilité des populations arabes mais suscitent en même temps la conscience de l’indispensable unité pour faire face à l’agresseur commun, le sionisme.
Alors même que l’Assemblée générale des Nations unies se réunit en sa 80e conférence, aucun commentaire politique ne porte sur cette instance internationale, comme si rien ne pouvait être attendu en termes de mesures fortes et concrètes pour la protection du peuple palestinien à Gaza, en Cisjordanie.
Les Palestiniens comme les Libanais agressés constatent qu’ils ne peuvent compter que sur leurs propres forces, que leur seule option est la résistance, sous toutes ses formes, dont la résistance armée. Le désarmement exigé par le gouvernement libanais à la demande des puissances occidentales est jugé inacceptable, car il conduirait à exposer la population civile sans défense. La résistance armée est perçue comme garantissant protection et dignité. Pas question de revivre le massacre des civils restés dans les camps et qui a suivi le départ de la résistance palestinienne vers Tunis en août 1982.
Le respect réciproque entre Palestiniens réfugiés et population libanaise, l’expression d’une solidarité sont perceptibles à des degrés divers, explicites de la part des populations chiites. La proximité entre les quartiers chiites et les camps de réfugiés, à Beyrouth, dans le Liban sud ou dans la Bekaa, les m mes conditions socio-économiques très dégradés (emploi, habitat, inflation) impliquent l’expérience partagée de la précarité, de l’exposition aux bombardements, de déplacements forcés et de pertes de leur maison. Le Hezbollah est considéré comme la seule force qui a su s’opposer à l’agression israélienne en territoire libanais, au prix de lourdes pertes.
Enfin, il convient de relever une expression reprise par tous nos interlocuteurs : « Massacre de Sabra et Chatila, ne jamais oublier ». Cette injonction s’adresse à tous. Pour les Palestiniens et les Libanais, cela signifie d’abord « honorons nos martyrs, souvenons-nous de chacun d’entre eux » et surtout « tirons les leçons de ce massacre : ne plus jamais abandonner les civils à leur sort, ne pas renoncer à la résistance armée tant que des garanties sérieuses de protection ne sont pas concrétisés. »
Pour nous, internationaux solidaires des peuples soumis à la violence sans limite d’Israël, comprenons cette injonction comme un devoir : n’oublions pas qu’en 1982 les États et les instances internationales ont failli, faisons tout notre possible pour qu’ils prennent enfin leurs responsabilités afin d’imposer la protection des vies humaines à Gaza et au Proche Orient.
Odile Kadoura
Photo : Banderole à l’entrée du centre BAS
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La commémoration officielle du massacre de Sabra et Chatila, le 19 septembre 2025
Entre le 15 septembre et le 18 septembre 1982, les milices phalangistes libanaises, sous la direction des politiques et militaires israéliens, ont assassiné, violé des centaines de civils dans le camp de Sabra et Chatila, hommes, femmes et enfants, palestiniens mais aussi libanais, restés sans défense après le départ de la résistance palestinienne vers Tunis. Selon les sources, le nombre de victimes est estimé entre 800 et 3500. [1] Le camp de réfugiés de Sabra et Chatila est situé en banlieue sud de Beyrouth, dans la commune de Ghobeiry, à majorité chiite. C’est la municipalité de Ghobeiry qui est responsable de l’entretien du cimetière des martyrs. Ce lieu mémoriel, très modeste, se situe à l’entrée du camp de Chatila.
La commémoration officielle a commencé par un meeting dans une grande salle de l’ambassade du Koweit, en présence du maire de Ghobeiry, du représentant de l’ambassade de Palestine, du chef du parlement libanais, de représentants des familles des victimes. Des habitants du quartier, des réfugiés de Chatila et de nombreux groupes de jeunes provenant des camps de réfugiés du sud et accompagnés par Beit Atfal Assumoud composaient l’assistance. Loin de s’attarder sur l’historique des évènements et sur l’impunité dont bénéficient les responsables du massacre, les prises de parole officielles ont toutes mis l’accent sur la dénonciation des crimes sionistes aujourd’hui, et revendiqué l’indispensable résistance armée pour se protéger de l’agresseur. Mme Swee Ang, médecin en activiste dans l’hôpital Gaza pendant le massacre, et inlassable témoin, a préféré offrir une note d’espoir : « Je sais qu’il y aura Gaza comme il y a eu Chatila. Il y a 43 ans, nous avons craint que Chatila ne puisse pas rester debout après le massacre. Mais la population héroïque de Chatila est restée droite, et contre toute attente les gens ont survécu, reconstruit leurs maisons, élevé des enfants pour témoigner d’un passé cruel mais surtout ont regardé devant avec espoir et détermination pour inventer un futur dans lequel tout le monde vivrait dans l’égalité ». Une marche haute en couleur s’est élancée vers le cimetière des martyrs, où un temps de recueillement a laissé place à l’expression de la jeunesse palestinienne, grave et déterminée. « Free Palestine ! »




