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Témoignages / Opinions
lundi 10 novembre 2025
Boutros, membre des groupes AFPS d’Alès et d’Aubenas

Retour de Palestine

Tout d’abord, il y a ce premier vendredi soir à Al Quds – Jérusalem.

Photo : Récolte des olives en Cisjordanie occupée © Boutros

Nous pénétrons dans la vieille ville par la porte de Damas, accompagnés d’un flot continu de juifs orthodoxes, les hommes habillés de noir et blanc ou de costumes satinés improbables, les femmes en jupes longues, cheveux cachés par un fichu ou une perruque, les enfants impeccables et endimanchés sont très nombreux.

Ils se dirigent tous vers le Kotel, le mur occidental, le mur des lamentations. Nous passons un check-point militaire où nous sommes fouillés sommairement et devons décliner notre religion : chrétiens.

Devant le mur, une foule dense, fervente, innombrable, fête le shabbat. Ils donnent l’impression que Jérusalem est à eux.

Le dimanche, sur l’Esplanade des mosquées, le Haram al Sharif, ce sont les musulmans de tous les pays du monde qui se sont donné rendez vous. Depuis la deuxième Intifada en 2000, les lieux saints – le Dôme du Rocher et la mosquée Al Aqsa - ne sont plus accessibles aux autres religions. Nous n’y entrerons pas. Au nord de
l’immense esplanade, une école coranique où les élèves reprennent en chœur les leçons apprises.

Trois jours plus tard, nous sommes à Ramallah, au siège de l’organisation UAWC, une union de coopératives de fermiers palestiniens adhérente à la Via Campesina comme notre Confédération Paysanne. L’UAWC fait partie d’un réseau d’ONG locales organisatrices de la campagne « 2025 Olive Harvest Campaign in Palestine ».

Dès le soir, nous prenons des minibus qui nous mènent à Huwarra, une ville à une vingtaine de kilomètres au sud de Naplouse.

Au lieu d’être répartis dans les fermes, comme nous l’espérions, nous nous retrouvons à une vingtaine de volontaires internationaux, logés dans un appartement vide au 4ème étage d’un immeuble, dans les faubourgs de la ville.

Après une journée d’information et de préparation à la mairie de Huwarra, nous nous retrouvons à sept heures et demie dans l’oliveraie de Ayman* à Ourif. Deux grandes bâches en plastique noir sont disposées sous chaque arbre. Nous peignons les branches chargées de belles olives vertes à la main ou avec de petits râteaux orange.

Les plus agiles montent dans l’arbre ou sur des échelles en bois. La famille travaille avec nous, une vingtaine de personnes au total. C’est très gai et chaleureux. Toutes les deux heures, Ayman* et sa femme nous
offrent thé ou café, pâtisseries ou repas plus substantiel sous les oliviers.

Quand un arbre est terminé, on verse les olives dans de grands sacs blancs après avoir enlevé le maximum de feuilles et de branches. Ces sacs d’environ 80 kg, appelés chouars, sont vite mis à l’abri à l’arrière du pick-up
pour le cas où il y aurait une descente de settlers, les colons qui occupent en grand nombre les sommets des collines ou des montagnes alentour.

Ayman* les a déjà vu couper à la tronçonneuse 30 de ses oliviers pluriséculaires dans la parcelle voisine et plusieurs centaines de ses arbres, situés de l’autre côté du vallon, en dessous de la très agressive colonie de Yitzhar, lui sont interdits d’accès depuis trois ans. Il a même une machine à récolter très coûteuse qu’il n’ose pas utiliser de peur de se la faire voler ou incendier.

Le lendemain, autre ambiance, il s’agit de réaffirmer le droit des paysans à accéder à une zone d’oliviers sur les hauteurs de Huwarra, déclarée complètement arbitrairement « zone militaire ». Ignorant les jeunes soldates aux cheveux longs et libres qui prennent des airs d’amazones avec leur mitraillette pointée vers le sol et les soldats casqués et cagoulés, nous commençons la récolte, tandis que des palestiniens tentent de négocier avec l’armée.

Après quelques arbres, les soldats nous font comprendre qu’il faut dégager en lançant au milieu des arbres une grenade assourdissante. C’est le repli, mais les paysans continuent de faire face aux militaires en reculant pied à pied.

Le vendredi 10 octobre, nous sommes une centaine, des palestiniens, paysans ou non, et des volontaires internationaux à tenter une même opération de plus grande ampleur à Beyta al Fawqa. Les oliviers du haut de la montagne sont cultivés sur de larges terrasses de terre rouge. Tous commencent la récolte, mais depuis l’aube, de petits groupes de colons sont aperçus à distance, entre les arbres.

Vers dix heures, l’armée prend position sur le chemin. Nous olivons comme si de rien n’était, survolés par un petit drone, mais au bout d’une heure, une grenade lacrymogène et les injonctions menaçantes des soldats nous forcent à nous replier vers d’autres terrasses. Venus des colonies voisines qui dominent la vallée, des settlers rôdent, discutant amicalement avec les soldats.

Nos amis palestiniens ont allumé de petits feux en vue d’un pique-nique barbecue sous les arbres quand une grande clameur s’élève : tous, hommes, femmes, jeunes garçons s’écrient « Allah ou akbar, Allah ou akbar ! » comme une conjuration contre l’inéluctable à la vue d’un véhicule incendié par les colons à 500 m de là. Cinq autres véhicules subiront le même sort.

Jaafar Ashtiyeh, un journaliste de l’AFP rapporte : « les soldats israéliens présents sur les lieux avant même le début de l’attaque n’ont rien fait pour entraver la progression des assaillants, mais ont au contraire tiré des grenades lacrymogènes et des balles caoutchoutées en direction des cueilleurs d’olives et des activistes pour
les disperser.

Des dizaines de colons, armés de barres de fer, ont attaqué des agriculteurs et des militants solidaires. Au moins six Palestiniens ont été blessés, dont Jaafar Ashtiyeh, qui déclare "Si je n’étais pas parvenu à m’échapper, ils
m’auraient tué". Il y a deux blessés par balle. Des journalistes et des activistes de solidarité internationale ont
également été pris pour cible ; certains ont été blessés par des coups, des jets de pierre et par inhalation de gaz. »

Dans la précipitation, les hommes récupèrent les chouars d’olives récoltées. Les femmes, les enfants refluent vers le village emportant les récolteuses à olives, les bâches et le reste du matériel. La majeure partie de
notre groupe est embarquée par Khalil*, notre ange gardien, dans un véhicule de passage dont la vitre arrière sera brisée par un jet de pierre.

Les journées se suivent et ne se ressemblent pas : samedi 11 chez Omar*, nous retrouvons l’ambiance familiale et joyeuse de la récolte paisible des olives. Une enceinte, de la musique et tout le monde danse sous les oliviers sous le regard des femmes qui filment en vidéos !

Dimanche, repos, nous avons rendez-vous à Naplouse avec Walid *, un ami franco-palestinien grâce auquel nous pourrons pénétrer au camp de Balata, le camp le plus peuplé de Cisjordanie avec 24000 réfugiés. Dans une rue, un immeuble détruit. Bien renseignée, l’armée israélienne a lancé avec précision une bombe qui a perforé deux dalles de béton avant d’atteindre le sous-sol où des résistants s’étaient réunis.

Wikipedia : l’armée israélienne mène des incursions et des attaques par drones presque quotidiennement dans le camp de Balata durant la guerre israélo-palestinienne commencée en 2023, tuant beaucoup d’habitants et détruisant des routes et des magasins. Les Palestiniens sont aussi touchés par la crise économique : les checkpoints les empêchent de se déplacer, ceux travaillant en Israël ont perdu leur emploi et les fonctionnaires ne sont plus payés.

Zayneb*, la fille de Walid, habite Huwarra. Elle devait nous rejoindre à Naplouse, mais elle nous transmet sur WhatsApp une vidéo prise de ses volets entrebâillés. On aperçoit une demi douzaine de colons armés qui patrouillent dans sa rue, désertée par les passants.

Mercredi 15, l’UAWC organise une grande journée de récolte d’olives avec les volontaires déjà présents et les nombreux nouveaux arrivés de la veille dans le village exposé de Madama, menacé lui aussi par les colons de l’implantation illégale de Yitzhar. On se retrouve pour manger ensemble : longue tablée et remise de diplômes (!) aux volontaires.

Le lendemain jeudi 16, nous retournons sur les hauteurs de Huwarra pour la même tentative dans les mêmes oliviers interdits d’accès. Après une confrontation tendue avec l’armée, le minibus nous emmène alors dans un champ d’oliviers au bord de la grande route Ramallah-Naplouse.

Au bout d’un quart d’heure, un véhicule de l’armée vient nous signifier que nous sommes dans une zone militaire (en fait, zone militaire décrétée la veille au soir. Comment aurions-nous pu le savoir ?). Nous quittons le champ, traversons la route pour nous rendre chez Bassam*, le paysan propriétaire du champ. Il nous offre thé, café et gâteaux, mais pendant ce temps le piège se referme sur les 32 volontaires présents dans cette cour transformée en nasse.

La maison de Bassam* est aussi dans la soi-disant zone militaire ! Nous sommes frappés de la collusion entre colons et soldats, certains soldats étant eux-mêmes probablement des colons. De nombreux soldats envahissent la cour puis la police qui ramasse nos passeports avant de nous faire monter dans un bus. Direction l’hôtel de police d’Ariel, une des plus grandes colonies illégales de Cisjordanie avec plus de 23 000 habitants. Fouille poussée de nos sacs, confiscation des smartphones.

En fin d’après-midi, inexplicablement, nous remontons dans le bus pour nous rendre au pont Allenby sur le Jourdain comme s’ils voulaient nous expulser immédiatement vers la Jordanie.

Cela nous permet de réaliser à quel point les israéliens « tiennent les hauteurs ». Un maillage de routes, larges et rapides, évidemment interdites aux palestiniens, leur permettent de se déplacer facilement en tout point de ce qu’ils appellent la « Judée-Samarie » c’est-à-dire, la Cisjordanie que l’on désigne aussi du nom de West Bank, la rive ouest du Jourdain.

Un mystérieux avocat parlant français nous explique au téléphone nos 3 chefs d’inculpation :
1) pénétration dans une soi-disant zone militaire,
2) prétendue obstruction à l’action d’un policier
3) collusion avec une ONG terroriste c’est-à-dire l’UAWC !

Ce serait risible si cela n’allait pas entraîner notre expulsion de Palestine. Retour à Ariel dans la nuit. Prise d’empreintes digitales. Interrogatoire biaisé. Vers 2 h, le bus nous emmène au centre de l’immigration près de l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv.

Nouvelles prises d’empreintes digitales, photo de face, de profil comme de dangereux terroristes que nous sommes. Nouvel interrogatoire. Encore une fois, nous croyons un instant que le bus va nous emmener vers l’aéroport et l’avion pour nous expulser, mais les portes de la prison de Givon se referment sur nous.

Nous sommes privés de tous nos bagages et vêtements et endossons le jogging gris des prisonniers politiques israéliens. Nous passerons 4 nuits enfermés à huit dans une cellule de 25 m2 au plafond très haut au ras duquel
des fenêtres inaccessibles permettent d’entrevoir un drapeau israélien sur fond de rouleau de barbelés. On entend la rumeur de la rue.

Des chaînes aux pieds et aux mains pour aller voir le juge, des ordres aboyés : « Shket ! no talking ! », l’appel des chambrées à 5 h du matin et à 23 h, une nourriture sommaire à manger avec les doigts, pas de chaises,
pas de table, pas de livres, pas de papier, pas de crayon, pas de lunettes, pas de lacets ni chaussettes, pas d’appels téléphoniques, pas d’heure, aucune information sur notre situation. Les médicaments sont confisqués et remplacés au compte-goutte par des médicaments israéliens. Tout est fait pour rabaisser l’individu, user la
résistance et le moral du groupe. Mais ce groupe s’est avéré extrêmement créatif, joyeux et résilient.

Une simple vis oubliée au mur permet à l’artiste de dessiner un joli rameau chargé d’olives sur la porte métallique du placard. Pour cause de Shabbat, ce n’est que le dimanche que nous avons contact avec l’extérieur, en l’occurrence, le consul de France et ses adjointes. Le lendemain lundi nous passons devant le juge avec traduction par une interprète en vidéo : condamnés à être expulsés sans délai sans retour possible avant… 99 ans !

Mardi matin, sortie de prison en joggings gris. Nous retrouvons ceux de la cellule voisine et surtout les femmes qui étaient dans un autre quartier. Deux anglais ont déjà été expulsés deux nuits auparavant et les deux volontaires américains seront conduits à l’aéroport voisin.

Nos minibus filent sur l’autoroute Tel Aviv – Jérusalem à travers l’Israël de 1948. Soudain, le mur de séparation et ses miradors apparaissent sur notre gauche, puis s’effacent : nous pénétrons en Cisjordanie. Sur les pentes arides des collines, ici et là, de petits hameaux bidonvilles faits de conteneurs Algéco. Longue descente au milieu des montagnes désertiques jusqu’à Jéricho non loin de la Mer Morte à -400 m sous le niveau de la mer.

Un bus jordanien nous fait traverser le Jourdain, un pauvre ruisseau à sec au milieu des buissons. Nous éprouvons un sentiment mêlé, de liberté retrouvée et de perte de la Palestine que nous ne pourrons revoir que libre et souveraine.

Tahiya, tahiya Filastine ! Filastine al houra ! vive la Palestine libre !

Boutros, membre des groupes AFPS d’Alès et d’Aubenas

* Les prénoms ont été changés

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