Au cours de la semaine écoulée, les milices armées de la bande de Gaza, soutenues par Israël, ont intensifié leurs efforts et publié des déclarations belliqueuses visant à se positionner comme une alternative au Hamas. En conséquence, Gaza a connu une recrudescence des affrontements violents entre ces milices et le Hamas.
Cette escalade – ainsi que l’impasse dans les négociations entre Israël, le Hamas et les médiateurs sur la mise en œuvre de la deuxième phase du cessez-le-feu à Gaza – a remis sur le tapis une question préoccupante concernant l’avenir de la bande de Gaza : qui la gouvernera après le Hamas ?
Lors d’un de ces affrontements, une vingtaine d’hommes armés sont arrivés à Khan Yunis, une ville du sud de la bande de Gaza, à bord de trois véhicules, accompagnés d’un drone. Les habitants ont d’abord cru qu’il s’agissait d’une bagarre locale, mais il est rapidement apparu qu’il s’agissait d’une opération organisée.
Les hommes armés ont distribué de la nourriture et des cigarettes aux habitants, ce qui a été perçu comme une tentative soit de les rallier à leur cause, soit de les utiliser comme boucliers humains. Ils ont ensuite déclaré qu’ils agissaient contre le Hamas, et non contre la population, et ont diffusé des vidéos montrant l’accueil apparemment chaleureux que leur avaient réservé les habitants.
En réponse, les forces du Hamas ont ouvert le feu sur les hommes armés et ont tiré un missile antichar sur l’un de leurs véhicules, selon des informations provenant de Gaza. Plusieurs hommes armés ont été blessés, tandis que les autres se sont repliés. Plus tard, une frappe aérienne israélienne aurait touché l’un des véhicules, dans ce qui pourrait avoir été une tentative de faire disparaître les traces de la milice.
Ces groupes armés sont connus en Israël sous le nom de « milices d’Abu Shabab », du nom de Yasser Abu Shabab, un rival du Hamas qui, avec le soutien d’Israël, avait fondé une milice appelée les « Forces populaires », active dans le sud de la bande de Gaza pendant la guerre. En décembre, il est décédé des suites de blessures subies lors d’affrontements entre miliciens. Les milices opèrent principalement le long de la Ligne jaune – une frontière improvisée séparant le territoire gouverné par le Hamas de la zone contrôlée par l’armée israélienne, qui représente 53 % du territoire de Gaza – dans le sud de la bande de Gaza, en particulier dans la partie orientale de la ville de Rafah.
L’un de leurs commandants de premier plan est Ghassan Duhine qui, selon les médias palestiniens, a remplacé Abu Shabab à la tête des Forces populaires. Il s’est présenté sur les réseaux sociaux comme le chef du « Service antiterroriste ». Duhine a même déclaré que ses forces avaient l’intention de lancer une opération contre les dirigeants du Hamas parce que le groupe refuse de déposer les armes, décrivant cela comme un « devoir humain de répondre aux cris des opprimés » et de les libérer « de l’emprise de la terreur ».
Les Forces populaires constituent la plus grande milice de Gaza après le Hamas, les estimations palestiniennes évaluant leurs effectifs à plusieurs centaines de combattants. Israël fournit au groupe des armes et un soutien logistique, selon des sources palestiniennes, dans le cadre de sa tentative de créer des alternatives locales au pouvoir du Hamas. Des sources du Hamas ont déclaré à Haaretz qu’elles estimaient que les Forces populaires servaient les intérêts d’Israël, car elles ne sont affiliées ni à l’Autorité palestinienne ni à aucune force internationale, et dépendent uniquement d’Israël.
D’autres groupes armés, organisés autour de clans, opèrent aux côtés des Forces populaires. Ils agissent de manière irrégulière, principalement dans le sud de la bande de Gaza, escortant parfois des convois et assurant d’autres missions de sécurité. Ils ont également été impliqués dans des escarmouches locales.
Parallèlement aux déclarations belliqueuses de Duhine, des sources proches du Hamas ont rapporté que le groupe avait déjoué les tentatives d’hommes armés visant à pénétrer dans les zones de Khan Yunis et de Rafah contrôlées par le Hamas, et avait riposté contre plusieurs combattants des Forces populaires. Ces affrontements ne sont pas survenus sans raison.
Alors que les négociations entre le Hamas et le Conseil de paix au Caire, la capitale égyptienne, sont dans l’impasse, les groupes armés de Gaza tentent de prouver qu’ils peuvent combler le « vide sécuritaire » de la bande de Gaza et devenir des acteurs clés dans les discussions sur son avenir. L’Autorité palestinienne, quant à elle, manque d’influence réelle sur le terrain, et les idées concernant le déploiement d’une force internationale dans la bande de Gaza n’ont pas encore pris forme.
À Gaza, cependant, les messages de Duhine et de ses semblables sont impopulaires, même parmi ceux qui ne sont pas affiliés au Hamas. « Il y a une différence entre les slogans et la réalité sur le terrain », a déclaré à Haaretz un militant chevronné du Fatah à Gaza. Il affirme que les milices opèrent principalement à la périphérie de la bande de Gaza, où elles tirent sporadiquement et commettent parfois des actes d’intimidation, mais qu’elles n’ont pas réussi à établir un véritable contrôle. « Sans soutien aérien, qu’ils obtiennent parfois d’Israël, ils ne peuvent pas s’enfoncer profondément dans le territoire, et cela a été prouvé lors de quelques incidents », ajoute-t-il.
Bien qu’ils critiquent le Hamas et expriment leur profond mécontentement à l’égard du mouvement, il semble que la plupart des Gazaouis ne considèrent pas ces milices comme une alternative légitime au pouvoir. Beaucoup approuvent les attaques menées contre leurs membres. « Le sentiment dominant est qu’ils sont des collaborateurs d’Israël », explique un ancien employé de l’Autorité palestinienne qui vit à Gaza. « Quiconque se vend à Israël ne peut être un dirigeant du peuple palestinien, et certainement pas dans la bande de Gaza. »
Même si les acteurs régionaux ou internationaux considèrent ces groupes comme une solution possible pour « l’après-conflit » dans la bande de Gaza, ajoute-t-il, il existe un fossé énorme entre la théorie et la pratique, qui tient principalement au manque de légitimité des milices. Alors que ces groupes sont perçus comme des outsiders dépourvus de soutien populaire, le Hamas dispose d’une infrastructure organisationnelle, sociale et gouvernementale solide.
Comme l’a fait remarquer un haut responsable palestinien de la sécurité à Ramallah, le Hamas et les autres factions établies possèdent une vaste expérience de la gestion de la sécurité à Gaza. Les milices, en revanche, sont désorganisées, opèrent parfois comme des mercenaires et dépendent fortement d’un soutien extérieur.
Les Gazaouis craignent que les groupes armés n’étendent bientôt leurs opérations. Si les milices peuvent affaiblir le Hamas de l’intérieur, les civils redoutent qu’elles ne déclenchent un conflit plus large susceptible de dégénérer en guerre civile. Toutefois, des sources locales estiment qu’une guerre à grande échelle est peu probable et s’attendent plutôt à une recrudescence des escarmouches locales, comme celles qui ont lieu dans le sud de la bande de Gaza.
Des membres affiliés au Hamas affirment que les actions des milices viennent étayer la position du Hamas concernant son désarmement. De leur point de vue, les armes ne constituent pas seulement un moyen de lutter contre Israël, mais aussi une mesure de protection contre leurs rivaux internes. « Les milices ne peuvent pas se renforcer pendant que le Hamas se désarme ; ce serait un véritable suicide », a déclaré l’un de ces membres.
Bien que le Hamas puisse surmonter ses différends avec les milices, la simple existence de ces groupes a ouvert un nouveau front interne pour l’organisation, qui s’ajoute à son combat contre Israël. Même si la menace n’est ni existentielle ni immédiate, ces milices pourraient affaiblir le Hamas à long terme.
Pour l’instant, il semble que les groupes armés n’aient pas encore réussi à s’implanter véritablement sur le terrain. Cela ne signifie toutefois pas que leur pouvoir ou leur motivation se soient affaiblis. Tant qu’aucune solution diplomatique ne se dessinera et que la question des armes restera en suspens, les contestations du pouvoir du Hamas persisteront probablement et pourraient même s’intensifier. Tant que les milices continueront d’opérer, même de manière sporadique, et que le Hamas conservera ses armes, aucun organe de gouvernance alternatif – qu’il soit palestinien, arabe ou international – ne pourra entrer dans la bande de Gaza.
Cela sert les intérêts d’Israël. La réalité sur le terrain montre que la force militaire seule ne suffit pas à renverser le régime du Hamas. Sans une large légitimité publique, toute tentative d’instaurer un pouvoir alternatif à Gaza se heurtera à une résistance farouche, même de la part des adversaires du Hamas.
Traduction : AFPS




