Henry Laurens est auteur d’une trentaine d’ouvrages sur le Proche-Orient. Depuis 2003 professeur au Collège de France, il est titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe. Ses recherches couvrent une période allant de la seconde moitié du XVIIIe siècle jusqu’à nos jours.
La portée et l’ampleur de son travail ont fait de lui une autorité reconnue. Les cinq volumes de La Question de Palestine sont des passages obligés pour quiconque souhaite accéder à une connaissance approfondie du sujet. « Depuis longtemps, il m’avait été demandé de faire un condensé des cinq volumes […] j’en ai profité pour faire des mises à jour sur certains points », explique-t-il dans la préface de son nouvel ouvrage, Question juive, problème arabe. Quelques lignes plus loin il explique son choix de titre : « … En novembre 1929, Ben Gourion, venu porter la contradiction à une réunion du Brit Shalom, association d’intellectuels juifs partisans d’un État palestinien binational, l’affirme lui-même : la première grande victoire du sionisme est d’avoir transformé la question juive en problème arabe […] Tout son discours se structure sur le refus d’admettre l’existence d’un peuple arabe palestinien ».
Question juive, problème arabe (1798-2001) synthétise donc les cinq tomes de La Question de Palestine, étant entendu que ce condensé constitue quand même un ouvrage d’un peu plus de mille pages en version livre de poche Histoire Folio. On ne peut manifestement pas résumer la somme d’érudition de ces 5 volumes en quelques lignes. L’ouvrage se divise en 18 chapitres, chacun étant finement détaillé en 8 à 20 sous parties dans la table des matières, ce qui permet sans difficulté d’aller prélever les informations que l’on cherche. L’objectif de la plupart des lecteurs ne sera vraisemblablement pas de lire l’ouvrage de la première à la dernière page, même si le déroulé général est globalement chronologique, mais plutôt d’y rechercher les compléments d’information dont il aura besoin. C’est en cela que ce livre est un ouvrage de référence. On ne sera dès lors pas surpris de trouver à la fin du livre des « sources et bibliographie » qui ne font pas moins de 44 pages, un trésor presque « inépuisable » de références pour les curieux.
Pour ne prendre qu’un exemple de la richesse de ce que l’on peut découvrir dans ce livre, on y trouve une synthèse du compte rendu du 1er Congrès national palestinien de mai 1964 (p. 342) dans laquelle est définie l’identité palestinienne : elle désigne les citoyens arabes présents en Palestine jusqu’en 1947 ainsi que leurs descendants en ligne paternelle. Par ailleurs « les juifs d’origine palestinienne, c’est-à-dire établis avant 1947, seront considérés comme palestiniens s’ils veulent vivre en paix en Palestine ». En revanche, le sionisme est qualifié de « mouvement impérialiste, agressif dès sa naissance, expansionniste dans ses visées, raciste et fanatique dans sa constitution et fasciste dans ses buts et ses moyens ». Un tel retour aux fondamentaux de la lutte des Palestiniens montre l’inanité de la propagande qui, en déni de toute réalité, les accuse d’antisémitisme.
A contrario de l’abondance d’information qui caractérise ce livre, l’ouvrage se termine sur un « bref épilogue » de 4 pages. L’auteur y résume en phrases courtes et percutantes l’essentiel de ses conclusions. Ainsi concernant ce qu’il qualifie de « déficit de légitimité » de l’État d’Israël, il écrit « il n’est tout simplement pas possible pour les Palestiniens d’admettre la légitimité de l’État d’Israël comme État juif si cela sous-entend accepter la légitimité de leur expulsion. Ils peuvent le reconnaître comme État existant, non comme État légitime ». Puis il précise : « une paix véritable ne peut se faire qu’en remettant en partie en cause les fondements du sionisme, c’est-à-dire en admettant que le projet israélien n’a pu se concrétiser qu’en portant tort aux habitants de la Palestine ». Sinon, écrit-il un peu plus loin « les Palestiniens n’auraient accès au droit qu’à condition d’abandonner une partie de leurs droits ».
Conformément à ce qu’annonce le titre du livre, les événements analysés s’achèvent en 2001, soit au moment de l’élection de Sharon avec 62 % de voix contre 38 % pour Barak, le candidat travailliste. Et Laurens conclut « Dès lors, l’enfermement dans la violence est le corollaire d’un renforcement de la colonisation, ce qui rend impossible toute solution politique, en dépit des discours incantatoires des différents éléments de la communauté internationale sur les deux États à établir ».
Bernard Devin
Photo : Henry Laurens, Question juive, problème arabe (1798-2001), Fayard 2025





