Pour le public occidental, le 7 octobre 2023, Israël a été victime du terrorisme. Dans les médias occidentaux, il s’agit uniquement d’une attaque barbare du Hamas et d’autres groupes contre une population israélienne sans défense, les combattants palestiniens s’en prenant à des civils innocents dans les kibboutz et au festival Nova. Ils les auraient massacrés par pure haine des Juifs. Les autorités israéliennes ont très rapidement parlé d’attaque antisémite, de pogrom. Pour qu’il n’y ait aucun doute sur la cruauté des combattants, dès le 10 octobre, une nouvelle atroce est tombée : dans le kibboutz Kfar Aza, 40 bébés israéliens auraient été décapités, d’autres auraient été brûlés dans des fours. Puis les jours suivants, Israël va rajouter une autre information toute aussi horrible : le viol de masse utilisé par le Hamas comme arme de guerre.
L’information sur les 40 nourrissons décapités a fait long feu, c’était une infox lancée sur i24 News par un colon extrémiste. En fait, le 7 octobre, il y a eu 36 mineurs israéliens tués, dont 2 bébés. Mais le mal était fait : l’information a figuré à la une de tous les médias et des journalistes comme des responsables politiques occidentaux, vont continuer de propager ce mensonge pendant des mois.
Concernant les viols commis par les combattants du Hamas, une équipe de l’ONU, en liaison avec le gouvernement israélien, a enquêté sur place. En fait, celle-ci n’a pas été en mesure de conclure, faute d’éléments suffisants et une enquête plus approfondie a été refusée par Israël. Il y a bien eu des viols isolés le 7 octobre, mais pas de preuves de viols systématiques.
Alors que s’est-il réellement passé ? Le Monde, dans unevidéo publiée le 17 octobre 2023, explique que vers 6h30, le 7 octobre, les combattants palestiniens lancent l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » sur Israël. Ils aveuglent les caméras, détruisent les systèmes de défense et ouvrent, à l’explosif, au moins sept brèches dans le mur qui sépare la bande de Gaza du territoire israélien. Ils traversent la barrière et attaquent simultanément au moins six bases de l’armée israélienne et sept zones civiles, dont une ville, cinq kibboutz et un festival de musique.
Dans les casernes, l’effet de surprise a donné un avantage temporaire aux combattants palestiniens qui s’emparent de 5 casernes et d’un centre de commandement. Dans un article publié dans Le Monde diplomatique de janvier 2024, Charles Enderlin écrit : « Le 7 octobre, très tôt le matin, Israël subit la plus grande défaite militaire de son histoire. Des milliers de miliciens armés franchissent la barrière de sécurité autour de Gaza, investissent et conquièrent les bases militaires avoisinantes ». Ce week-end là, l’État-major les avait dégarnies pour assurer la sécurité des colons de Cisjordanie [1]. Plus loin il donne un bilan : 278 militaires et 44 policiers tués.
Attaque terroriste ou défaite militaire ?
Quand des combattants attaquent les casernes d’une armée d’occupation, ce n’est pas une attaque terroriste. Depuis le 7 octobre, Israël évoque sans cesse « le droit fondamental à se défendre » qui est repris par tous les dirigeants occidentaux. R. Brauman a rappelé à plusieurs reprises que le droit international n’a jamais permis à une puissance occupante de se défendre contre une population occupée. Il ajoute que ce sont plutôt les Palestiniens qui « devraient être appelés des résistants » car le droit international assimile le siège de Gaza à une occupation.
Et tout ne commence pas le 7 octobre. Depuis 1948, les Palestiniens ont subi toutes sortes d’exactions illégales d’Israël : guerres, expulsions et déportations de populations, spoliation de terres et colonisation, destruction systématique de maisons et de villages, assassinats, humiliations permanentes, occupation de la Cisjordanie et blocus de Gaza.
Et les attaques contre les kibboutz et le festival Nova ?
La recherche de la vérité est rendue difficile par l’interdiction de la présence de journalistes internationaux et le refus d’enquêtes indépendantes. D’abord rappelons que les kibboutz, mais aussi le festival Nova, disposaient de moyens de défense. Mais ce jour-là les miliciens armés se sont retrouvés exceptionnellement dans un rapport de force défavorable. Un témoin israélien explique qu’au kibboutz Kfar Aza, 8 miliciens ont dû faire face à 20 ou 30 combattants du Hamas. Le dispositif de défense autour de Gaza n’était pas préparé pour une attaque organisée, mais plutôt pour faire face à une infiltration de quelques combattants.
Malgré cela, les habitants des kibboutz ont eu assez rapidement le soutien de militaires israéliens. Par exemple, The Times of Israël, qui rend compte de l’enquête de l’armée dans son numéro du 28-07-2025, signale qu’au kibboutz Soufa, dès 6 h 41, 12 minutes après l’arrivée des miliciens du Hamas, un char est présent et ouvre le feu sur les combattants palestiniens. Le char est resté 3 heures et « a tué des dizaines de terroristes ». En fait, dès le 15 octobre 2023, une rescapée du kibboutz Be’eri, Yasmin Porat, témoigne sur une radio. Elle dit clairement que les civils israéliens n’ont pas été visés directement par les combattants palestiniens, mais se sont retrouvés dans des tirs croisés, ce qui est occulté par Israël. Elle ajoute, à la surprise de l’interviewer, qu’elle a été bien traitée par ses geôliers.
On est loin du narratif israélien
D’abord on apprend qu’il y a eu de véritables batailles entre les combattants palestiniens d’un côté et les miliciens et les militaires israéliens de l’autre. Non seulement des soldats israéliens sont arrivés progressivement à la rescousse, mais des chars et des hélicoptères Apache sont entrés en action. Et certains dégâts spectaculaires sur des maisons de kibboutz ou sur des véhicules retournant à Gaza à partir du festival Nova, n’ont pu être causés que par des munitions de chars ou d’hélicoptères. Or dans ces maisons et ces véhicules se trouvaient à la fois des otages israéliens et leurs geôliers palestiniens. En réalité, lors de l’attaque palestinienne du 7 octobre, des Israéliens ont péri soit tués par des combattants palestiniens, soit touchés par des tirs croisés, soit victimes d’attaques indiscriminées de l’armée israélienne.
Directive Hannibal et Hasbara
Visiblement Israël a pris très peu de précautions par rapport à ses propres citoyens. On peut l’expliquer par la « directive Hannibal », activée dès le 7 octobre. Elle a pour but d’empêcher qu’il y ait des soldats enlevés, même au prix de leur vie. La logique est implacable : un soldat mort est préférable à un soldat captif. On évite ainsi d’avoir à négocier des échanges de prisonniers. La directive Hannibal permet d’expliquer certaines victimes israéliennes et pourquoi les dirigeants de l’État hébreu se moquent des risques encourus par les otages israéliens dans les bombardements de Gaza.
En fait, on peut penser que l’objectif du Hamas n’était pas de tuer des civils, mais d’enlever le maximum d’Israéliens, soldats ou civils, pour les échanger contre des prisonniers palestiniens. En juillet 2023, 5 000 prisonniers croupissent dans les prisons israéliennes dont 1 100 sont en détention administrative, sans inculpation ni jugement. Certes, faire des prises d’otages est illégal selon le droit international, mais la détention arbitraire de milliers de Palestiniens arrêtés sans raison par Israël n’est-elle pas apparentée à une prise d’otages ?
En fait le 7 octobre, Israël a subi une défaite militaire, certes éphémère. Avec des moyens dérisoires, les combattants palestiniens de Gaza ont réussi à passer le système de surveillance et de communication israéliens, à traverser la barrière de sécurité et neutraliser les bases militaires encerclant l’enclave. Il y a eu des crimes de guerre du Hamas ou de Palestiniens venus, dans un deuxième temps, se venger, mais parler de terrorisme permet surtout à Netanyahou de camoufler son échec sécuritaire, de justifier une action vengeresse et de préparer l’opinion mondiale à une riposte meurtrière et disproportionnée. Avec la Hasbara, Israël camoufle ses méfaits et veut faire croire au monde qu’il est la seule victime.
Après le 7 octobre, la propagande israélienne s’est déchaînée pour déshumaniser les Palestiniens, condition indispensable pour justifier les massacres et les destructions et poursuivre son objectif de Grand Israël. D’où la qualification de terroristes, de barbares, d’animaux humains et toutes les déclarations des dirigeants israéliens. Bénéficiant de l’impunité, Israël s’est octroyé le droit de massacrer, y compris par la famine. Ainsi, justifiée par les mensonges de la Hasbara et encouragée par les Occidentaux, en moins de deux ans, Israël a fait au moins 10 % de victimes, morts et blessés parmi la population de Gaza. Désormais, personne ne peut nier que c’est un génocide.
Gérard Mamet,
membre du Collectif Palestine Besançon et AFPS 21
Photo : L’ordinaire en Cisjordanie : augmentation des barrages depuis le 7 octobre 2023 © MS




